"Tous les coiffeurs sont gays" : retour à la raison

27 Février 2018
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Non, on ne peut pas traiter un coiffeur de "pédé" au motif que beaucoup de coiffeurs seraient homosexuels... Cet argument, issu de la plaidoirie de l'avocat de la patronne d'un salon de coiffure qui avait licencié un jeune coiffeur gay, et dont un SMS de sa cheffe, "Je ne le sens pas, c'est un PD, ils font tous des coups de putes", lui était parvenu, avait été retenu, à la stupeur générale, par les juges. Mercredi 20 février, la Cour d'appel de Paris a infirmé la décision du Tribunal des prud’hommes d'avril 2016 qui n'avait pas retenu le caractère homophobe du licenciement, rapporte l'association Mousse dans son communiqué. A l'époque, les juges (non-professionnels aux prud'hommes) avaient déclaré qu'"En se plaçant dans le contexte du milieu de la coiffure, le Conseil considère que le terme de "PD" employé par la manager ne peut être retenu comme propos homophobe, car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles, notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela ne pose de problèmes". Ce grand moment de sociologie et de culture de l'insulte avait beaucoup fait réagir, jusqu'à la ministre du Travail de l'époque, Myriam El-Khomri. L'association Mousse, qui s'était portée partie civile, rapporte aujourd'hui la décision des juges de deuxième instance : "Le lien opéré par la manager elle-même aux termes du SMS du 7 octobre, entre sa décision de ne pas conserver le salarié au sein du salon et de lui en faire l'annonce dès son retour à son poste le lendemain et le motif qu'elle expose à savoir : "Je ne le sens pas, c'est un PD ! Ils font tous des coups de putes" révèle que le véritable motif de la rupture de la période d'essai n'était pas en lien avec ses aptitudes professionnelles, mais avec son absence au cours de la journée du 6 octobre pour un problème de santé, vécue par ce manager comme une manœuvre déloyale, "qualifiée de coup de putes" (…) manœuvre selon elle, habituelle de la part de personnes ayant une même orientation ou identité sexuelle supposée. L'employeur ne justifie pas au regard de cette explication donnée par la manager elle-même que sa décision de mettre fin à la période d'essai repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination en lien avec la santé et l'orientation ou l'identité sexuelle supposée du salarié". Une manière polie et châtiée de dire qu'il était difficile de ne pas voir un lien entre l'homophobie patentée de la manager et le licenciement du jeune apprenti coiffeur. Deux ans après, retour à la raison et au droit donc dans cette affaire. Pour l'avocat de Mousse, Maître Etienne Deshoulières : "Aucun salarié, coiffeur ou non, ne peut être sanctionné ou licencié en raison de son homosexualité. A défaut, la sanction est nulle, car reposant sur des motifs discriminatoires. C'est ce que rappelle aujourd'hui la Cour d'appel de Paris, qui réforme — et c'est heureux — le jugement maladroit du Conseil de prud'hommes de Paris". Nous n'aurions pas dit mieux.

Commentaires

Portrait de Dakota33

cheffe, c'est pas dans le dictionnaire...