Traitement injectable : pas pour tous-tes

25 Août 2023
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Inégalités. L'utilisation généralisée des traitements VIH injectables à longue durée d’action dans les pays à revenu faible et intermédiaire est peu probable à court terme, rapporte le site aidsmap. La bithérapie sous forme injectable de cabotégravir/rilpivirine n'a été approuvée que par quelques pays (dont la France), et il n'est pas clair si la rilpivirine sera disponible sous forme générique. Presque tous les pays qui ont approuvé l’association cabotégravir/rilpivirine pour le traitement se trouvent dans des régions du monde à revenu élevé (Europe, Amérique du Nord, Asie du Sud-Est). Bien que les organismes de réglementation des médicaments dans les pays à revenu intermédiaire supérieur tels que l'Argentine, le Botswana et la Russie aient approuvé le cabotégravir/rilpivirine, l'accès concret à ce traitement reste limité jusqu'à présent. Ce traitement n'a été approuvé dans aucun pays à revenu intermédiaire inférieur ou à faible revenu. Quel que soit la force économique d'une nation, le prix élevé de ce traitement constitue un obstacle à son utilisation généralisée ont expliqué des experts-es lors de la conférence scientifique IAS 2023, fin juillet à Brisbane (Australie). Au-delà du prix, d’autres freins ralentissent le déploiement du traitement injectable dans les pays du Sud. Il n'y a pas encore suffisamment de données pour recommander le cabotégravir/rilpivirine pendant la grossesse, aux enfants et aux adolescents-es, ou aux personnes co-infectées par l'hépatite B. Par ailleurs, la logistique de mise en place de ce traitement est également un frein. Certains pays recommandent une phase orale du traitement (par comprimés) avant de passer à la forme injectable une fois que leur charge virale est indétectable. Un protocole qui demande des moyens humains pour ne pas perdre de vue les personnes entre la phase orale et la phase injectable. Les professionnels-les de soin devront également avoir accès à des tests de résistance et de charge virale, ce qui constitue un coût non négligeable. Par ailleurs, ce traitement a plus de risque d’échouer chez les personnes présentant une résistance préexistante à la classe de médicaments à laquelle appartient la rilpivirine (ce qui n'est pas rare en raison de l'utilisation passée de l'éfavirenz). L'échec du traitement injectable devrait être rapidement identifié grâce à des tests réguliers de charge virale, afin de prévenir le développement de la résistance. Le coût de ces diagnostics devra être ajouté à celui des traitements déclarent les experts-es. Les brevets sur les formes orales et injectables de la rilpivirine expirent d'ici 2027, ce qui rendra bientôt possible la production d’une version générique, selon Lobna Gaayeb du Medicines Patent Pool. Le Medicines Patent Pool a été lancé en 2010 dans le but de négocier avec les laboratoires pharmaceutiques des licences volontaires (négociées) afin de favoriser la recherche et l’accès aux traitements génériques. Cependant, en l'absence de recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour son utilisation ou d'intérêt signalé de la part de grands programmes de traitement, les entreprises génériques peuvent hésiter à investir dans le long processus de renforcement de leurs capacités de production. Enfin, il faut garder en tête que dans la plupart des pays à revenus faibles et intermédiaires, de nombreuses personnes vivant avec le VIH récupèrent leur traitement VIH auprès de prestataires non professionnels-es de santé, notamment des pairs-es et des agents de santé communautaires, dans des milieux communautaires. Ces visites peuvent n'avoir lieu que tous les trois à six mois, avec des consultations auprès d'un-e infirmier-ère tous les six mois pour effectuer les bilans sanguins. En revanche, les injections de cabotégravir/rilpivirine doivent être administrées par un-e professionnel-le de santé formé ; et cela tous les deux mois.  Pas mal de freins et des inégalités d’accès pour un traitement VIH qui pourraient faciliter la vie de beaucoup de personnes vivant avec le VIH. Comme un air de déjà vu…