Trans : quatre romans

16 Septembre 2023
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Comme chaque année, de nombreux romans français ou étrangers sont publiés. Cette année, quatre romans au moins ont pour personnage principal une personne trans. Dans Nevada aux éditions Gallimard, Binnie Imogen dresse le portrait de Maria, jeune libraire habitant à New York, qui porte un prénom féminin depuis quelques années seulement. Depuis qu'elle a eu le courage de fuir la ville paumée de Pennsylvanie où elle a grandi. Depuis qu'elle s'est enfin affranchie du corps assigné à sa naissance pour vivre en tant que femme, au grand jour. « Cependant, malgré sa transition si libératrice, Maria ne peut s'empêcher de sentir que sa vie lui échappe. C'est alors que sur un coup de tête, elle décide de prendre la route, direction le Grand Ouest. Et si partir à l'improviste pouvait lui permettre de mieux se retrouver ? », explique l’éditeur. Premier roman devenu culte aux États-Unis, Nevada embarque dans un foisonnant et explosif voyage intérieur qui explore toute la complexité d'une transition, avec sensibilité et mordant, indique Gallimard. Dans La mauvaise habitude aux éditions Flammarion, Portero Alana S. livre un autre portrait. Jeune fille coincée dans un corps de garçon qu'elle ne sait habiter, la narratrice de La mauvaise habitude retrace son parcours, de son enfance dans les années 1980, où elle grandit dans une famille ouvrière de San Blas, un quartier populaire de Madrid dévasté par l'héroïne, à ses nuits clandestines au cœur du Madrid des années 1990. Telles la Margarita, diva fanée qui hante le quartier, la fière Moraita à la sauvagerie de chimère, ou la Cartier, toujours parée de ses rutilants bijoux de pacotille, nymphes triomphantes et anges déchus l'accompagnent dans son odyssée personnelle. Une odyssée envers et contre l'asphyxie des faux-semblants, la lâcheté et la violence qui la guettent à chaque pas, pour apprendre à exister en habitant sa propre légende et marcher la tête haute, indique l’éditeur de l’ouvrage. À travers ce « premier roman féroce, drôle et émouvant », la voix lumineuse de la narratrice d'Alana S. Portero nous entraîne dans une sublime quête d'identité attelée à l'espoir de pouvoir enfin devenir soi. Strange, c’est, selon son éditeur, Grasset, un « roman bouleversant sur l'identité, mais aussi sur le passage à l'âge adulte, le perfectionnement d'un art, le renouement avec l'acte d'aimer » que propose Geneviève Damas. Il y a des choses que l’on écrit parce qu’on n’a pas pu les dire. Nora envoie une longue lettre à son père, qui vit dans une autre ville. Cette ville, elle l’a quittée pour apprendre le chant à Bruxelles. Mais aussi pour autre chose. « Ma vie n’est pas exactement comme je te l’ai racontée. » L’enfant que connaît ce père était un «  il  ». Il se prénommait Raphaël. Tout ce que le père ignore, le voici, depuis l’enfance, la mort de la mère. Les déguisements que portait le petit garçon. Les princesses qu’il dessinait. Les brutalités subies dans la cour du collège. Les mensonges. La douleur. Et puis, un jour, une lumière : le chant. Et le départ. Et ce que Nora est devenue, sa nouvelle vie. Voici un sens inédit ajouté au «  Je est un autre  » de Rimbaud, explique Grasset. Loin d’être une lettre d’amertume, de vengeance ou de règlement de comptes, la lettre de Nora est une lettre d’amour. Lettre d’amour à un père, dans l’espoir qu’il comprendra. Lettre pour s’aimer soi-même, aussi, enfin. « Un roman bouleversant, et d’autant plus qu’il évite les excès de la plainte comme de la caricature, sur l’identité, mais aussi sur le passage à l’âge adulte, le perfectionnement d’un art, le renouement avec l’acte d’aimer », conclut Grasset. Lorsque sa grand-mère commence à perdre la mémoire, Kim tente de combler les silences en invoquant ses souvenirs d’enfance, dans une remémoration d’une infinie et terrible tendresse, explique l’éditeur Julliard. « S’ouvre alors une tourbillonnante quête familiale sur les figures féminines qui constituent sa lignée maternelle : un arbre généalogique de sorcières entretenant un puissant lien avec la nature, de femmes subversives en recherche permanente de liberté, parmi lesquelles Kim se crée une place. Prodigieux roman de formation du XXIe siècle, récit de libération – des traumatismes familiaux, de l’identité de genre et de classe –, Hêtre pourpre invente sa propre langue magique pour dire l’indicible. Bruissant de corps et de formes diverses, ce premier roman, lauréat des Prix du livre allemand et Prix suisse du livre, est un feu de joie qui embrase tout sur son passage », explique Julliard en présentant ce roman, le premier de Kim de l’Horizon publié en France.
Nevada, par Binnie Imogen, traduit par Violaine Huisman, Éditions Gallimard, Collection Du monde entier, 23 euros.
La mauvaise habitude, par Portero Alana S, traduit par Margot Nguyen Béraud, Éditions Flammarion, 22,50 euros.
Strange, par Geneviève Damas, Éditions Grasset, 18,50 euros.
Hêtre pourpre, par Kim de L’Horizon, traduit par Rose Labourie, Éditions Julliard, 25 euros.