Travail du sexe : le Canada veut pénaliser les clients

18 Juin 2014
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Le gouvernement conservateur canadien a présenté (4 juin) un nouveau projet de loi sur le travail du sexe qui pénaliserait désormais les clients sollicitant les services d’une travailleuse du sexe. "Nous ciblons les clients et les proxénètes, ceux qui considèrent les services sexuels comme un produit", a déclaré le ministre de la Justice Peter MacKay lors d'une conférence de presse, cité par l’AFP. La nouvelle loi prévoit des amendes d'au moins 1 000 dollars et des peines pouvant aller jusqu'à 14 ans d'emprisonnement pour les clients de la prostitution. Ce projet de loi était attendu après l'invalidation par la Cour suprême en décembre 2013 des articles du code pénal interdisant les maisons closes, le racolage et le proxénétisme. Le nouveau texte s'inspire de la législation en vigueur en Suède, pays qui pénalise les clients depuis 1999 et affirme avoir réduit la prostitution de rue de moitié en dix ans ; un bilan qui reste assez controversé. Comme en Suède, le texte prévoit aussi la mise en place de programmes pour aider les personnes qui le souhaitent à quitter cette activité. Pour le ministre de la Justice, la nouvelle législation sera toutefois un "modèle spécifiquement canadien". Cette nouvelle loi prévoit également de punir le racolage sur la place publique où se trouveraient des mineurs, par exemple dans un parc ou dans un centre commercial. Sur ce point, le ministre a fait valoir que la légalisation ou l'interdiction complète de la prostitution ne faisaient que favoriser l'exploitation des victimes qui sont le plus souvent des femmes. Cette annonce a été très diversement commentée avec des soutiens et des opposants. Dans un communiqué (5 juin), l’Alliance féministe solidaire pour les droits des travailleuses-rs du sexe se dit affligée de cette décision qui "vise à modifier le Code criminel afin de recriminaliser la prostitution. Les moyens proposés ne conduiront pas à une abolition ou une diminution de l’exploitation sexuelle et de la traite des êtres humains. Ils auront au contraire des conséquences sanitaires et psychosociales dévastatrices sur toutes les personnes concernées (travailleuses-rs du sexe, client-es et tierce-parties), qu’elles soient adultes ou pas, consentantes ou non". L’Alliance y voit même un retour à la "prohibition".