Tuberculose et VIH : des progrès mitigés

4 Mai 2019
625 lectures
Notez l'article : 
4
 

À la veille de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose le 24 mars 2019, l’Onusida a appelé les pays à intensifier leurs actions pour atteindre l’objectif pour 2020 de réduire de 75 % le nombre de décès dus à la tuberculose (TB) chez les personnes vivant avec le VIH. Cet objectif est prévu par la Déclaration politique des Nations unies de 2016 sur la fin du sida. Les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé montrent que, dans le monde, les décès dus à la tuberculose chez les personnes vivant avec le VIH ont chuté de 42 % depuis 2010, passant de 520 000 à 300 000 en 2017. Par ailleurs, les estimations indiquent qu’en 2017, cinq pays à revenu faible ou intermédiaire avaient atteint ou dépassé l’objectif de 75 % de réduction des décès dus à la tuberculose chez les personnes vivant avec le VIH, trois ans avant l’échéance : Inde (84 %), Érythrée (83 %), Djibouti (78 %), Malawi (78 %) et Togo (75 %). Dix-huit autres pays ont vu reculer le nombre de décès dus à la TB chez les personnes vivant avec le VIH de plus de 50 % et sont en bonne voie pour atteindre l’objectif d’ici à fin 2020, à condition de maintenir l’élargissement des services. Voilà pour les progrès, les estimations internationales montrent aussi que la plupart des pays ne sont pas sur la bonne voie et que les décès augmentent dans certaines régions et certains pays. Ainsi près de 40 pays ont connu une hausse du nombre de décès dus à la tuberculose chez les personnes vivant avec le VIH entre 2010 et 2017. En Europe de l’Est et en Asie centrale, le nombre de décès dus à cette maladie chez les personnes vivant avec le VIH a augmenté de 22 % entre 2010 et 2017. En Amérique latine, les décès ont augmenté de 7 %. L’absence de progrès dans certains pays est un signe clair que de nouveaux efforts sont nécessaires pour résoudre les principaux problèmes, notamment le besoin d’équité et la garantie de l’accès à des services anti-VIH et anti-tuberculose intégrés pour les personnes vulnérables. Du côté des experts-es, on explique que les « efforts de prévention du VIH et de la tuberculose doivent être intensifiés, en particulier pour les personnes davantage exposées au risque d’infection. En outre, toutes les personnes dont le diagnostic fait état d’une tuberculose et d’une séropositivité au VIH doivent avoir un accès immédiat au traitement et à une aide pour l’observance de leurs protocoles de traitement ». Il reste désormais moins de deux ans pour atteindre l’objectif fixé : réduire de 75 % le nombre de décès dus à la tuberculose (TB) chez les personnes vivant avec le VIH et nous en sommes encore loin. La tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière du monde, avec près de 4 400 décès chaque jour. La tuberculose reste également la principale cause de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH, responsable d’un tiers des décès dus au sida. En 2017, 1,6 million de personnes sont décédées de la tuberculose, dont environ 300 000 personnes vivant avec le VIH. Récemment, le CNRS a publié une communication sur la co-infection VIH/tuberculose. Une « association meurtrière », qui « complique le diagnostic et le traitement des patients, et augmente la pathogénicité de ces deux agents infectieux ». Dans ce domaine, les chercheurs-euses font des découvertes. Ainsi, une collaboration internationale, menée par des chercheurs du CNRS et de l’Inserm, a mis en évidence que dans un contexte tuberculeux, le VIH-1 passe d’une cellule à l’autre grâce à des nanotubes formés entre les macrophages, ce qui augmente très fortement la proportion de cellules infectées. Les résultats de ces travaux ont été publiés le 26 mars 2019 dans la revue scientifique Cell Reports. Des chercheurs-euses de Toulouse associés à une équipe en Argentine ont montré que « les macrophages, cellules hôtes pour la tuberculose et pour le VIH-1, forment entre eux des nanotubes lorsqu’ils sont exposés à l’interleukine-10 (IL-10), une molécule sécrétée en cas de tuberculose. L’abondance dans les poumons de ces macrophages particuliers, appelés M(IL-10), est corrélée avec la gravité de la maladie. Les nanotubes sont empruntés par les particules virales du VIH, comme des tunnels, pour infecter les cellules voisines et s’y multiplier. En inhibant leur formation par différentes approches, les scientifiques ont réussi à réduire le transfert du virus entre les macrophages, entrainant ainsi une diminution de la production de VIH-1 », détaillent les chercheurs-euses. « En cas de tuberculose sévère, la formation de nanotubes entre les macrophages est amplifiée, facilitant par conséquent la dissémination du virus du sida et augmentant ainsi la production virale. La présence de ces macrophages particuliers pouvant être quantifiée, le diagnostic et le suivi de la tuberculose chez les patients co-infectés pourra être facilité, avancent-ils. Ces travaux ouvrent ainsi la voie à de nouvelles approches thérapeutiques visant à contrôler l’augmentation de la charge virale en cas de tuberculose ».