Un fonds d'urgence pour les TDS

15 Avril 2020
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Des associations communautaires de défense des droits des personnes travailleuses du sexe, réunies au sein de la Fédération Parapluie rouge, ont publié une lettre ouverte à l'adresse d'Emmanuel Macron pour demander la mise en place d'un fonds d'urgence pour les travailleurs-ses du sexe quelle que soit la condition de régularité au niveau du séjour. Un message sur Twitter fait état de cette initiative. Dans ce courrier adressé au chef de l’État, l’organisation justifie un tel dispositif dans le but de « permettre un revenu de remplacement le temps du confinement, sans condition de régularité de séjour » aux travailleurs-ses du sexe, dont l’activité est à l’arrêt depuis maintenant trois semaines, indique le Huff Post (7 avril). « À court terme, certaines travailleuses du sexe parmi les plus démunies se retrouvent contraintes de braver le confinement, non pas de gaieté de cœur, mais faute de moyens de subsistance car il s’agit de survivre », alertent encore les associations. Elles considèrent que le fonds d’urgence serait « la seule solution pour empêcher les prises de risques associées à l’exercice du travail du sexe ». C'est la seconde fois que la société civile ou les politiques interpellent les pouvoirs publics sur la nécessité, entre autres, de créer un fonds d'urgence pour les TDS. La fois précédente, il s'agissait de dix-huit députés-es LREM qui avaient interpellé Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes. Le Huff Post (7 avril) fait mention d'une réponse des services de Marlène Schiappa. « Par définition, il est très compliqué pour l’État d’indemniser une personne qui exerce une activité non déclarée telle que la prostitution », a expliqué au HuffPost l’entourage de Marlène Schiappa. « En ce qui concerne l’hébergement, l’État conduit déjà un effort exceptionnel en dégageant de nouvelles capacités du secteur hôtelier, et par réquisition de places d’hébergements supplémentaires. Les associations qui accompagnent les personnes en situation de prostitution peuvent mobiliser ces solutions d’hébergements pour des mises à l’abri », souligne les services de la Secrétaire d'État. Ces derniers indiquent aussi qu'ils soutiennent par des « conventions pluriannuelles les associations nationales qui assistent et accompagnent les personnes en situation de prostitution, ceci pour leur donner les moyens de pérenniser leurs actions telles que les maraudes, les points d’accueils dans certains départements, les permanences téléphoniques et d’hébergement, y compris pendant le confinement ». Bref, du côté du gouvernement, on estime qu'on fait déjà ce qu'il faut. Une vision que ne partagent pas des associations (non abolitionnistes) de défense des droits des travailleurs-ses du sexe. « Nous n'avons quasiment pas de droit du travail ni de protection sociale. Les personnes déclarées en indépendant n'ont pas les mêmes droits que les salariés. Il existe en effet des formes de solidarité, mais je crains que ça ne puisse pas tenir sur le long terme. Or le confinement est parti pour durer », rappelle le militant du Strass et TDS Thierry Schaffauser dans un article sur le site Slate. « J'espère que cette crise fera comprendre aux gens que nous obliger à arrêter de travailler ne fait que nous mettre dans la merde et qu'en réalité, il n'y a aucun dispositif social adéquat pour nous permettre de vivre sans travailler, poursuit-il. Tous les grands discours pour nous « sortir de la prostitution » sont donc d'une profonde hypocrisie, puisque notre sort et notre survie concrète, tout le monde s'en fout ». Récemment, Marlène Schiappa s'est émue d'une couverture du Parisien qui mettait en avant quatre experts masculins qui avaient réfléchi au monde d'après le Covid-19. En cause, le fait que le journal n'ait pas jugé utile d'interroger une experte. Le choix du journal pose évidemment problème. D'ailleurs, la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes a aussitôt réagi, en annonçant avoir confié à la députée LREM des Hauts-de-Seine Céline Calvez une mission sur « la place des femmes dans les médias en temps de crise ». C'est bien... mais du coup, cela montre la différence de traitement apportée par la ministre en fonction du sujet : mauvaise couverture du Parisien, illico une mission est confiée à une députée pour pallier les lacunes des médias dans la représentativité des femmes ; graves problèmes de ressources qui précarisent des travailleurs-ses du sexe, aucune mission n'est confiée et aucune mesure n'est prise pour soutenir les personnes concernées sur l'enjeu des ressources. Un enjeu posé rapidement par les associations de défense des travailleurs-ses du sexe qui ont lancé des cagnottes solidaires. La crise actuelle liée au Covid-19 vient compliquer, plus encore, la situation créée par la loi de 2016. Cette dernière a désormais quatre ans, elle est entrée en vigueur le 13 avril 2016. Le Covid 19 agit comme un miroir grossissant des inégalités, des failles de nos modèles et de la réponse de l'État. La non protection du modèle abolitionniste, créé par cette loi de 2016, éclate avec encore plus de férocité ; la logique répressive s'en trouvant redoublée avec l'instauration de l'état d'urgence sanitaire et de la création d'un nouveau délit en lien avec la limitation des déplacements et l'attestation dérogatoire obligatoire. De plus en plus de TDS - prises à la gorge, sans ressources et sans solutions compensatoires solidaires de la part de l'État - s'interrogent sur une reprise encore plus clandestine de leur activité. On peut supposer que la répression s'abatte sans ménagement sur celles qui se feraient contrôler. On peut aussi rappeler que la loi « prostitution » exigeait un rapport d'évaluation à l'issue des deux ans de la mise en oeuvre de ladite loi. Une mission d'inspection a été mandatée, il y a un an. Elle a rendu son rapport au Premier ministre en décembre dernier. Mais, le rapport n'est toujours pas rendu public, ni présenté aux parlementaires. On doute qu'il le soit pour les quatre ans de la loi. En tout cas, un contre-rapport des associations (non abolitionnistes) de travailleurs-ses du sexe et alliées sortira. Affaire à suivre.

De nombreuses personnes travailleuses du sexe sont exposées dans le contexte actuel à des pertes de revenus majeures qui les exposent à de très grandes difficultés. Pour y pallier, les associations (non abolitionnistes) de défense des travailleurs-ses du sexe ont créé le Fast (fonds d’aide sociale trans genre). Ce fonds a été imaginé et mis en œuvre par l’association Acceptess-T. Ce fonds vient en aide à des jeunes personnes trans, souvent migrants-es et TDS, un public qui est ou va être extrêmement précarisé avec l’épidémie de Covid-19 en cours. Par ailleurs, une cagnotte d’urgence à destination des TDS précaires qui font face à des grandes baisses de revenus et ne reçoivent aucune aide compensatoire de l’État, a été mise en place. Cette cagnotte va les aider à payer leur loyer ou à faire des courses de première nécessité. Une autre cagnotte pour une solidarité alimentaire d’urgence a été créée. Elle a pour but de faire des courses et/ou de soutenir financièrement des personnes exilées.