Un plan de huit milliards d'euros pour "enrayer la pauvreté"

18 Septembre 2018
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Emmanuel Macron a présenté jeudi 13 septembre un plan très attendu de lutte contre la pauvreté, d'un montant de huit milliards d'euros sur quatre ans. Ce plan porte un nom : « stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté ». Il a pour objectif d’« enrayer les inégalités de destin qui se perpétuent de génération en génération » et de permettre aux gens de "sortir de la pauvreté ». Sur un plan politique, il devrait permettre au président de la République de lancer une nouvelle phase du quinquennat davantage axée sur le social ; une façon de contrecarrer l’image de président des riches qui lui colle à la peau. Les mesures, pourtant coûteuses, sont déjà "entièrement financées", a promis l'Élysée. Le président a donc posé un cadre général en exposant la « philosophie générale » du plan. Dans le discours officiel, L'Elysée se vante de proposer un "changement radical d'approche" pour passer d'une "logique de prestation monétaire" au développement de l'"accompagnement social" dans un pays qui compte près de neuf millions de personnes pauvres, dont trois millions d'enfants. De son côté, la ministre des Solidarités, Agnès Buzyn, et le délégué interministériel chargé du dossier, Olivier Noblecourt, sont entrés dans le dur des mesures. Cette "stratégie nationale" s'appuiera sur deux "piliers", la prévention de la précarité, notamment chez les plus jeunes (enfants, adolescents-es et jeunes adultes), et l'aide à la réinsertion vers l'emploi. Sur le premier volet, le plan prévoit notamment d'ouvrir davantage les crèches aux enfants de quartiers prioritaires ou défavorisés, de créer un fonds pour financer des petits-déjeuners dans les écoles prioritaires ou des tarifs sociaux dans les cantines. Pour les jeunes, l'obligation de formation passera de 16 à 18 ans. Des moyens supplémentaires seront attribués aux missions locales pour qu'elles repèrent les élèves décrocheurs du système scolaire et leur proposent des formations. De plus, le dispositif "garantie jeune", pour les 16-25 ans les plus éloignés de l'emploi, sera étendu à "500 000 jeunes avant la fin du quinquennat", contre 100 000 actuellement. L'Etat veut par ailleurs trouver des solutions avec les départements pour prolonger le suivi des enfants de l'Aide sociale à l'enfance. "Il sera possible de bénéficier de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à 21 ans. On ne lâchera plus les jeunes précaires après leur majorité", assure Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, cité par l’AFP. Concernant le "deuxième pilier", l'Elysée promet le "développement massif de dispositifs d'insertion par l'activité économique", considérant que "le retour au travail est le meilleur outil de lutte contre la pauvreté". Chantiers d'insertion, territoires zéro chômeurs, Travail alternatif payé à la journée (Tapaj)... L'ambition est d'étendre ces dispositifs à 100 000 personnes bénéficiaires supplémentaires d'ici 2022, contre 140 000 aujourd'hui. Outre ces deux « piliers », la stratégie s’intéresse également à un autre chantier : la santé et plus largement à une «simplification de notre système social ». Dans ce domaine, la CMU (couverture maladie universelle) sera étendue à plusieurs millions de personnes pour qu'elles bénéficient d'une complémentaire santé (ACS). Concrètement, il devrait y avoir une fusion de la couverture maladie universelle — pour les personnes dont les revenus sont inférieurs à 700 euros par mois — et de l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS), mal connue et peu distribuée, pour celles percevant moins de 900 euros par mois. Le Monde (12 septembre) explique que le « panier de soins aux bénéficiaires de cette nouvelle allocation sera, après négociation avec les professionnels-les de santé, harmonisé et étoffé (lunettes, prothèses auditives…). Les bénéficiaires ainsi aidés ne débourseront pas plus de 30 euros par mois, soit moins qu’aujourd’hui ». la CMU-C concerne 5,5 millions de bénéficiaires, dont près de 90 % sont gérés par la Sécu obligatoire (les 10 % relevant d'une complémentaire santé). La CMU-C est financée par le fonds CMU, abondé à 100 % par taxe de solidarité additionnelle à laquelle sont assujettis les complémentaires. L’ACS bénéficie déjà à 1,2 million de personnes et, avec ces aménagements, 200 000 personnes de plus entreraient dans le dispositif. Le coût de cette mesure, 500 millions d’euros, étalé jusqu’en 2022, serait à la charge de l’Assurance-maladie.  Comme l’indique Le Quotidien du Médecin (12 septembre), cette annonce de fusion ne plaît pas aux complémentaires (mutuelles, institutions de prévoyance, assurances). Elles craignent une fuite d’adhérents-es vers le régime obligatoire et la « nationalisation indirecte » d’un pan entier de la protection sociale. Interrogé par l'AFP, Thierry Beaudet, président de la Mutualité française, a réclamé ainsi une « égalité de traitement » avec la Sécu. « Il me paraîtrait surprenant que l'on assiste à une forme de nationalisation. Je n'avais pas compris que le 100 % Santé [autre nom du reste à charge zéro, ndlr], c'était le 100 % Sécu », a-t-il dénoncé.  Sur la même ligne, Philippe Mixe, président de la Fédération nationale indépendante des mutuelles, interrogé par Le Quotidien du Médecin se méfie du « serpent de mer de la nationalisation rampante » du système de protection sociale solidaire, qui deviendrait à « deux ou trois vitesses ».