Un plan pour l'hôpital avant l'été

21 Mai 2020
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Le ministre français de la Santé promet de présenter d'ici l'été un nouveau plan pour l'hôpital alors qu'une partie des personnels, en première ligne dans la lutte contre le coronavirus, menace de reprendre la contestation, jugeant les moyens toujours insuffisants. Dans un entretien au Journal du Dimanche (17 mai), Olivier Véran annonce qu'il réunira le 25 mai les partenaires sociaux et les collectifs hospitaliers pour donner le coup d'envoi à un « Ségur de la santé ». Le 15 mai, le président de la République Emmanuel Macron avait effectué une visite surprise à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, où il avait promis d'accélérer la mise en place d'un plan de revalorisation des carrières du médical et du paramédical. « Je veux que le plan soit présenté cet été, pour traduire tout ce qui peut l'être dans le prochain budget de la Sécurité sociale », explique Olivier Véran dans l'entretien au JDD. Ce nouveau plan doit notamment permettre une amélioration des rémunérations pour les salariés, pour beaucoup des femmes, travaillant dans les métiers du soin à la personne. « La nation va devoir faire un effort important pour reconnaître leur rôle », déclare Olivier Véran dans l'entretien. « Je souhaite que, rapidement, nous puissions atteindre un niveau de rémunération correspondant au moins à la moyenne européenne ». Outre les salaires, Olivier Véran recense parmi les principaux chantiers la mise au point d'un programme d'investissements, la réorganisation des soins mais aussi la revue du temps de travail, indique l’AFP. « Si des salariés de l'hôpital souhaitent travailler davantage et augmenter leur rémunération, il faut que ce soit possible. Pour ça, il faut revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital », explique-t-il. Emmanuel Macron avait annoncé le 25 mars dernier à Mulhouse une prime exceptionnelle pour les personnels soignants et tous les fonctionnaires mobilisés face au coronavirus et promis qu'un plan massif d'investissement et de revalorisation des carrières à l'hôpital serait mis en place à l'issue de la crise sanitaire. Mais les mesures prises jusqu'ici par le gouvernement, dont le versement d'une prime allant de 500 à 1 500 euros pour les soignants, et la remise d'une « médaille de l'engagement » face à l'épidémie, peinent à combler les attentes du personnel hospitalier. L'hôpital « ne veut pas de médailles, juste des moyens », avait réagi jeudi 14 mai le collectif inter-hôpitaux. Il n’en demeure pas moins que l'annonce d'un « Ségur de la santé » est accueillie avec circonspection. Les représentants-es du secteur craignent un énième plan sans impact réel sur les salaires des personnels hospitaliers. « On s'est dit : et de trois ! », a réagi Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers sur Europe 1. « Il y a eu le grand plan Ma santé 2022, le grand plan hôpital de novembre dernier annoncé par le premier ministre et puis là il y a le Ségur de la santé ». « Les deux précédents plans ne se sont pas traduits en euros, c'étaient des plans d'annonces. On espère que le troisième sera plus constructif avec des conséquences sur le terrain », a-t-il réagi. « Cet entretien au JDD vise à calmer une contestation que le gouvernement sent monter en puissance dans les hôpitaux », a déclaré, pour sa part, Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France. « Ils savent qu'une bombe sociale risque d'exploser dans les hôpitaux, très populaires auprès des Français ». Plusieurs syndicats et collectifs hospitaliers ont d’ailleurs indiqué vendredi 15 mai réfléchir à une « journée nationale de mobilisation » pour l’hôpital public qui pourrait avoir lieu « mi-juin ». De son côté, Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT Santé, « déplore d'apprendre par voie de presse l'annonce d'une négociation qu'on réclame depuis plus d'un an » et se dit « dubitative sur le contenu ». « Les déclarations de M. Véran sur les 35 heures sont inquiétantes », a-t-elle expliqué à l'AFP. « Il est incohérent de vouloir faire travailler plus des personnels qui n'ont jamais pu accéder à la réduction du temps de travail faute d'embauches ». Il semble, en effet, que la période actuelle et les premières annonces du gouvernement relancent le débat sur les 35 heures. Olivier Véran assure que « la question n'est pas de déréglementer le temps de travail » mais de « créer un cadre beaucoup plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent de (travailler davantage) ou d'organiser leur temps de travail différemment. » « La demande, c'est une véritable revalorisation salariale, pour éviter que nos professionnels soient obligés de travailler en plus de leur horaire habituel pour s'en sortir », souligne Mireille Stivala. « On réclame 300 euros par mois, qui correspond au différentiel constaté par l'OCDE entre le salaire moyen infirmier en France et le salaire moyen infirmier dans le reste de l'Union européenne », souligne Thierry Amouroux. « Le fait de remettre en cause les 35 heures permet d'aller au bout de la logique ultralibérale », estime Patrick Pelloux. « Je ne vois rien de concret dans ces annonces », ajoute-t-il.