Une campagne en Russie pour parler du sida à haute voix

31 Mai 2016
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Une campagne nationale de sensibilisation "Stop VIH/Sida" s'est déroulée du 10 au 20 mai dans plus de 200 établissements d'enseignement supérieur à travers toute la Russie, d'Irkoutsk (Sibérie orientale) et Ekaterinbourg (Oural) à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) et Kazan (Volga) avec des laboratoires mobiles pour des tests gratuits du VIH, explique l'AFP. Cette campagne visait aussi à "dire à haute voix à la société que le problème existe", précisent ses organisateurs, une fondation privée. "En Russie, il n'y a pas assez de financement public pour la lutte contre le VIH à l'échelle nationale, et les programmes spéciaux de prévention du VIH chez les toxicomanes n'existent pratiquement pas", déplore Vadim Pokrovski, chef du Centre fédéral russe de la lutte contre le sida. En 2015, "le nombre de séropositifs a dépassé la barre d'un million en Russie dont plus de 200 000 sont déjà décédés" des suites du sida, a déclaré Vadim Pokrovski à l'AFP. Quelque 850 000 personnes vivant avec le VIH sur une population d'environ 146,5 millions vivent actuellement en Russie, explique-t-il, en ajoutant que de nombreuses autres personnes sont probablement infectées, mais "l'ignorent encore car elles n'ont pas été testées" et diagnostiquées. Le nombre de mineurs séropositifs dans le pays a augmenté en 2015 d'environ 8,5 % par rapport à l'année précédente en passant à 9 792 personnes, dont la plupart sont nées de mère vivant avec le VIH. "Pour la seule année 2015, environ 100 000 nouveaux cas du VIH ont été détectés en Russie. C'est un taux très élevé, peut-être même plus élevé que dans le reste de l'Europe", a-t-il relevé. Seules quelques dizaines d'organisations non gouvernementales actives dans une quarantaine de villes en Russie mènent actuellement des programmes de prévention du VIH chez les personnes usagères de drogues, "le groupe le plus vulnérable", souligne Vadim Pokrovski. Ces ONG sont d'ailleurs dans le collimateur des autorités russes, comme Sotsium, une ONG déclarée en avril dernier "agent de l'étranger" à Saratov (Volga) pour avoir reçu 1,5 million de roubles de financement venant de l'étranger pour effectuer des sondages parmi les toxicomanes et les personnes infectées par le VIH. Une loi russe adoptée en juillet 2012 par le parlement russe oblige toutes les organisations qui bénéficient d'un financement étranger et qui ont une "activité politique", un concept à la définition floue, à s'enregistrer comme "agent de l'étranger" et à s'afficher en tant que tel dans toute communication ou activité publique. Si le nombre de personnes infectées continue d'augmenter au même rythme d'ici 2021, "la menace risque de se transformer en une épidémie généralisée", a mis en garde la fondation organisatrice de la campagne en expliquant son initiative. L'épidémie est considérée comme généralisée lorsque 1 % des femmes enceintes dans le pays sont infectées, rappelle Vadim Pokrovski. "En Russie, ce taux est de 0,8 %, mais il augmente, et le risque d'une grave épidémie est très élevé", précise-t-il.