Une teigne transmise par voie sexuelle

13 Octobre 2023
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Chaque mois, le Dr Michel Ohayon, fondateur et directeur du 190, le premier centre de santé sexuelle ouvert à Paris, tient une chronique autour de la santé sexuelle LGBT+ dans le mensuel gratuit gay Agenda Q. Dans le numéro d’octobre (qui peut être consulté en ligne, mais attention il faut se créer un compte avant, le Dr Ohayon alerte sur une nouvelle IST qui circule (à bas seuil) chez les hommes gays et bisexuels. Cette IST porte le doux nom (accrochez-vous !) de dermatophytose à trichophyton mentagrophytes VII (TMVII). La dermatophytose est une infection de la peau due à des champignons. Ils se logent sur les peaux mortes, les cheveux et les ongles. Dans ce cas précis, une sorte de teigne qui se transmet sexuellement avec des lésions au niveau des zones péri-anales, génitales et buccales. Un article scientifique publié le 29 juillet 2023 sur le site de la National Library Of Medecine donne quelques précisions : « La transmission de dermatophytes, en particulier du génotype VII de Trichophyton mentagrophytes, lors de rapports sexuels, a récemment été signalée. Nous rapportons treize cas de ce type en France. Tous les patients étaient des hommes ; douze étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Nos résultats suggèrent une transmission sexuelle de ce pathogène au sein d'une population spécifique, les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes ». L’article précise que les souches ont été isolées dans les hôpitaux La Pitié-Salpêtrière et Saint-Antoine à Paris. Sur les treize cas d'infection par TMVII, le premier a été détecté en mars 2021, et neuf ont été diagnostiqués entre juin et septembre 2022. Tous les patients étaient de sexe masculin ; l'âge moyen était de 39 ans (de 22 à 59 ans). Cinq patients avaient une seule lésion cutanée, tandis que les autres en avaient plusieurs. Parmi les treize patients, onze ont déclaré avoir eu des relations sexuelles exclusivement avec des hommes, et un a déclaré avoir eu des rapports sexuels avec des hommes et des femmes. Au moins neuf d'entre eux avaient eu plusieurs partenaires sexuels le mois précédant l'apparition des lésions. Sept patients étaient séropositifs au VIH, et cinq prenaient la Prep. À l'exception d'un patient qui avait récemment interrompu son traitement, tous les patients séropositifs au VIH recevaient un traitement antirétroviral efficace avec une charge virale indétectable. Deux patients étaient co-infectés par le virus du Mpox et le Mpox s'est développé chez un autre patient un mois après le diagnostic de dermatophytose. Pour un patient, l'infection par TMVII et les lésions dues au Mpox sont apparues simultanément dans la région péri-anale, suggérant une transmission des deux agents en même temps. Quatre patients ont nié tout voyage en dehors de la France, un patient a été infecté en Allemagne (à Munich) où il résidait, et pour trois autres, les lésions se sont développées après leur retour de voyage (en Slovénie, en Espagne et en Inde). Seuls trois patients ont déclaré avoir été en contact avec des animaux (chats ou chiens). Le temps moyen écoulé entre l'apparition des lésions et la consultation à l'hôpital était de 28 jours (quatre semaines). Les patients pourraient avoir contracté des infections par TMVII en France ou à l'étranger, ce qui soutient l'hypothèse de la circulation active de TMVII en Europe. Au total,  51 cas ont été signalés depuis 2014. L'Asie du Sud-Est pourrait avoir été le point de départ de la propagation du pathogène, comme le suggèrent les premiers cas signalés en Europe associés à des voyages dans cette région. Sur les 37 cas d'infection par TMVII signalés à Berlin, en Allemagne, sur une période de 18 mois (janvier 2016 à juillet 2017), seule une petite proportion de cas documentés était associée à des voyages en dehors de l'Allemagne, ce qui suggère que TMVII circulait déjà en Europe. Dans sa chronique, le Dr Ohayon précise que le « traitement de cette cochonnerie est long, fait appel à des médicaments par voie orale, et on a constaté des résistances à certaines molécules ». Étant donné le très faible nombre de cas diagnostiqués, pas de panique à avoir, mais en cas de fortes démangeaisons sur les zones péri-anales, génitales et buccales avec apparitions de plaques rouges, consultez rapidement un-e médecin de confiance (avec lequel-laquelle vous pouvez parler sexualité) ou un centre de santé sexuelle.