Usage de drogue et VHC au Vietnam

4 Août 2017
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Au Vietnam, les personnes usagères de drogues injectables constituent la population la plus touchée par le VIH/Sida et l’hépatite C. L’ANRS et le Nida (National institute on drug abuse, un institut américain) soutiennent dans ce pays différentes recherches afin d’accompagner les autorités nationales dans leur lutte contre ces épidémies, explique l’ANRS dans un communiqué. Une de ces études, ANRS/Nida Drive-in, a évalué la faisabilité d’un programme interventionnel chez les personnes injectrices dans la ville de Hai Phong. Cette étude a permis d’étudier la dynamique des épidémies de VHC et VIH dans cette population. Un peu plus de 600 personnes injectrices ont été recrutées par le biais de groupes d’auto-support. Un test de dépistage leur a été proposé et a permis de montrer que 25 % d’entre elles étaient séropositives pour le VIH et que 66 % l’étaient pour le VHC. Ces résultats mettent en évidence une forte prévalence des infections par le VIH et le VHC parmi les personnes injectrices, ce qui en fait une population clé concernant ces épidémies. Parmi ces 603 personnes, 204 ont été intégrées dans une cohorte et ont fait l’objet d’un suivi pendant un an, avec un dépistage tous les six mois pour ceux qui avaient été testés négativement pour le VIH et/ou le VHC. Durant ce suivi, les participant-e-s avaient accès au programme de réduction des risques des structures communautaires (informations sur les méthodes de réduction des risques concernant les relations sexuelles et les injections, distribution de seringues/aiguilles et préservatifs) et bénéficiaient d’une aide à l’accès au traitement de substitution par la méthadone et au traitement antirétroviral pour les personnes vivant avec le VIH. Parmi ces 204 personnes à l’inclusion, 94 (46 %) étaient séronégatives à la fois pour le VIH et le VHC, 105 (51 %) étaient séropositives uniquement pour le VHC et 5 (2 %) séropositives uniquement pour le VIH. Au terme de l’année de suivi, aucune contamination par le VIH n’a été observée. A l’inverse, une incidence élevée du VHC a été constatée avec dix-huit nouvelles infections. Une analyse indique une forte corrélation entre le nombre d’injections mensuelles et le risque d’infection. Ce sont les personnes pratiquant plus de 75 injections par mois qui ont été préférentiellement infectées par le VHC. "Ces résultats montrent que les efforts engagés depuis une dizaine d’années au Vietnam en faveur de la réduction des risques et de l’accès aux antirétroviraux auprès des UDI ont été payants. L’incidence du VIH a fortement baissé dans cette population. C’est un résultat très encourageant, montrant qu’il est possible d’agir efficacement chez les usagers de drogues", explique le Dr Didier Laureillard, coordinateur du site ANRS Vietnam. La situation est en revanche encore très préoccupante concernant l’hépatite C, estime l’ANRS. "Il est aujourd’hui indispensable d’avoir une approche similaire pour le VHC à celle que nous avons engagée pour contrôler le VIH. Les programmes de réduction des risques construits pour le VIH apparaissent insuffisants pour lutter contre l’épidémie du VHC et doivent être adaptés. Mais la mesure essentielle qui pourra réduire l’incidence de l’hépatite C est un accès large aux nouveaux traitements. A l’heure actuelle, très peu de patients peuvent recevoir ces traitements", explique le Pr Pham Minh Khuê (Faculté de Santé Publique, Université de médecine et de pharmacie d’Hai Phong), co-investigateur de l’étude ANRS/Nida Drive-in. "Cet objectif est d’autant plus crucial, poursuit le Dr Laureillard, qu’avec ces traitements, il est possible de guérir l’hépatite C chez la quasi-totalité des patients en quelques mois. Nous pourrions ainsi enrayer rapidement l’épidémie non seulement parmi les UDI, mais également dans la population générale. L’accès aux traitements du VHC est un enjeu non seulement pour le Vietnam, mais pour l’ensemble des pays à ressources limitées confrontés à cette épidémie. En termes de recherche, nous devons engager de nouvelles études évaluant à large échelle le traitement du VHC comme nouvel outil de prévention de cette infection", conclut le professeur François Dabis, directeur de l’ANRS.