Vanesa Campos, travailleuse du sexe, assassinée

29 Août 2018
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Dans la nuit du 16 au 17 août dernier, Vanesa Campos, travailleuse du sexe à Paris, a été agressée et tuée par plusieurs hommes. Dans leur communiqué commun, le Strass et Acceptess-T expliquent que ce serait un groupe de sept à huit hommes qui serait responsable de l’agression et de la mort de Vanesa Campos. "Cela fait suite à d’autres agressions antérieures. Il s’agirait probablement d’une bande d’hommes qui agresse régulièrement les travailleuses du sexe et leurs clients pour les voler", indique le communiqué. "Ce phénomène de bandes visant les travailleuses du sexe tend actuellement à se développer dans toute la région Île-de-France. Celles qui tentent de s’organiser pour se défendre et les chasser sont ensuite prises à partie séparément. Aujourd’hui, nous pleurons cette perte et nous sentons comme d’habitude abandonnées", expliquent les deux associations. "Les assassinats de femmes trans travailleuses du sexe n’ont rien de rare. C’est un phénomène récurrent et régulièrement, nous tentons d’alerter l’opinion publique et les autorités sur ces violences. Malheureusement comme toujours, nous nous retrouvons seules. Pourquoi la vie des femmes trans migrantes travailleuses du sexe importe-t-elle si peu ? Pourquoi nos morts sont-elles traitées uniquement comme des faits divers ? Pourquoi les journalistes sont-ils si ignorants ou si irrespectueux qu’ils titrent sur la mort d’"un prostitué travesti" (AFP, LCI, Paris Match, Le Figaro, etc.) et continuent de nous mégenrer jusque dans la mort ? La vie d’une pute ne compte-t-elle pas ? Nous avons en nous cette étrange impression que nos morts ne suscitent aucune émotion. Pour nous, il n’y a jamais de deuil national. Il n’y a jamais de commémoration officielle. La classe politique reste muette. Une fois les articles de presse sensationnalistes passés, c’est le retour au silence, et on doit retourner travailler la peur au ventre, en attendant d’être peut-être la prochaine", dénonce le communiqué. "Nous comprenons parfaitement ce que cela signifie, à savoir que nous ne faisons pas partie de cette humanité normale qui a droit au respect de sa vie. Nous sommes traitées comme une sous espèce, qu’on peut écraser comme un insecte, au point que la police, celle qui est payée pour protéger les citoyens normaux, nous harcèle quotidiennement, nous colle des amendes et détruit nos tentes au cutter, nous appelle "monsieur" pour nous humilier, et nous place en détention dans des cellules pour hommes, où nous sommes agressées par nos codétenus. Une migrante tuée, c’est une personne dont on pense qu’elle n’a de toute façon pas d’attaches en France. C’est une indésirable en moins. Il n’y aura personne pour protester lorsque son dossier sera classé sans suite, car sa famille, si elle ne l’a pas rejetée, est trop loin pour s’en occuper (…) Tout le monde connait le contexte politique, législatif, administratif et social dans lequel nous vivons. Chacun comprendra et jugera de ce qui facilite ou non ces violences. Nous n’avons pas besoin d’insister dans la dénonciation que nous portons déjà tout le temps", expliquent les deux associations. Dans leur communiqué, elles expliquent qu’il leur reste "la tristesse, l’amertume et la colère" et qu’elles réfléchissent à "des actions à venir dans les jours qui viennent". Cinq personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire après le meurtre de Vanesa Campos a indiqué (27 août, l’AFP citant une source judiciaire. Huit personnes avaient été interpellées le 21 août et cinq d'entre elles ont été mises en cause dans le cadre de cette enquête pour "meurtre commis en bande organisée" et "vols en réunion avec dégradations", précise l’AFP.