Vente d’alcool dans les stades

23 Août 2019
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Le moins que l’on puisse dire, c’est que la mesure envisagée par quelques parlementaires de l’actuelle majorité concernant la vente d’alcool dans les stades entre bel et bien en contradiction avec la volonté du gouvernement de faire baisser la consommation d’alcool en France, jugée comme excessive. Cent cinq parlementaires LREM et certains de l’opposition souhaitent, en effet, étendre l’octroi d’autorisations temporaires aux clubs pour vendre de l’alcool lors des matchs dans les stades des clubs professionnels. Une proposition de loi a d’ailleurs été déposée le 24 juillet dernier. Trois députés-es, François Cormier Bouligeon, Cédric Roussel et Belkhir Belhaddad, sont le plus engagés dans cette initiative qui a pour objectif d’« assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Évin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». Depuis 1991 et la loi Evin, la vente d’alcool est interdite dans les stades. Le texte proposé entend autoriser « l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». Actuellement, ce sont les associations sportives (les clubs non professionnels) qui font la demande auprès du maire et de la préfecture pour pouvoir vendre de l’alcool. Elles peuvent demander dix dérogations par saison. Une évolution de la loi Evin permettrait aux sociétés sportives, autrement dit les clubs professionnels, de faire eux-mêmes la requête. Comme on pouvait s’y attendre, cette proposition ne plait pas du tout aux médecins addictologues. Ils dénoncent des textes sous l'influence de lobbies. « Sous prétexte de soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, années après années, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France soit dotée », dénonce l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa). La loi Evin de 1991 contre le tabagisme et l'alcoolisme interdit la vente, la distribution et l'introduction de boissons alcoolisées dans tous les établissements d'activités physiques et sportives. Les clubs disposent d'une dérogation pour vendre de l'alcool dix fois par an. Mais ils veulent plus, souhaitant pouvoir s'aligner sur leurs concurrents européens et bénéficier de revenus substantiels les jours de match de la vente d'alcool et de la publicité. « Si vous enleviez la loi Evin, ce serait 150 millions d'euros en plus pour les clubs français : autour de 80 millions d’euros pour la publicité et autour de 50 millions d'euros pour la vente d'alcool, la seule que nous prenons en compte », explique à l'AFP François Cormier-Bouligeon, député du Cher, un des parlementaires à l'origine du texte qui affirme vouloir notamment aider au financement du sport professionnel.  En février, une quinzaine de députés-es LR menés par le député des Vosges Stéphane Viry avaient déjà signé une proposition de loi allant dans le même sens et Valérie Beauvais (LR) avait présenté un autre texte visant lui à autoriser le sponsoring des clubs sportifs par des entreprises viticoles et des brasseurs français.  La députée de la Nièvre Perrine Goulet (LREM) a proposé en novembre 2018, dans un rapport remis à Matignon, de passer de dix à quinze les évènements annuels où les clubs sont autorisés à vendre de la bière.  Elle suggère également d'assouplir les restrictions de publicité pour les marques d'alcool sur sites internet sportifs et le retour du sponsoring d'équipes pour les viticulteurs et les brasseurs.  De son côté, l'Anpaa rappelle elle « à ces députés que la consommation d'alcool est incompatible avec le sport » car sa « promotion (...) via les compétitions sportives », vise « à banaliser la consommation générale » et « en premier lieu celle des jeunes qui constituent la majorité du public ». Elle appelle le pouvoir à sa « responsabilité » vis-à-vis de « la santé publique ». L'association voit dans cette « offensive contre la loi Evin » l'enjeu économique que représente le sponsoring de futurs évènements sportifs en France comme la Coupe du monde de Rugby de 2023 et les Jeux olympiques de Paris en 2024. L'alcool reste la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac, avec 7 % du nombre total de décès de personnes d'au moins 15 ans en 2015. Pas moins de 41 000 décès sont dus à l’alcool chaque année en France.