VHC et cancer du foie

19 Avril 2019
360 lectures
Notez l'article : 
0
 

Les antiviraux à action directe (AAD) ont montré leur efficacité dans l'élimination du virus de l'hépatite C (VHC) en ne provoquant pas les effets indésirables des traitements antérieurs par interféron et ribavirine. Il n’en demeure pas moins qu’un risque de carcinome hépatocellulaire (CHC ou cancer du foie) reste présent après la guérison de l’infection, quel que soit le traitement et particulièrement en cas de fibrose avancée. C’est ce qu’explique un récent communiqué de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS). À des prélèvements de foie de plus de 50 personnes et un modèle de souris avec un foie humanisé, une équipe de recherche internationale soutenue par l'ANRS et coordonnée par Thomas Baumert, directeur de l’Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques (Unité Inserm U1110 - université de Strasbourg) a mis en évidence que ce « risque rémanent (1) est dû à des changements durables causés par le VHC, qui altèrent l'expression de gènes notamment impliqués dans le cancer du foie ». Le « ciblage de ces modifications dites épigénétiques (2) constitue une piste pour détecter plus tôt les risques de [cancer du foie] chez les patients dont l'infection est prise en charge ». Comme le rappelle l’ANRS, le taux de guérison de l’infection apporté par les AAD (antiviraux à action directe) est de plus de 90 %. Cependant, ces traitements pourtant hautement efficaces ne permettent pas d'éviter les modifications causées par le VHC sur l’expression des gènes des cellules hépatiques ni l'augmentation de risque de CHC, notamment en cas de fibrose et d'infection prolongée. Autrement dit, les AAD permettent la guérison de l’infection, mais peuvent être insuffisants pour soigner des dommages anciens sur le foie, par exemple du fait d’une hépatite chronique non diagnostiquée, non prise en charge. Les résultats des travaux de Thomas Baumert et ses collaborateurs-trices, publiés dans la revue Gastroentrelogy, montrent que le VHC, un virus à ARN qui n'intègre pas son génome à celui des cellules qu'il infecte, a cependant un impact sur le génome des hépatocytes (cellules du foie) en induisant des modifications épigénétiques. Ces modifications changent l'expression de certains gènes. Cette modification épigénétique est d'autant plus persistante que le traitement a été tardif et que la fibrose du foie est avancée. Les chercheurs ont montré que les changements induits par le VHC affectent notamment les gènes de réponse inflammatoire. « Ces résultats ont été mis en évidence chez des personnes avec une infection chronique par le VHC ou une ancienne infection chronique guérie, mais également dans un modèle de souris dont les hépatocytes sont d’origine humaine. Il s’agit des premiers résultats pointant comme cause du risque rémanent de cancer du foie, les changements épigénétiques causés par le VHC, avant son élimination de l'organisme. Par ailleurs, ce risque ajouté est interconnecté avec la fibrose du foie » ; et les chercheurs d’expliquer que sans symptômes « jusqu'à des stades tardifs, le cancer du foie est mal diagnostiqué et souvent de mauvais pronostic ». Ces travaux, soutenus par l'ANRS, mettent en lumière l’intérêt de l'analyse de l'épigénome (l'ensemble des modifications épigénétiques d'une cellule), pour parvenir à une détection plus précoce et une meilleure prise en charge.  Et les chercheurs-euses de conclure : « Comme les liens entre modification de l'épigénome et d'autres cancers commencent à être documentés, les pistes ― jusqu'alors inexplorées pour le cancer du foie ― que nous mettons en évidence sont importantes à investiguer pour développer de nouveaux biomarqueurs et moyens de prévention du CHC. »

(1) Se dit d'un phénomène qui subsiste après que sa cause a disparu.
(2) L’épigénétique est la discipline de la biologie qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible et adaptative l'expression des gènes sans en changer la séquence nucléotidique (AND –ARN).