VIH et préjugés en France

20 Février 2018
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A l’occasion du 1er décembre 2017, l’institut CSA a réalisé un sondage pour AIDES sur la perception du VIH et des personnes séropositives. Les résultats sont contrastés et parfois suscitent la colère. De manière générale, ils indiquent une "apparente bienveillance" de la société à l’égard des personnes vivant avec le VIH, mais lorsqu’on creuse un peu et que l’on s’intéresse à des relations proches ou personnelles, alors les personnes interrogées montrent des comportements de défiance voire d’exclusion. Résumé d’une formule : "Le VIH, c’est ok, mais pas de trop près". Côté rassurant, une immense majorité des répondant-e-s au sondage considère qu’une personne séropositive sous traitement peut "vivre comme tout le monde" (87 %), "avoir une activité professionnelle" (98 %), ou "exercer des responsabilités managériales" (97 %). Fin des réjouissances ! "Car sitôt qu’on évoque des situations concrètes ou un degré de proximité plus étroit et direct avec les personnes séropositives, cette apparente bienveillance se délite", résume AIDES dans son communiqué à propos des résultats du sondage. Ainsi si les personnes sont unanimes à reconnaître la capacité à travailler des personnes vivant avec le VIH, ils ou elles sont 31 % à considérer comme justifiée la restriction de l’accès à certaines professions, comme pompier ou policier, pour ces mêmes personnes. Autre chiffre terrible : un parent sur cinq interrogés se sentirait "mal à l’aise" si  l’un-e des enseignant-e-s de leur enfant vivait avec le VIH. Ce taux grimpe à 33 % chez les moins de 35 ans. Les résultats de ce sondage sont issus du dernier "Rapport VIH/hépatites : la face cachée des discriminations, édition 2017", que AIDES publie chaque année. Ce sont les données les plus récentes sur les préjugés qui frappent encore les personnes vivant avec le VIH… des décennies après le début de l’épidémie. Que se passe-t-il aujourd’hui pour vous ? Etes-vous victime de préjugés ? De qui émanent-ils ? Et comment y réagissez-vous ? Notez-vous une évolution dans ce domaine ? Quels sont les moyens, les solutions qui pourraient changer la donne ? C’est autour de ces questions que l’on vous propose d’échanger mardi 20 février dès 21 heures, pendant le chat thématique, animé par Diane-Seronet.

Commentaires

Portrait de sonia

Avec des slogans chocs genre" c'est le sida qu'il faut exclure, pas les seropositifs",ou "des molécules pour qu'on s'encule', il n'est pas étonnant que ces messages de prévention jettent encore de la confusion dans l'esprit des sondés.

 

Encore trop de préjugés ?

Au moins, les progrès thérapeutiques nous permettent de vivre " normalement ", d'avoir des enfants en bonne santé, de ne contaminer personne en etant           indétectable !!!

Mais, si je puis me permettre, jaimerais demander le droit à l'oubli (tel un malade passant du stade sida à seropositif en  maladie chronique).

Qui m'en empêche ? 

J'envisage des gens sans visage, anonyme, parlant de la pluie et du beau temps, et faire l'amour pas la guerre!

 

 Ce virus ne doit plus être le centre de mon existence!

 

C'est comme demander à un black de justifier sa couleur pour répondre au racisme anti-noir!

 

Je hais le sida , plus de details ce soir...

Portrait de Tom Sawyer

Avant de vous exposer le compte-rendu de ce chat thématique sur la question "VIH et préjugés en France", je vous laisse en préambule quelques liens et informations utiles.
Saisir le défenseur des droits
https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/saisir
Des informations dans le rapport "VIH/hépatites, la face cachée des discriminations"
https://www.aides.org/rapport-discriminations-2017
Vous pouvez aussi vous rapprocher d'associations qui peuvent vous aider, éventuellement se porter partie civile à vos côtés.

Passons maintenant au compte-rendu.
La discussion s'est articulée autour des points suivants :
Avez-vous été confronté-e-s aux préjugés à cause de votre séropositivité?
Dans le milieu professionnel, en famille, avec des proches...?
Ces préjugés et fausses idées, ont-ils des impacts sur vous?
Comment lutter contre les préjugés et les idées reçues liés au VIH, pour que ça ne soit plus un problème?

Rimbaud
Une lutte contre les préjugés ne peut se faire que par la connaissance. Or on peut déplorer une absence totale d'éducation des jeunes à ce sujet. La faute à l'école, aux médias, les acteurs pro du vih qui monopolisent le discours, et nous les séropositifs.
A lire le sondage 1/5 des parents seraient mal à l'aise que le prof soit séropositif, 35% pour les jeunes parents. Je suis prof donc oui j'ai la trouille et ma parole est bien plus forte comme ça.
On peut critiquer les médias, les associations, l'école ... mais c'est d'abord nous qui sommes en cause. Personne ne peut en parler à notre place, c'est à nous de trouver ce courage.
La problématique de l'homophobie est la même que celle de la sérophobie. Tant qu'on reste planqué et invisible, rien n'avance. Or, rien de plus invisibles que les séropositifs. Plus rien ne bouge depuis que les séropositifs ne font plus parler d'eux.
Comment lutter contre les préjugés ?
En banalisant le VIH donc en se montrant. Pourquoi les pro du VIH font comme si on avait aucun recul sur les phobies? Regardez ce qui s'est passé pour les gays. On est passés en 30 ans de la dépénalisation au mariage. Comment? Par la VISIBILITE. Et parce que les gays ont été acteurs de la révolte. Regardez les séropos des premières années : dans la survie, ils ont été (vous avez été) acteurs et les choses ont avancé. Depuis la chronicité : plus rien. Retour au placard = création de peurs dans la population = régression. Et le système associatif, médiatique, éducatif est responsable de ça en se substituant aux principaux concernés : nous ! "Les préjugés sont les pilotis de la civilisation" (Gide), les préjugés structurent le peuple, le confortent, lui donnent le sentiment de supériorité.
Au lieu de se plaindre, si on avait 100 000 séropositifs dans la rue pour exiger la fin de la discrimination bancaire : ça avancerait mieux!
Les acteurs de la lutte vih devraient tirer des leçons des autres combats. Ils se comportent comme si rien n'existait en dehors d'eux.
Il ne faut pas confondre malades vih et gay : même si les deux (avec les toxicos) sont principalement la source des discriminations. Je suis gay moi aussi et la visibilité de ce qui se voit des gays à travers les médias me fait plutôt honte qu'autre chose.

yogui71
Pas facile de se montrer. Peur de la stigmatisation. Dans ce cas qui peut en parler pour nous?
Je pense que les médias, l'éducation nationale, les associations devraient informer le grand public. L'ignorance est la pire des choses et le grand public est actuellement complètement ignorant de ce qu'est une personne séropositive. Tout le problème est là. Pour que l'information soit efficace je pense qu'elle doit venir de personne séronégatives, elles seront beaucoup plus crédibles que nous. L'information est restée aux années 80.
On est invisible car on est comme tout le monde.
Je vis avec une séronégative. Une seule personne est au courant de ma séropositivité.
Au niveau des impacts : afin d'éviter tout problème, je n'en parle à personne.
Il y a 30 ans ça devait être très dur de le cacher. Maintenant ça ne pose aucun problème.
Mon médecin de famille et la pharmacienne connaissent ma séropositivité, le dentiste et les autres ne savent pas.

Tom Sawyer
Je suis séropositif depuis 3 ans environ. J'ai pas eu à subir de préjugés, pas de face en tout cas.
Parfois des séropositifs me disent qu'ils sont ou ont été victimes de préjugés dans le monde médical ... déjà si les préjugés pouvaient complètement tomber dans ce secteur ce serait une avancée importante. J'en ai parlé à mon dentiste, il accepte de me soigner, mais je sens bien qu'il fait plus attention qu'avant, je suis notamment invité à me rincer la bouche dans un autre évier et pas dans le matériel prévu à cet effet.
Comment lutter contre les préjugés ? Question difficile ... les mentalités évoluent lentement.
Il faudrait donner les moyens aux victimes de préjugés de pouvoir le signaler, en parler et avoir les informations juridiques nécessaires pour se défendre.
Maintenir voire renforcer les lignes d'écoute, la parole est importante dans ces cas là.
Renforcer les lois qui condamnent les préjugés, là c'est au niveau politique ...
Les préjugés que j'avais sur le vih sont tombés quand je suis devenu séropositif et que je me suis retrouvé à vivre avec.

Elian
La recherche avance à grands pas. Je suis avec un séronégatif. Tout le monde l'a su au début il y a 32 ans. Pas de problème ni avec le dentiste ni avec le kiné.

MarieO
Bonsoir, 36 voire 37 ans de VIH, j'en ai assez de me taire. J'ai décidé d'en parler cette année. Je vais sans doute avoir des amis et connaissances qui vont s'éloigner, on verra bien.
Mes très proches sont au courant mais ma mère et ma fille ne souhaitent pas que j'en parle.
Ma fille a peur de se faire rejeter, alors qu'elle est séronégative. Ma mère a peur du qu'en dira-t-on. C'est compliqué.
L'impact? Ca fait 30 ans que je ne dis rien. Je vais en parler cette année, pas si évident que ça de se lancer.
Dans le milieu médical, je le dis, pas de problèmes mais parfois je sens bien que cela dérange même en 2018. Dentiste, pharmacien, généraliste pas de soucis, je les connais depuis très longtemps. Mais je ne fais plus mes prises de sang en labo de ville.
Comment lutter contre les préjugés? Il faut en parler davantage dans les écoles, les collèges ...
Le VIH n'est vraiment pas la priorité des politiques, c'est bien dommage.
Pour emprunter je n'ai rien dit. Faire des faux, mentir tout le temps, c'est usant.

Cbcb
Plus tu attends, plus c'est difficile d'en parler. La majorité de mes proches sont au courant : ma mère, mes enfants, leurs amis, copains et leurs compagnons. Ma mère en a parlé pour moi. Ma mère n'est pas ouverte d'esprit mais pas de problèmes avec le reste de la famille. Mes enfants en parlent autour d'eux. Au départ, c'était moi la plus mal a l'aise. Si on en parle autour de nous il y aura au moins une personne qui diffusera l'information. C'est pour ça que je préfère le dire moi-même.
Je n'ai pas de problèmes avec le milieu médical. Il vaut mieux leur en parler plutôt qu'ils l'apprennent autrement. Le problème c'est le milieu professionnel, j'ai jamais pu en parler, mais cela ne me posait pas vraiment de problème.
Comment lutter contre les préjugés? Je ne sais pas. Les politiques ne veulent pas en entendre parler.
Pour emprunter je n'ai rien dit.

seben
Je m'estime chanceux je n'ai pas été confronté à la discrimination. Mes proches le savent, amis, famille, la pharmacie aussi et après ça ne regarde que moi, je suis un être humain pas une maladie ambulante.
Comment lutter contre les préjugés ?
On en revient toujours au même point qui bloque à chaque fois, la communication autour du vih. Les pouvoirs publiques sont frileux ou se désintéressent du sujet.

bahwouri
Seul mon père et ma mère ne savent pas, j'en ai parlé à mes frères et soeurs, à mes vrais amis pour leur faire prendre conscience sur leur mode de vie mais en amour je suis toujours déçu de la réaction des séronégatifs.
Je ne peux pas emprunter pour acheter une maison, chez le dentiste on me regarde bizarrement mais je m'en fous, en consultation j'en parle car je n'ai pas acheté mon vih chez l'épicier c'est la vie. Je me demande toujours si j'étais séronégatif quelle allait être ma réaction? Je ne suis pas certain que je prendrais le vih à la légère.
Comment lutter contre les préjugés ?
Je pense avec une bonne information, une bonne éducation. Même si je suis séronégatif je suis capable de surmonter ma peur pour sortir avec une séropositive. Aujourd'hui je vois très bien les gens qui ont les préjugés ils n'ont pas les bonnes informations, j'ai même croisé des personnes qui te sortent une théorie de complot. Cupidité quand tu nous tiens! Pour moi la seule solution c'est l'éducation, des campagnes d'informations, etc ...

Les Anonymes - Les voix ont été floutées comme à la télé (je rigole et je taquine comme d'habitude, mais je prends au sérieux le souhait de certain-e-s de rester anonymes)
Pas facile de se montrer. Peur de la stigmatisation. La maladie fait encore peur de nos jours.
Qui peut parler pour nous ? Les associations. Si on parle autour de nous (de notre séropositivité) il y aura toujours une personne qui diffusera l'information, je l'ai vécu et peux dire que c’était une traînée de poudre. J'y ai été confrontée une fois dans le milieu professionnel lors d'une formation. La réaction de la personne qui m'a reçu a été foudroyante lorsque je lui ai parlé de ma séropositivité. Elle a paniqué et m'a demandé d'ouvrir la porte. Elle se sentait prise au piège dans une petit espace face au VIH. Il lui fallait de l'air. Je voulais tester. Je suis restée zen. Pour d'autres ça a été de la compassion.
Je vis avec depuis plus de 30 ans alors j'en ai vu et conclusion maintenant je me tais.
J'ai essayé d'expliquer ce qu'est le VIH de nos jours, la prévention, mais ça n'a pas marché.
Les gens sont restés aux années 80. Je suis heureuse quand même d'avoir connu la dynamique des années 80.
En France il y a des tabous et tout ce qui touche au sexe en fait partie. Il faudrait des campagnes d'information.
Quand on a une famille ouverte comme la mienne c'est super. Mes frères et soeurs ont pris le relais donc mes nièces et neveux le savent.
Au niveau des impacts : on s'isole. Avoir le VIH et se cacher c'est la double peine. J'ai fait une psychothérapie pour pouvoir le dire à ma famille.
Le milieu médical ne me pose pas de problème.

Il faudrait déjà que dans le milieu médical, ils apprennent un peu ce que c'est que le VIH.
Je n'ai jamais dit que j'étais séropositif quand j'ai emprunté à la banque, j'ai fait deux crédits maison que j'ai remboursé sans aucun problème.
Comment lutter contre les préjugés? Un médicament qui éradique le virus et il y aurait plus  aucun  problème.

Conclusion collégiale
Nous voyons, à travers les échanges, que les expériences et le vécu face aux préjugés sont différents. Certain-e-s préférant le dire ou pas, selon le contexte (professionnel, familial, amical, médical, assurances, prêts immobiliers, ...). On peut toutefois noter que le carde familial est sensible en ce qui concerne les préjugé et important pour le soutien celle-ci est ouverte d'esprit.
L'impact et les conséquences des préjugés sont l'isolement, le repli sur soi et taire sa maladie. Sur ce aspect, le vécu est différent : certain-e-s replié-e-s et qui se taisent depuis des années font le choix de se libérer et d'en parler, pour d'autres c'est l'inverse.
Certain-e-s ont été victimes de préjugés, d'autres peu ou jamais. Il en ressort un dénominateur commun, c'est que les préjugés envers séropositifs sont encore trop présents de nos jours, on dirait que le temps s'est figé aux années 80. Les raisons le plus souvent évoquées sont le manque d'information notamment dans le milieu éducatif, l'abandon des politiques pour la cause du VIH, et le manque de visibilité des séropositifs dans le monde réel et dans les médias. Par conséquent pour faire bouger les lignes et impulser une évolution sur les préjugés, c'est donc sur les raisons évoquées précédemment qu'il faudrait mettre l'accent.

Avant de se quitter jetons un oeil sur les potins de la semaine :
Cbcb a fait l'acquisition d'un marteau électrique mais cela ne l'a pas empêchée de laisser cramer le repas dans le four, le vieux vélo de Bob qui déraillait tout le temps a été remplacé par un vélo plus performant et flambant neuf. Quant à moi, je me suis pris les pieds dans le câble d'alimentation de l'ordinateur pour aller surveiller la cuisson du sauté de veau sur le feu : résultat mon écran est mort. La semaine prochaine nous parlerons de Lucette et des cartons.

Merci de votre attention, Tom.

Portrait de Rimbaud

Ce n'est pas moi qui ai écrit : "Il ne faut pas confondre malades vih et gay : même si les deux (avec les toxicos) sont principalement la source des discriminations. Je suis gay moi aussi et la visibilité de ce qui se voit des gays à travers les médias me fait plutôt honte qu'autre chose."

Portrait de Tom Sawyer

désolé pour l'erreur rimbaud, je prends note.

cordialement, tom

Portrait de cbcb

Et surtout merci pour la rapidité avec laquelle tu as rédigé ce CR !
Et oui, les préjugés persistent...malheureusement souvent liés à l'ignorance.
Personnellement, je n'ai jamais vraiment eu de problème (à part ma mère ...)
Cela peut sembler "petit", mais je suis contente d'en avoir parler à mes enfants,
qui eux, ensuite, en parlent autour d'eux ... 
 

Portrait de Tom Sawyer

Le problème c'est que les préjugés et les jugements existent pour plein d'autres choses : l'orientation sexuelle, la couleur de la peau, la maladie, les choix de vie de chacun, le handicap, les origines sociales ... tout ça cumulé ben ça fait beaucoup de discriminations et d'exclusion. En ce qui concerne ma séropositivité j'ai surtout eu de la compassion et peu de préjugés.