VIH : qui veut un traitement injectable ?

17 Octobre 2020
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Lundi 5 octobre, une conférence scientifique sur le VIH débutait à Glasgow en Écosse. Parmi les premières présentations, une étude montrait que deux-tiers des personnes vivant avec le VIH aimeraient passer en traitement longue durée injectable. Cette étude, publiée par aidsmap, s’est faite sous forme de questionnaires en ligne proposés dans quatre pays d’Europe (France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni). L’efficacité de la bithérapie associant les antirétroviraux cabotégravir + rilpivirine  sous sa forme injectable et à libération prolongée (une injection tous les deux mois) a été démontrée dans les essais Flair (personnes n’ayant jamais pris de traitements anti-VIH) et ATLAS (personnes ayant déjà pris des traitements anti-VIH).
Le questionnaire était mené sous l’égide du laboratoire pharmaceutique ViiV Healthcare, qui fabrique la bithérapie cabotégravir + rilpivirine sous sa forme injectable, ce qui aurait pu laisser penser à un biais dû à une forme de conflit d’intérêts, mais le même questionnaire a été mené de façon indépendante en Italie avec un taux d’intérêt encore plus marqué pour les traitements injectables soit 89 % des répondants-es.  Sur les 688 personnes vivant avec le VIH qui ont répondu au questionnaire de ViiV Healthcare, un tiers étaient des femmes, un peu moins d’un tiers avaient plus de 50 ans et 89 % avaient une charge virale indétectable.  Sur le total des répondants-es, 66 % étaient intéressés-es par un traitement longue durée injectable et ce taux augmentait dans certaines sous catégories. Ainsi parmi celles qui avaient peur de rater une prise de traitement ou qui ressentaient cette prise comme un rappel quotidien du fait de vivre avec le VIH, 79 % étaient intéressées. Parmi les personnes qui redoutaient de voir leur séropositivité révélée à cause de leur traitement, le pourcentage monte à 88 %. Enfin parmi les personnes qui avaient des effets indésirables ou des comorbidités le taux passe à 100 %. Les répondants-es ont également indiqué quels seraient les bénéfices d’un passage à un traitement injectable en longue durée. Le premier critère était le fait de pouvoir voyager plus facilement sans avoir à transporter un traitement en comprimés (56 %), ensuite venait le fait de diminuer les prises de médicament (53 %) puis le fait de diminuer le risque de rater une prise (51 %). Parmi les freins exprimés par les répondants-es sur un éventuel passage au traitement injectable, il y avait la douleur due à l’injection en elle-même (35 %), la crainte de ne pas faire l’injection dans le bon laps de temps (33 %) et la crainte de ne pas avoir le temps de se rendre dans un hôpital tous les deux mois (32 %). Ces résultats montrent un intérêt réel des personnes vivant avec le VIH pour ce nouveau mode d’administration des antirétroviraux qui pourrait faciliter leur quotidien et chez certaines rendre plus « légère » la vie avec le VIH. Presque 25 ans après l’arrivée des première trithérapies, c’est un pas de plus vers une meilleure qualité vie pour certaines personnes vivant avec le VIH, en lien avec le Tasp et l’allègement thérapeutique.

Références : Akinwunmi B et al. Factors associated with interest in a long-acting HIV regimen: perspectives of people living with HIV and physicians in Western Europe. HIV Glasgow 2020, abstract P014.  Celesia M et al. Long-acting treatments: people's expectations and attending physicians' preparedness. Are we ready to manage it? HIV Glasgow 2020, abstract P015.