Mon pharmacien

Publié par Rimbaud le 30.04.2017
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Ca pue la mort dans cette pharmacie, ça pue l'ennui, le commerce, le factice. Elles sont là, derrière leur grand comptoir blanc, un masque livide solidement accroché au visage, pas un sourire, elles ont l'air de s'emmerder ferme. Rien à voir avec la pharma de l'hôpital et la petite jeune débutante d'une douceur sans nom qui voyant qu'il s'agissait de mes premières pillules avait pris le temps de bien tout m'expliquer. Mais je n'allais pas me taper une heure de route juste pour son sourire. Encore ça aurait été un petit mec bien mignon, je dis pas, mais là non. 

On avait pesé le pour, le contre. Vivre à la campagne comporte ses avantages (la bonne odeur de bouse laissée par un tracteur trop pressé, les poules du voisin en liberté dans la rue qui viennent chier devant chez moi, la boulangère qui met la baguette à ma porte chaque jour, le facteur qui me raconte ses histoires de collectionneur de cartes postales) mais c'est si petit ici. A taille humaine. Depuis le début de la formidable aventure de la séropositivité, j'ai ressenti des émotions fortes, mais jamais la honte. Honteux de quoi ? D'avoir pris mon pied comme un fou avec d'autres mecs pendant vingt ans ? Ca s'appelle vivre ça, je crois. Alors merde, tant pis, j'ai décidé d'y aller à cette pharmacie.

Et il est apparu. Mon rayon de soleil de la journée. Pas si loin du mec dans "Scènes de ménages" sur la six, le pharmacien ventripotent obsédé par le pognon et fier d'être un ringard. Sauf que là, il était ridiculement petit, d'une laideur absolue (mais on a le droit d'être moche, c'est pas un crime, sauf que sa laideur à lui est non seulement physique mais morale, ça s'appelle la physiognomonie (Hugo, je te salue)). Il avait comme les autres, les yeux éteints jusqu'à ce qu'il lise mon ordonnance. Là, en une fraction de seconde, j'ai compris que j'avais illuminé sa journée : tout son corps semblait dire : "putain a y est ! J'en ai un ! Un vrai client ! Une pompe à fric comme je les aime ! Oh putain que c'est bon ! Finis les antidépresseurs, les dolipranes qui servent à rien, la vieille et son cholesthérol ! Là, j'en tiens un vrai, un vrai malade, un truc bien lourd ! Et il va revenir tous les mois en plus ! Martine, sors les flûtes à champagne !". 

Il a bien pris le temps de m'expliquer qu'il pouvait les commander à l'avance les cachetons... que je pouvais téléphoner un jour avant... que y avait même une application sur Androïd ! Ouahou, non mais le truc... de malade (forcément !). Alors j'ai sorti tout fier de moi mon nouveau portable et j'ai tenté de prendre une photo du machin publicitaire pour l'appli. Râté, j'ai pris une photo de ma gueule dépité. 

Ca a duré, ça a duré... il en prenait un temps pour bidouiller sur son ordi. A la fin, j'ai lâché un "bon ben c'est tout, je pense, au revoir" et il m'a rétorqué : "ah non ! bah non ! Je vous donner ce petit papier à présenter demain !" Heureux, mais heureux qu'il était... A tel point que le lendemain, en venant récupérer la commande, tandis que la madame mettait à jour ma carte vitale, il s'est pointé, téléphone à la main, conversation en cours, s'est posté à côté de moi... Pourquoi ? Aucune idée. Je lui ai fait comprendre que "c'est bon, éh oh, je les ai les cachetons, je vais pas planter ma tente ici, allumer le réchaud et me faire cuire des saucisses grillées !". Et il est parti dépité de tant d'ingratitude de ma part mais il avait quelque part en lui, cette petite voix réconfortante qui lui murmurait que "oui, ne t'inquiète pas, il reviendra le mois prochain".

Commentaires

Portrait de hellow

...tout ça pour dire que tu aimais mieux la pharmacie de l'hôpital ?

ou que tu as peur de paraitre superficiel ?

Quoiqu'il en soit; bienvenu à toi !

PS : souviens-toi que seul le rire sait effrayer la peur

Portrait de la-vie-en-rose

Elle s'appelle comment l'appli sur Android qui permet de commander le renouvellement à l'avance ? 

Si ça peut éviter de se déplacer deux fois tous les mois... 

Portrait de Exit

Pareil dans la pharmacie ou je vais, elles m'ont bien dit que je pouvais les commander à l'avance... Business, business... 

Mais voilà, comme je pratique l'allègement, je ne les prends quasiment plus qu'à l'hopital, une boite me dure quasiment 4 mois !

Portrait de Rimbaud

hellow wrote:

...tout ça pour dire que tu aimais mieux la pharmacie de l'hôpital ?

ou que tu as peur de paraitre superficiel ?

Quoiqu'il en soit; bienvenu à toi !

PS : souviens-toi que seul le rire sait effrayer la peur

Euh bah je trouvais ça marrant mon histoire, c'est tout. "Tout ça pour dire que.." bah peu importe, au moins j'ai formulé quelque chose et c'est déjà très bien.

Portrait de Rimbaud

la-vie-en-rose wrote:

Elle s'appelle comment l'appli sur Android qui permet de commander le renouvellement à l'avance ? 

Si ça peut éviter de se déplacer deux fois tous les mois... 

geyphar = le nom de l'appli mais hier ça ne marchait pas. :)

Portrait de Rimbaud

Exit wrote:

Pareil dans la pharmacie ou je vais, elles m'ont bien dit que je pouvais les commander à l'avance... Business, business... 

Mais voilà, comme je pratique l'allègement, je ne les prends quasiment plus qu'à l'hopital, une boite me dure quasiment 4 mois !

Je sais déjà plein de choses sur toi tellement j'ai lu de messages que tu as postés ;)

Portrait de hellow

rimbaud wrote:

"Tout ça pour dire que.." bah peu importe, au moins j'ai formulé quelque chose et c'est déjà très bien.

oui, c'est déjà très bien

Bises..

Portrait de la-vie-en-rose

J'ai cherché dans Google. Google ne trouve pas geyphar et propose giphar avec une appli à télécharger dans Google Play Store. Avec cette appli giphar, il suffit (en théorie) de prendre une photo de son ordonnance, de l'envoyer au pharmacien (du groupement GIPHAR sans doute ?) et il prépare l'ordonnance. 

Mais les avis des utilisateurs dans Google Play Store sont tous négatifs... 

Sinon, dans la pharmacie où je vais, ils ont enregistré mon traitement et programmé le renouvellement automatique chaque mois. Comme ça, plus besoin de venir à la pharmacie pour présenter l'ordonnance et ensuite revenir le lendemain pour chercher le traitement. C'est dispo quand je vais à la pharmacie. Sauf quand ils oublient de passer commande au grossiste... 

Portrait de Rimbaud

Oui pardon... leur appli marche mal, impossible d'enregistrer la pharmacie mais c'est peut-être passager. Au pire, un coup de fil à la pharma et c'est bon. Mais ton système est le meilleur ;) mais imagine ils commandent pour trois mois et mon traitement est changé dans deux mois...

Portrait de Big Bad Badaboum

.. pour la narration très sympa (et fort bien écrite) de ta "petite aventure" en pharmacie.

.. pour reprendre le fil des posts, je ne crois pas qu'une pharmacie commande trois mois de traitement en avance, en raison du coût de celui-ci, car tant que le "client" n'est pas venu avec sa carte vitale, c'est elle qui en fait l'avance.

En revanche, c'est effectivement bien pratique si elle peut pratiquer le renouvellement automatique mensuel pour celles et ceux qui ne sont pas proche de celle-ci, et leur éviter un double déplacement.

Et, en cas de changement de traitement, il suffit donc de l' informer par tél, afin que ne soit pas commandé l'ancien traitement.

Cy.

Portrait de Rimbaud

D'accord, vais faire comme ça avec mon nouveau meilleur ami le pharmacien :)) 

Portrait de Sealiah

Joli texte Rimbaud.Un parfum d'enfance.

Coup de klaxon et nous partions ma fratrie et moi récupérer la miche de pain pour la semaine, les yeux encore remplis des rêves de la veille et le ventre  vide.Non par peur d'un quelconque voleur mais des mulots, rats et  écureuils, légions , qui trouvaient là une pitance providentielle.Corvée l'hiver et les jours de pluie ; expédition magique et effrayante le reste du temps.Cinq gamins de 5ans pour le plus jeune et 9 pour le chef d'expédition ; l'aîné, le plus con en somme.

Nous avions encore nos peurs d'enfants , bien entretenus par le grand"con".Le loup, la sorcière et le "ramponneau".Il incarné touts les rôles.L'objectif, récupérer le butin le premier.

Le chemin était sinueux, boisé et passé près d'une maison en ruine.Nous le connaissions par coeur.Le parcourrant en passant outre l'avis vociférant de la mère qui de ses deux jambes défaillantes ne pouvait se faire obéir.Nous le connaissions par coeur mais il était changeant au grés des saisons.Corps mort l'hiver,brume inquiétante, silence audible il devenait cacophonie , lumineux , parfumé et grouillant d'animaux fabuleux au printemps.

Nous avons déménagés.Le boulanger est devenu statique.Nouveau défi: partir en plus de la miche de pain les poches remplies de charpadages.La boulangerie, notre caverne d'Ali Baba.Pas un sou et tant de choses convoitées.Tromper la vigilance de la boulangère, vieille dame colorée à outrance nous était facile.Les ainés dépassant le comptoir de leurs statures imposantes occupés la victime pendant que la main agile du nabot piochait au hasard sur l'étalage; bombons, allumettes, crayons de couleur.Tout y passait.Le partage du butin , source de conflit mais sans heurt.

Nous avons encore déménagés.La boulangerie est redevenue mobile.Plus besoin de descendre le chemin pour récupérer le pain.La camionnette chargée en plus du pain, de diverses denrées et objets indispensables en tout genre montait jusqu'à nous.Le chapardage était plus compliqué mais envisageable.La "vieille", surnom donné à notre mère dans son dos, toujours dans l'incapacité de se mouvoir du fait de son handicap, établissait la liste des courses.Il y avait toujours un article lourd; baril de Dash, sac de semoulette pour les poussins ou l'article commandé sur la Redoute.Les ainés , lisants , et selon la commande envoyés soit le nabot ou une fille qui pourrait prétexter de la pesanteur et persuader l'épicière de quitter sa "caverne" ambullante en montant le "dit" article directement dans la cuisine.La disposition de la maison était telle quand quittant sa camionnette, l'épicière n'avait plus de regard sur celle-ci.Un grand escalier , fabriqué par le "vieux" ;notre père , maçon par intermittence; donné sur un patio invisible du parking .L'accés de la cuisine compliquait d'autant la surveillance.Razzia des plus grands que le plus jeune par un vrai mensonge avait persuadé la victime de leur abscence.Souvenirs d'enfance.

Désolé P.que ton nouveau choix de vie soit problématique mais inspirant dans le texte.J'ai choisi la campagne.J'ai délaissé la pharmacie hospitalière, trop éloignée de ma forêt, en optant pour la pharmacie de village.Je l'aurais aimé comme la tienne.La mienne est flambant neuve dans un petit village flambant neuf et si paisible que la mairesse a fait installer des caméras de surveillance.Mêmes services: Giphar, commande mensuel, décorée, chauffée et climatisée.Débordante de choses en tout genre que peut-être je chaparderais; qui sait?J'ai pas osé la livraison à domicile.Le pharmacien auxilliaire est plutôt bien de sa personne et peut-être de la maison.

Allégeant comme Exit, je stocke.Le futur nouveau gouvernement m'inquiète.

Bien à Toi et vous.Lohic.

  

Portrait de Rimbaud

La vie ici n'est pas problématique : en couple gay, dans un village de 250 habitants, on n'a jamais eu le moindre problème. Loin des médias réducteurs et caricaturaux. Je rénove tranquillement les pierres de ma maison et quand l'envie s'en fait sentir, on prend un avion pour New York, un train pour Paris ou la voiture pour Besançon. Toujours ailleurs, sans cesse ici, un mouvement immobile comme ce virus dans mon corps. Là et pas là. Une présence invisible. Un nouveau compagnon qui pourrit mes nuits et dévore mon énergie. Comme une fatalité, comme une suite logique à une vie compliquée qui m'a appris à me battre, à combattre, puis à m'abandonner...

La doc : pourquoi vous n'aviez pas fait de test depuis dix ans ?

Moi : Je crois qu'on touche à ce qu'on appelle la connerie humaine.

Mais en rentrant chez moi, j'ai réfléchi... et c'est pas ça qu'il aurait fallu dire... c'est pas ça la vérité... C'est qu'après 25 premières années de lutte pour être moi-même et vivre librement, je me suis octroyé la dangereuse persmission de 10 années d'insouciance, d'une insouciance totale, reposante, méritée et absolue. Alors oui, tout se paye mais putain que c'était bon, ces dix années sans un problème sérieux à gérer. 

Me revoilà dans la tourmente mais j'ai l'habitude, je gère car la pensée est une arme redoutable... qui ferait bien juste de la fermer de temps en temps car là il est 23 heures, et les insomnies m'attendent...

"J'aime mieux vivre en enfer que de mourir en paradis" (Barbara, Mes Insomnies).

Portrait de Sealiah

Aï,aï,aï!!! certains mots sont chargés d'histoire.

J'occupe mes nuits d'insomnie.M'étant volontairement coupé des gens, les boulets,sont pesant à la longue, je surf dans le monde virtuel d'une réalité presque réelle.Pour rester dans le sujet et ne pas être déplacé le VIH et les ARV sont mes alibis complices.Evipléra est-il à l'origine de mes nuits sans sommeil?Dois-je demander conseils auprès de l'auxilliaire pharmacien?Mon VIH est-il responsable de mon comportement diamétralement opposé à celui que j'avais avant ma contamination?Pas de réponse de quiconque, je n'en veux pas.

J'aurais aimé resté insouciant.C'est quand j'ai commencé à restaurer les vieilles pierres de ce qui devait être notre maison que l'addition m'a été présentée.Coup de massue mais pas fatal.J'ai dix années durant restauré les vieilles pierres de ce qui devait être notre maison.Mon ami m'a quitté pour le pharmac(h)ien, coup de massu fatal.Je suis redevenu insouciant.Ma vie c'est des cercles.Il me faut faire tout son périmètre pour sauter dans un nouveau cercle.Je suis depuis bientôt 7 mois dans mon nouveau cercle; je l'aime bien.Deux cercles que Ted partage, quelle fidélité!

Sophie va peut-être m'en vouloir, je ne sais toujours pas rester dans le sujet.Mais si j'ai bien lu ton texte il n'y avait aucun questionnement , donc pas de réponses en retour.Juste un instantanné.C'est pas avec toi que nous avons discuté des pharmacies hospitalières, deuxième sous-sol, revues périmées et plantes vertes anémiques?

Au plaisir de te lire.Lohic.

Portrait de Rimbaud

Ah non, pas question de déplacement désormais : nous sommes sur mon blog, pas sur un forum et je conçois le blog comme un échange de liberté (si ce n'est pas le cas, qu'on m'explique en message privé). Il est logique que sur les fils techniques les réponses soient cadrées mais pas ici, pitié, pas ici... le désordre est nécessaire, vital, vivifiant. "ce qui dit tout par éclat ne dit plus rien quand c'est un ensemble organisé" (Louis-René des Forêts). 

Tu sembles surpris de ton changement de comportement mais cela ne semble pas te poser de problème. Pourquoi dès lors chercher à le changer... ou trouver des réponses que tu pressens inutiles. Les intuitions sont souvent la meilleure voie d'accès à la vérité.

L'insouciance... personne ne l'est vraiment, en dépit des apparences. Même ceux qui cultivent une superficialité de façade... Le petit cerveau fait son office chaque seconde et les moments d'oubli sont rares. Il leur faut une confrontation au Beau, au grand, au démesuré, à l'inentendement. 

Mais qui est Ted ?... un poisson rouge ?

Tu n'as pas discuté du deuxième sous-sol avec moi (ça rappelle un club sexe à Lyon ça, je n'ai jamais pu franchir sa porte lumineuse). 

Je retourne travailler... voilà une forme d'oubli qui apaise... mettre son énergie ailleurs que sur soi-même, s'ouvrir, sortir du virtuel où tout est en suspens... et sans danger... Le net est une capote sur l'humanité.

Rimbaud

Portrait de Sealiah

J'écoute en ce moment un interview de Michel Bras sur France inter.Mon ex ami était apprenti chez lui à Laguiole et je me souvients d'un repas dans son restaurant.

Campant dans un moulin en ruine sur le causse, près de Nasbinal, un pied total.J'étais très amoureux.Un trou de verdure pour reprendre Arthur.C'est là où j'ai  pour la première fois ,vu une drocéra en totale liberté.Nous avions fait une baignoire.Le moulin en ruine était la propriété d'un ex à lui.

Les gentianes en fleur, nu je les ai parcouru.Laurent a sur le papier fixé ma défécation naturelle.Nous faisions l'amour aux lueurs d'un grand feu de cheminée moribondes.

Le trou de verdure est mortifère.J'adore le dormeur du val.

J'ai refaits 3 fois mon message.J'avais envie de te parler des loups Alpha.Reportage animalier d'Arté.

Ted pour plus de précision est un chien , mon ami.