Le mois sans tabac ou la journée sans tabac, ou les heures sans tabac...

Publié par Rimbaud le 03.11.2017
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            C’est le mois sans tabac. J’aurai tenu exactement 19 heures. Même la journée sans tabac est au dessus de mes forces. Je n’ai aucune volonté parce que fondamentalement je ne vois pas l’intérêt de mourir à 75 ans au lieu de 55. Pourtant, l’échéance se rapproche. Même la séropositivité ne m’apprend pas à prendre soin de moi. La seule chose qui suscite un début de volonté, c’est l’expérience de l’absence de volonté. Maigre… Je me déteste de ne pas disposer de ma liberté mais j’ai conçu ma vie contre le manque, contre l’absence : du père, de la compréhension maternelle, d’amour, de la vérité, d’une sexualité affirmée dès le plus jeune âge, d’amis… le manque est de l’ordre de l’inacceptable. Je l’ai comblé par le sexe. C’est ma grande théorie sur les gays : leur mode de vie est un exutoire au manque. Nous sommes des frustrés en puissance et nous nous autorisons dès lors tous les excès. Pour en revenir au tabac, je n’ignore pas que c’est un manque illusoire, un manque artificiel et qu’il disparaît progressivement dès lors qu’on l’affronte. Je devrais donc me raccrocher à un espoir… mais ce serait cette fois être dans un vide, en suspension, en attente de. Là encore, je suis le mec le plus impatient de la terre et le plus concret qui soit. J’ai besoin du matériel, de la nourriture dans les mains, de la chaux à malaxer, de la terre à retourner, du corps à toucher, du vin à boire… Les livres ne m’intéressent que s’ils s’ancrent totalement dans le réel. Je déteste la science-fiction, les mangas, les bandes dessinées, les contes, tout ce qui relève d’un imaginaire qui ne trouve pas son correspondant dans le réel. Le VIH me rend pourtant infiniment plus sensible aux maladies cardio-vasculaires (du doux nom de comorbidité !). Là, en voilà de la réalité, je devrais être content : être relié à une machine pour respirer, avoir un cancer de la langue, tousser à s’en faire péter la cage thoracique, subir les effets de la chimio… là, en voilà de la réalité… abstraite… tout ce qui n’est pas vécu est abstrait. « Toute connaissance qui ne m’est pas personnelle m’est inutile » (Gide). Exactement comme pour le VIH. Je possédais toute la théorie mais en pratique, j’ai failli. Je n’apprends donc rien. Je stagne. Je n’évolue jamais. Je suis incapable de me remettre en question. Je suis dans la contemplation idiote de ma bêtise. Et je fume en écrivant ça, évidemment. Je devrais alors au moins réagir par orgueil et me dire : réveille-toi, tu vaux mieux que ça, tu es un penseur, tu apprends aux jeunes à réfléchir, tu décortiques, tu analyses en permanence, sois digne de toi-même ! Que dalle… je n’ai jamais compris la notion d’orgueil. Voyons une définition :

Orgueil (superbia en latin, ça donne envie déjà !) est une opinion très avantageuse, le plus souvent exagérée (ça coince là !), qu'on a de sa valeur personnelle (je n’ai aucune estime pour moi-même !) aux dépens de la considération due à autrui (ah mais je respecte les autres moi !), à la différence de la fierté qui n'a nul besoin de se mesurer à l'autre ni de le rabaisser.

Ah, fausse route donc. Je dois aller chercher du côté de la fierté :

Fierté : Indépendance de caractère (oui, ça, c’est moi) de quelqu'un qui a le sentiment de son honneur ; dignité, noblesse, amour-propre. Sentiment d'orgueil (faut savoir !), de satisfaction légitime de soi.

Le sentiment de son honneur… Je ne voudrais pas abuser mais ma santé est en jeu et ça mérite bien quelques petites recherches épistémologiques. L’honneur est selon moi une valeur totalement dépassée, ringarde, d’un autre temps, celui des chevaliers. Voyons voir :

L'honneur, dans son caractère indéfini, est quelque chose de supérieur à la loi et à la morale : on ne le raisonne pas, on le sent.

Tout s’explique. Je suis totalement cartésien et je me heurte là aux limites de la raison. Je dois me laisser guider par le sentiment de l’honneur. Voilà donc ce qui me manque : la possibilité de suivre une loi qui ne soit pas écrite, qui ne soit pas de l’ordre du défini, du cernable, de l’écrit, qui ne relève pas des valeurs, mais qui me guiderait à la façon d’un sentiment contemplatif. Nous sommes loin, très loin de mon besoin de concret, de matérialité, de preuve, de tangible ! On en est même à l’opposé. Je dois acquérir le sentiment de l’honneur et sans doute trouver des raisons à l’idée de passer vingt ans de plus sur notre pauvre planète :

Raison 1 : ne pas faire de mal à l’homme que j’aime et plus généralement à ceux qui m’aiment (il doit y en avoir quelques uns)… mais comme je vis d’abord pour moi-même ayant peu reçu, désolé, mais cet argument ne tiendra pas longtemps.

Raison 2 : ne pas vivre des années dans d’atroces souffrances. La peur dicterait donc ma volonté.

Raison 3 : bah non, je n’en vois pas d’autre… si encore j’avais une œuvre littéraire à réaliser, ça me donnerait une bonne raison de rallonger un peu la sauce de la vie mais en l’état, à moins de trouver un éditeur et de m’assurer un lectorat suffisant, je ne vois pas l’intérêt de consacrer autant d’efforts pour un projet aussi aléatoire et tellement hypothétique.

            Résumons : je dois donc arrêter de fumer en pensant en permanence au sentiment de l’honneur pour ne pas terminer dans d’affreuses souffrances. Ça donne envie ! Non ?... 

Commentaires

Portrait de cbcb

Les vêtements, les cheveux, la peau imprégnés par cette odeur, cette puanteur… quelle horreur !
L’essoufflement, la dépendance physique et mentale ou l’aspect financier… et cette toux un peu roque si particulière, si reconnaissable du fumeur … Je dois arrêter, il faut que j’arrête !
Je laisse le soin aux professionnels d’expliquer, d’étaler la longue liste des problèmes de santé engendrés par le tabac !

Et pourtant, je vous laisse deviner ce que je viens de faire ! Sortir une cigarette du paquet posé là juste à côté, d’un geste assuré, précis, rapide, la porter à ses lèvres, inspirer profondément, retenir sa respiration, puis souffler langoureusement cette fumée… … Je dois arrêter, il faut que j’arrête !

PS à Rimbaud : "trouver un éditeur..." ... Tu trouveras, mais à quel prix ? tu as sans doute remarquer le nombre croissant de livres, d'écrivains qui tentent leur chance aujourd'hui ... un sacré commerce là-aussi... l'auto-édition, peut-être ?

Portrait de Alvalle

Si, bien sur que c est possible

Je ne croyais pas y arriver, alors aussi apres une consult chez le cardio, et apres un echo doppler des arteres qui commencaient a se retrecir.

Le cardio me dit "je ne vous demande pas d arreter demain, mais commencez a y reflechir, 40 annees de tabac, ca commence a faire"

C 'etait le 1er avril 2015, le 17 avril je posais mon 1er patch 14mg. pendant 2 semaines, je posais ce patch.

Puis en mai, j etais en conges, donc moins de stress, j ai decide de ne plus rien mettre, et voir.

Et ca la fait, je ne fumes plus depuis 18 mois.

J ai ressaye, mais c est tellement affreux au gout, que je n ai pas envie.

Je penses que c etait simplement le bon moment pour moi.

Portrait de Rimbaud

je connais déjà tout de l'autoédition, j'ai publié des livres par ce canal là mais c'est trop de travail pour 4-500 lecteurs. Je ne suis pas éditeur, attaché de presse, infographiste, il faut tout faire et je n'en ai plus envie.

Portrait de cbcb

Je disais cela par rapport aux éditeurs qui profitent de la manne actuelle d’écrivains !
J’ai organisé deux salons du livre (nous étions deux pour tout organiser) et c’est incroyable le nombre d’auteurs qui souhaitaient s’inscrire ! Le premier c’est très bien passé, mais le deuxième … une catastrophe !
Les auteurs étaient plus nombreux que le public !!!
Et pourtant, nous avions sélectionné des auteurs en tous genres, plus ou moins connus … mais le public n’était pas là !
Je voulais faire un salon spécial auto-éditeurs, mais j’ai tout laissé tomber …

PS : sympa, l’hommage à Ernest Pignon !

Portrait de Rimbaud

Il n'est pas question de parler des éditeurs à compte d'auteurs évidemment, ce sont des escrocs. L'écrivain travaille, il ne va pas en plus payer pour faire connaître son travail, je n'ai jamais changé d'avis sur cette question et c'est ce qui m'a fait me tourner vers l'autoédition qui ne coûte pas un rond et rapporte un peu. J'ai été publié dans des revues françaises et étrangères (Italie, USA, Espagne, Amérique du sud) mais je n'ai jamais contacté aucun éditeur digne de ce nom parce que je n'accorde pas beaucoup de valeur à mes écrits mais il reste quantité d'éditeurs qui font bien leur boulot. Là je me disais que ce journal pouvait présenter un intérêt sur le fond et la forme mais à vrai dire je n'en sais rien... on verra plus tard.

Chapeau bas pour les salons ! C'est fantastique d'avoir fait ça !