VIH/Covid-19 : et si on arrêtait la culpabilisation ?

Publié par Fred Lebreton le 08.01.2021
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Dans une chronique publiée le 5 janvier dernier dans le Journal de Montréal, Richard Martineau, animateur canadien de radio et de télévision, fait une association plus que douteuse entre l’arrivée des trithérapies et la recrudescence de l’épidémie de VIH qu’il met en parallèle avec l’arrivée du vaccin contre la Covid-19, dont il craint qu’elle ne débouche sur un prétendu relâchement des gestes barrières. Retour sur une chronique problématique.

Fausse affirmation

La chronique en question commence très mal : « Savez-vous quand on a assisté à une recrudescence des cas de sida et à un relâchement des pratiques sécuritaires ? » demande Richard Martineau. « Quand on a annoncé l’arrivée de la trithérapie. Les gens à risque (sic !) se sont dit : "Enfin, le sida est derrière nous !", et ils ont recommencé à baiser sans porter de condom (1), comme si la maladie n’existait plus et qu’on l’avait éradiquée » se répond-il à lui-même. Rien ne va dans cette introduction. D’abord quel drôle de choix lexical d’employer « pratiques sécuritaires » quand on veut parler de prévention et de réduction des risques sexuels. Ce vocabulaire correspond plus au champ lexical de l’armée qu'à celui de la santé !

Richard Martineau affirme que l’épidémie de sida, qu’il emploie à tort à la place de VIH, a repris avec l’arrivée des trithérapies. Cette affirmation est fausse. Entre 2000 et 2020 les nouveaux cas de diagnostics VIH ont baissé de moitié dans le monde passant de 3,1 millions à 1,7 million. Oui, grâce aux trithérapies, le VIH est devenu une infection chronique et non plus une maladie inéluctablement mortelle dans les pays qui ont accès aux traitements. Oui, quand on est dépisté-e et traité-e on vit mieux et longtemps avec le VIH et on ne meurt plus du sida et oui c’est une bonne nouvelle contrairement à ce que semble oublié Richard Martineau.

Par ailleurs, le chroniqueur parle de « gens à risque », il faudrait lui expliquer que ce sont les pratiques qui exposent à des risques et non pas les personnes en elles-mêmes. Enfin, il semble faire reposer la responsabilité sur celles et ceux qui n’utilisent pas de préservatif. C’est une vieille rengaine moralisatrice et culpabilisante « qui cherche trouve », alors que la réalité est bien plus complexe. Mais il est si simple de faire croire le contraire. Mettre ou exiger un préservatif de façon systématique toute sa vie ce n’est pas une évidence pour de nombreuses personnes. Pour tout un tas de raisons (lassitude, oubli, mauvaise estimation d’un risque, consommation d’alcool ou de drogue, travail du sexe, difficultés d’érection, vulnérabilités, etc.) certaines personnes ne sont pas en capacité de le faire en permanence. C’est d’ailleurs pour ces personnes que de nouveaux outils comme la Prep ont été rendus accessibles afin de leur permettre de se protéger efficacement contre le VIH. Le préservatif est aujourd’hui un outil parmi d’autres dans la palette de prévention diversifiée avec la Prep et le Tasp (traitement VIH comme prévention), le recours régulier au dépistage, etc. Le Tasp, dont l’auteur de cette chronique ne mentionne pas l’existence (oubli, absence de connaissance, paresse ?), explique aussi pourquoi le préservatif est moins utilisé, notamment dans les couples sérodifférents quand le-la partenaire a une charge virale indétectable et ne peut donc pas transmettre le VIH à ses partenaires.

Un parallèle malvenu

Richard Martineau continue sa réflexion en faisant un parallèle entre le soit-disant « relâchement » de la prévention dans le VIH (dont il n’apporte pas la moindre preuve) et ce qu’il observe comme un relâchement des gestes barrières au moment de l’arrivée du vaccin contre la Covid-19 : « On pense que tout est réglé, alors que ce n’est pas le cas. Résultat : les gens baissent la garde, et le nombre de cas (et d’hospitalisations, et de décès) se remet à augmenter en flèche », écrit le chroniqueur. Là encore, il fait reposer un problème de santé publique (la campagne de vaccination va être longue) sur des responsabilités individuelles et feint d’ignorer que l’augmentation des diagnostics est multifactorielle.

L’arrivée des vaccins, tout comme le fut celle des trithérapies en 1996, est une excellente nouvelle. Il ne faut pas pour autant ignorer le facteur lassitude des gens. Certaines personnes très isolées souffrent de ne plus pouvoir sortir de leur logement exigu, souffrent de ne plus avoir de vie sociale, amoureuse, sexuelle ou culturelle. Oui parfois des jeunes et des moins jeunes brisent les gestes barrières pour se retrouver le temps d’un apéritif entre amis, d’une rencontre sexuelle ou d’un repas en famille. L’humain n’est pas infaillible et pointer du doigt ces comportements ne fait que les stigmatiser davantage. Il serait plus courageux de pointer la médiocrité des réponses apportées par les politiques publiques à cette pandémie mondiale, à laquelle personne n’était préparé.

Un peu plus loin dans sa chronique, Richard Martineau établit un nouveau parallèle au mieux maladroit au pire carrément paternaliste : « Pensez à vos enfants. Si vous leur dites : "Je vous déconseille de manger des bonbons avant le repas, mais je ne vous l’interdis pas", qu’est-ce qu’ils vont faire, selon vous ? Ils vont prendre le bout de la phrase qui fait leur affaire. Ça s’appelle "être humain" ». Françoise Dolto qui serait restée trop long au comptoir du café du commerce.

Eh bien non, monsieur Martineau, l’interdiction n’est pas une stratégie de prévention efficace face à une épidémie tout comme l’injonction à se protéger. Claironner : « Mettez des préservatifs » à une personne qui n’est pas en capacité de le faire est tout à fait contre-productif. En revanche, si vous lui expliquez la prévention diversifiée, la palette d’outils à sa disposition et le fait qu’elle peut, à tout moment, choisir, elle-même, l’outil le plus adapté à sa vie, ses besoins, ses contraintes et ses vulnérabilités, vous l’accompagnez dans la réduction des risques et le choix éclairé de ce qui est le mieux pour elle et le plus respectueux de son libre arbitre.

La page Wikipedia de l’auteur (3) de cette chronique indique : « Ses propos penchent alors généralement vers un certain progressisme social. Avec le temps, ses positions évoluent de plus en plus vers une certaine droite. Dans un article intitulé « Les faux jeunes », publié dans Le Journal de Montréal, il explique ce changement de cap en ces termes : « J'ai travaillé, j'ai eu des enfants, j'ai vécu toutes sortes d'expériences, j'ai payé des impôts - j'ai vu pleuvoir, comme dirait l'autre. Si à 53 ans, tu penses comme tu pensais à 23 ans, tu as perdu 30 ans de ta vie. ».

Une vision bien cynique des idéaux de la jeunesse et qui explique certainement la posture moralisatrice, paternaliste et culpabilisante de cette chronique.

(1) : mot anglais qui signifie préservatif.

Commentaires

Portrait de jl06

 Vaccin obligatoire sauf allergie bien sur !  les contaminées covid  ayant  développé des anticoprs  ne sont pas exclu du vaccin 

 

surtout ne pas faire la conneries d,attendre 6 semaines entre les deux dosent .....( merci le  gouv ) au risque d,annuler la premiere injection....pour la suite ce sera inchallah .....

ont est dans le brouillard   , vue que ce batard mute en permanence , 

Paralléle avec le sida OUI .Sur la fin le(a) patien(te) et pestiféré , vite dans une housse plombé  on referme la boite et on la scélle  , , faut avoir du piston pour arriver a apercevoir sont proche ...Année (80) ,aucun accompagnement ni soins funaires bien sûr .........pas vieux ( 2 ans) que les soins funairéres était enfin autorisé au Séro ....

ont peut comprendre  les personnels hospitaliers   a crans temps dans la fatigues que dans l,émotions , ce virus à des ailes ...

.Et les gestes barrieres tombes dans les oubliétes ...

 

 

Portrait de Butterfly

Bjrs

 

Interressant cette article .... perso CV INDECTABLE ET T4 SUPER JE PREND TJRS DS CONDOM POURQUOI ? tout simplement que si je tombe sur un qui a un vih plus puissant ( un des mutants du vih que vous ne parlez pas n'est ce pas !! .. ) ben surcontamination pour moi donc tout ce que j'aurai fait en 35 ans n'aura servi a rien - Trithérapie eu en 96 ok mais depuis j'ai du changé au moins 5 fois de traitements car sur moi tout les 5 ans le corps rejette et faut changer .. problème cardiaque maladie coronaire du au traitements ça bouche les veines pour moi et prouvé - hypertrophie des membres du aux traitements et la maladie qui bouffe la graisse ou elle peut et s'installe n'importe ou oui pour moi sans compter les douleurs musculaires donc même si je fait du sport ils sont affaissé niveau jambe d'autres c le visage mais bon a quoi bon raconter les effets secondaires de cette maladie quand tout le monde se dit grace aux tri on vis plus longtemps oui mais dans quel état pour certains bref a un moment donné j'arrêterai les médocs je choisirais ma mort tout simplement - déjà fait essai 5 mois de repos de médicaments mon esprit était vif GT + positifs je sortais etc mais ma CV et T4 avait gravement baissé Qu'importe pour certains qui le dirons mais moi ce sont les effets qu'ils m'arrivent .. Bien sur si GT pas célibat le condom de temps en temps sauterai comme moi de joie mdr on va dire .. mais la fidélité faut y croire ..... sinon ça se termine a 2 en boite échangiste au moins tu vois tu prend t'accepte quand tu vois .. Mais bon le covid me prend + la tête ( il est invisible ) enfin façon de dire car au bout de 37 ans de vih je suis + crevé 2 FOIS + qu'une personne de mon age , logique .. mais ça le commun des mortels ne met ça que sur le cpte de l'age pour les personnes non malade .. ah puis on attrape + vite les cancers etc a titre d'info la maladie est tjrs dans le sang a moins de se faire changer son sang mais ça en France .. ET si pas de tune ou peu tu rampe .. 

 

Bref Bonne année