Croi 2021 : une édition virtuelle

Publié par Sophie-seronet le 12.03.2021
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Seronet a suivi la Croi sagement connecté derrière un écran du 6 au 10 mars 2021. Au programme : avancées thérapeutiques des ARV, stratégies d’allègement thérapeutique et de simplification, traitements injectables, étude ANRS-Prévenir, cure... et Covid-19.

Deux épidémies pour le prix d’une !

Nous l’avons compris, le Sars-CoV-2 et ses variants vont rester longtemps dans nos vies et dans celle de la communauté scientifique qui lutte contre le VIH depuis 40 ans. C’est ce qu’a expliqué Sharon Hillier, microbiologiste de l’Université de Pittsburg (États-Unis) et co-présidente de la conférence, en ouverture de plénière : « Les États-Unis n’étaient pas préparés pour faire face à cette pandémie. La santé publique s’était détériorée au niveau de ses services au fil des années, la politisation des messages a été une catastrophe et la Covid-19 a aggravé les inégalités sociales de santé ».

Les réponses à cette nouvelle pandémie ont largement été apportées par la communauté scientifique issue de la lutte contre le VIH (chercheurs-es, cliniciens-nes, professionnels-les de santé publique, etc.) et Sharon Hillier explique que, du jour au lendemain, ces experts-es du VIH ont été mobilisés-es sur ce nouveau virus. Elle parle de leur « résilience »  à continuer à travailler en parallèle sur les deux virus et de la difficulté de cette édition de la Croi pour trouver un équilibre entre les présentations consacrées aux deux virus. Elle constate que cette année il y a eu 6 600 publications scientifiques sur le VIH et 64 000 sur le Sars-CoV-2, soit dix fois plus ! Au final, les organisateurs-rices ont décidé de consacrer la moitié des discussions et un quart des abstracts au Sars-CoV-2.
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VIH et Covid-19 : pas tous-tes égaux-les !

En plénière de cette seconde journée de la Croi, le Dr James Hildreth (Nashville, États-Unis) est revenu sur les ressemblances frappantes dans les inégalités en santé pour les minorités ethniques face au VIH et à la Covid-19 aux États-Unis. Dans sa présentation, l’éminent immunologiste a rappelé qu’au tout début des années 1980, le VIH/sida était identifié comme une « maladie gay » avec tous les stigmates, l’homophobie et le déni du gouvernement républicain de l’époque (les années Reagan) qui allaient avec. En 1987, année où le président Reagan a prononcé le mot « sida » pour la première fois, il y avait 60 000 personnes infectées par le VIH aux États-Unis et on comptait déjà 28 000 morts. Entre 1985 et 1995, les diagnostics en stade sida ont augmenté de façon constante dans les communautés afro-américaines et hispaniques tandis qu’ils ont diminué chez les personnes blanches. Le dépistage trop tardif du VIH et un accès inégal à la santé peuvent expliquer cette disparité. Près de 40 ans après les premiers cas de sida identifiés (juin 1981), les minorités ethniques sont toujours touchées par le VIH de façon disproportionnée. Elles représentent aujourd’hui 55 % des nouvelles infections aux États-Unis en particulier chez les hommes gays et bisexuels noirs et latinos.
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Prévenir : grande efficacité de la Prep

Le professeur Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP, Université de Paris) a présenté, mardi 9 mars, les toutes dernières données de l’étude ANRS Prévenir, dont il est l’investigateur principal et le coordinateur. Pas de gros scoop, mais des résultats qui confirment, une fois de plus, la grande efficacité de la Prep. Interview.
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Traitements VIH : c’est mon choix !

Les personnes vivant avec le VIH sont-elles plus à risque de contracter une forme sévère de la Covid-19 et d’en décéder ? Jusqu’à présent, la réponse à cette question était contrastée avec des résultats d’études parfois contradictoires et surtout un manque de données. Par exemple, en décembre dernier, une étude observationnelle britannique à grande échelle (1) fondée sur les chiffres nationaux de mortalité liée à la Covid-19 relevés par la NHS (National health service, équivalent de la Sécurité sociale) avait conclu que « les personnes vivant avec le VIH au Royaume-Uni semblent avoir un risque accru de mortalité liée à la Covid-19 ». Mais gros point de vigilance, les chercheurs-es n’avaient pas pu obtenir des indicateurs prédictifs de mortalité tels que les hospitalisations liées à des maladies graves, ni les données concernant les traitements antirétroviraux, la charge virale et le taux de CD4 des personnes vivant avec le VIH dont le certificat de décès indiquait la Covid-19 comme cause de mortalité. Difficile dans ce contexte de déterminer si le VIH est, à lui seul, un facteur de risque supplémentaire concernant la Covid-19.
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Croi 2021 : un nouvel espoir !

En plénière de clôture, Xu Yu, chercheuse et professeure à Harvard (Boston, États-Unis), a présenté des données intéressantes sur les contrôleurs d’élite. C’est-à-dire les personnes qui contrôlent le VIH pendant de longues périodes sans avoir besoin de traitement. Les contrôleurs d’élite ne représentent que 0,5 % des personnes vivant avec le VIH, mais constituent une sorte de modèle pour imaginer la guérison fonctionnelle. Nous savons que la concentration de VIH dans les réservoirs empêche une guérison. Le cure serait alors l’éradication (élimination des cellules infectées) ou la guérison fonctionnelle (les cellules infectées peuvent persister sans rebond de la charge virale). Comment le virus intégré dans l’ADN persistent-il chez les contrôleurs d’élite ? L’approche est de comparer les lieux d’intégration dans l’ADN entre contrôleurs d’élite et personnes sous traitement antirétroviral contrôlées (charge virale indétectable). C’est à partir des études sur les contrôleurs d’élite qu’a été conçu un nouveau vaccin thérapeutique (destiné aux personnes déjà infectées par le VIH) a annoncé la Dre Beatriz Mothe, de l'Institut de recherche sur le VIH IrsiCaixa (Badalone, Espagne). Ces études ont identifié les réponses immunitaires des cellules CD4 et CD8 correspondant aux régions spécifiques du VIH qui sont associées au contrôle viral. Le vaccin est conçu pour stimuler des réponses similaires. Dans l’essai Aelix-002 de phase I/Iia, le vaccin a été testé dans deux groupes : un groupe qui avait le vrai vaccin et un autre qui avait un placebo. Après une période sans traitement, la charge virale a rebondi chez tous-tes les participants-es, mais elle n’a pas atteint les niveaux antérieurs au traitement chez la majorité des participants-es. Huit participants-es ont pu arrêter le traitement jusqu'à la 22e semaine. Cinq personnes vaccinées et une personne qui avait pris un placebo ont maintenu une charge virale inférieure à 2 000 copies/ml pendant toute la durée de l'interruption du traitement.
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