La Croi 2023 en 5 articles

Publié par Sophie-seronet le 23.02.2023
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Après trois années en virtuel, la Croi (Conférence sur les rétrovirus et les maladies opportunistes) s'est tenu en présentiel du 19 au 22 février à Seattle (États-Unis). Cette année, la conférence a fêté ses 30 ans avec un programme dense et diversifié : 1 005 abstracts et 834 posters présentés pendant quatre jours.

 30 ans de recherche

Dimanche 19 septembre 2023, il est 5 heures du matin à Seattle, 14 heures en France. Avec mon collègue militant Bruno Spire, nous sommes arrivés hier après-midi respectivement de Marseille et Paris. Quelques mots sur Seattle, histoire de planter le décor. C’est la plus grande ville de l'État de Washington et du Nord-Ouest des États-Unis. Elle est située entre le Puget Sound et le lac Washington, à environ 155 km au sud de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Son surnom, la cité émeraude, provient de la couleur verte des forêts qui l’entourent. On l’appelle aussi la ville de la pluie (Rainy city), « la porte de l’Alaska » ou encore Queen city. Ses habitants-es ont la réputation de boire beaucoup de café car de nombreuses compagnies comme Starbucks et Tully's Coffee y ont été fondées. Du café justement, nous allons en avoir besoin. Impossible de dormir à cause des neuf heures de décalage horaire avec la France. Une pluie fine tape contre la fenêtre de mon hôtel. Il fait encore nuit et je profite du calme avant la tempête. Dans quelques heures, nous serons dans l’effervescence du Seattle Convention Center qui attend plusieurs milliers de participants-es pendant quatre jours.
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Doxyvac/Doxypep : le futur de la prévention IST ?

Cocorico ! C’est une étude française qui a fait le plus parler en cette deuxième journée de conférence. Le Pr Jean-Michel Molina (département de maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Louis et Lariboisière, AP-HP et Université Paris Cité) a présenté l'essai ANRS Doxyvac, mené par une équipe de recherche de l’AP-HP, d’Université Paris Cité, de l’Inserm et de Sorbonne Université, en collaboration avec AIDES et Coalition Plus. L’essai a évalué à la fois l’efficacité de la vaccination contre le méningocoque B (par le vaccin Bexsero) sur le gonocoque et l’efficacité de la Doxypep (doxycycline post-exposure prophylaxis) sur les IST. Cette nouvelle méthode de prévention consiste à prendre un antibiotique (la doxycycline) après un rapport sexuel non protégé par un préservatif (entre 24 heures et 72 heures au maximum après le rapport). Cette étude est conduite depuis janvier 2021 chez des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH), très exposés au risque d’IST et ayant présenté au moins une IST dans l’année précédant leur participation à l’étude. Ces hommes participent, par ailleurs, à la cohorte ANRS Prevenir sur la Prep VIH.
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Prep : retour vers le futur !

La palette des modes d’administration de la Prep s’agrandit : après les comprimés, les injections et les anneaux vaginaux, voici le suppositoire ! L’étude présentée à la Croi parle d’un « insert à dissolution rapide » utilisé par voie rectale dont l’efficacité a été montrée dans le modèle animal, sur le singe en l’occurrence. L’insert contient la bithérapie ténofovir alafénamide (TAF) + elvitégravir (EVG). Les premières données indiquent que l'insert délivrait des niveaux élevés de médicaments antirétroviraux de TAF/EVG dans le tissu et le liquide rectaux, avec très peu de médicaments circulant ailleurs dans le corps. Par ailleurs, les résultats de tests de laboratoire suggèrent que l'insert pourrait potentiellement fournir une protection jusqu'à trois jours après son utilisation. L'insert à dissolution rapide TAF/EVG, qui ressemble à un comprimé oral, a été conçu à l'origine comme un produit pour prévenir le VIH contracté lors de rapports sexuels vaginaux. L'étude de phase I, connue sous le nom de MTN-039, a été conçue pour évaluer la sécurité et la faisabilité de l'insert en tant que méthode de Prep à la demande, c’est-à-dire avant et après un rapport sexuel anal réceptif non protégé par un préservatif. Selon certaines estimations, le risque de contracter le VIH lors de rapports anaux est jusqu'à 20 fois plus élevé que lors de rapports vaginaux. L'étude MTN-039 a recruté 23 participants-es séronégatifs-ves à l'Université de Pittsburgh et à l'Université d'Alabama à Birmingham (17 hommes et 6 femmes cisgenres). Les participants-es ont reçu une dose unique de l'insert à la clinique. Les chercheurs-ses ont prélevé des échantillons de sang, de liquide rectal et de tissu rectal, afin d'évaluer les niveaux de médicament à différents moments de la journée et dans les trois jours qui ont suivi la prise. Un seul effet indésirable a été signalé, un cas léger de rougeur autour de l'anus, qui a été jugé possiblement lié à l'utilisation de l'insert. « Tout le monde ne veut pas prendre un comprimé tous les jours ou se rendre dans une clinique pour une Prep injectable à longue durée d'action », a déclaré Sharon Riddler, professeure de maladies infectieuses à l'école de médecine de l'université de Pittsburgh. Un nouvel outil de prévention à suivre…
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Traitements VIH : le choix compte !

Mercredi 22 février, 7 heures du matin. Une neige fine blanchit les rues adjacentes au Seattle Convention Center, où se déroule la Croi. Nous buvons un café en observant la neige tomber depuis la fenêtre de nos chambres d’hôtel situées au sixième étage d’une grande tour. On ne sait pas si c’est la fatigue ou le manque de sommeil, mais cette vision rend presque mélancolique et donne envie d’écouter cette sublime chanson de Prince « Sometimes it snows in April ». Sur Twitter, beaucoup de participants-es à la Croi postent leurs photos et vidéos de Seattle sous la neige. La neige a ce drôle d’effet de nous rendre soit joyeux soit mélancolique. 8h30, nous voici installés dans la grande salle de l’auditorium. La dernière intervention en plénière pour cette Croi 2023 porte sur un des sujets majeurs de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) : le vieillissement. Le Pr George A. Kuchel est un ponte du sujet et son CV parle pour lui-même : professeur de médecine en gériatrie et gérontologie, directeur du UConn Center sur le vieillissement de l’Université du Connecticut (États-Unis) et chef du département de gériatrie du UConn Health. Pendant de nombreuses années, on a cru que le processus de vieillissement était inévitable et que les maladies liées à l'âge ne pouvaient être ni prévenues ni inversées. L'hypothèse de la géroscience, cependant, part du principe que le vieillissement est, en fait, malléable et qu'en ciblant les caractéristiques du vieillissement biologique, il serait possible d'atténuer les maladies et les dysfonctionnements liés à l'âge et de prolonger la longévité. Ce domaine des gérosciences vise donc à prévenir le développement de troubles multiples avec l'âge, prolongeant ainsi l'espérance de vie en bonne santé, avec la réduction de la morbidité vers la fin de la vie.
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Quelques infos et puis s’en va

Une session était consacrée à un thème important pour les personnes vivant avec le VIH : l’impact des traitements ARV sur la prise de poids. Les études ont montré l’impact du dolutégravir et des anti-intégrases majoré par TAF (ténofovir alafénamide) sur la prise de poids ; un impact plus marqué chez les femmes. La résistance à l’insuline en serait la cause. Mais le ténofovir et l’efavirenz ont aussi des effets sur le poids. Les personnes qui métabolisent l’efavirenz très vite prennent du poids et celles qui le gardent longtemps en perdent. Dans l’essai Solar 12, comparant la bithérapie cabotégravir/rilpivirine (CAB/RPV) par injections tous les deux mois et une autre combinaison d’ARV par comprimés quotidiens (BIC/TAF/FTC), la prise de poids n’a pas été observée. Dans une petite étude qui comparait des changements de traitement vers la bithérapie DTG/3TC (Dovato) ou la trithérapie BIC/FTC/TAF (Biktarvy), les chercheurs-ses ont constaté une amélioration des masses graisseuses dans le groupe prenant la bithérapie DTG/3TC, mais pas d’impact sur le poids. L’IMC (indice de masse corporelle) s’améliorait chez les personnes qui avaient un IMC supérieur à 30 au départ dans le groupe prenant DTG/3TC.
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