La SFLS 2021 en 3 articles

Publié par Sophie-seronet le 05.11.2021
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Le 22e congrès national de la Société française de lutte contre le sida (SFLS) s'est déroulé du 29 septembre au 1er octobre 2021 à Grenoble autour du thème : Inégalités en santé et VIH. Compte-rendu des moments forts.

VIH en France : des données fragiles

En plénière d’ouverture, le président de la SFLS, Pascal Pugliese, est revenu sur le choix du thème de cette année en rappelant que c’était en réalité le thème de l’édition 2020, qui, crise sanitaire oblige, s’est transformée en édition virtuelle. Le médecin, également président du Corevih Paca-Est, a souligné l’importance et le plaisir de retrouver les acteurs-rices de la lutte contre le VIH, 650 personnes inscrites pour l’édition 2021, en présentiel après « 18 mois éprouvants ». « L’histoire se répète », a déclaré Pascal Pugliese, en faisant référence aux inégalités en santé subies par les populations vulnérables pendant la crise sanitaire, souvent les mêmes populations très exposées au VIH, notamment les personnes migrantes et/ou travailleuses du sexe (TDS). « Le VIH est LA pandémie da la fin du XXe siècle » a souligné le président de la SFLS. Et si la crise sanitaire a freiné les efforts pour mettre fin à cette épidémie, Pascal Pugliese s’est montré optimiste et combatif : « Tenons le cap, reprenons la trajectoire initiale », a-t-il déclaré. De son côté, Sylvie Vanderschilt, coordinatrice du pôle grenoblois de Sida-Info-Service et vice-présidente du Corevih Arc alpin, a fait rire la salle avec une formule certes facile, mais efficace : « Liberté, égalité, mon cul ! » en référence à la devise de la République française malmenée par des décisions politiques en santé publique qui font la part belle aux discriminations (AME, loi de pénalisation des clients des TDS, guerre contre les usagers-ères de drogue, etc.).

Santé communautaire : de la parole aux actes ?

Au sortir de la présentation du professeur François Dabis, président du comité de pilotage de la seconde feuille de route de la Stratégie nationale de santé sexuelle (SNSS) et ancien directeur de l’ANRS, les réactions d’incompréhensions, d’inquiétudes, de colère aussi, ne se sont pas fait attendre. Les raisons des craintes ? L’absence de nos communautés dans le comité de pilotage, le peu de place faite à l’approche communautaire en santé dans la présentation des orientations de la feuille de route, la tendance à englober les enjeux de santé sexuelle et de santé reproductive en un même bloc au risque de passer sous silence les problématiques spécifiques de ces différents champs d’actions. À l’heure où les conséquences de l’épidémie de Covid-19 sur la lutte contre le VIH/sida et les hépatites, notamment sur les dépistages qui ont massivement chuté, appellent à mettre en place en urgence un plan de rattrapage, la seconde feuille de route de la stratégie nationale de santé sexuelle doit en être un levier fort : levier pour une reconnaissance de l’approche communautaire en santé et lui donner les moyens à la hauteur des bénéfices qu’elle apporte en santé publique ; levier pour pousser plus loin la démédicalisation de certains actes médicaux, en particulier pour répondre aux enjeux de rattrapage en matière de dépistage ; levier pour renforcer les protocoles de coopération entre professionnels-les de santé et non professionnels-les de santé ; levier pour des actions spécifiques pour chaque public cible.

Au labo sans ordo !

Héléna Revil, responsable scientifique de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) à l’Université Grenoble Alpes a présenté des données sur le renoncement aux soins. L’enquête Eras de Santé publique France a montré que 35 % des répondants-es ont renoncé à des soins pendant le premier confinement en 2020, 28 % ont reporté leur dépistage VIH et 34 % des personnes vivant avec le VIH ont reporté leur consultation de suivi. Ces renoncements aux soins s’expliquent par des facteurs financiers, géographiques (la présence de déserts médicaux) mais aussi la peur de contracter la Covid-19 en se rendant à l’hôpital.