Comment dire sa séropositivité en milieu rural ?

Publié par Jacques le 02.11.2011
1 565 lectures

La personne qui me l’a annoncé gérait ça assez mal. C’était en 1998 à Lons-le-Saunier, un pneumologue sans grande connaissance du VIH. J’étais en primo-infection. J’avais eu une forte fièvre (41° quand même !) pendant plusieurs jours. Vu les dates, je pense l’avoir choppé à Paris dans un sauna. Je ne protégeais que les sodomies, pas les fellations. Est-ce que c’est ça ? Je ne sais pas.


Le médecin, il me l’a annoncé au bout du lit.
Et m’a laissé tout seul pendant plusieurs jours. Sans aucun conseil. Il m’a mis sous traitement tout de suite. J’ai donc été suivi dans l’hôpital de cette petite ville de 20 000 habitants où tout le monde connaissait tout le monde. Dans un service qui n’existe plus, qui n’était pas un service VIH, mais un service de pneumologie. Dans la salle d’attente, il y avait des diabétiques ou des personnes ayant un problème aux poumons. Les gens me demandaient ce que je faisais ici. Le médecin n’était pas ponctuel dans ses consultations. Il avait souvent trois heures de retard. Et donc moi aussi. Il fallait que j’explique où j’étais. Alors que je n’avais pas annoncé ma séropositivité à mes proches.


J’ai été mis sous ARV tout de suite, avec un suivi très médiocre, sans explications, sans conseil de prévention durant quatre ans ! Vu que tout allait bien, j’ai décidé d’arrêter les ARV. J’ai commencé à maigrir et, au final, j’ai eu des maladies opportunistes. J’ai contracté une pneumocystose, une candidose ; j’ai eu des troubles intestinaux, etc. Avec 34 CD4 et 46 kg, c’est le service des maladies infectieuses de Besançon, qui m’a pris en charge pour une hospitalisation de trois mois en 2003.


Un changement total. Un vrai changement dans ce très bon service et de très bons rapports avec les soignants. A Besançon, j’ai pu rencontrer d’autres personnes dans les associations. C’est important de voir que tu n’es pas tout seul à vivre ça, que d’autres sont dans des galères pires que toi. Ça te motive pour poursuivre ta vie. A certains moments, je me voyais mort. Aujourd’hui, je suis indétectable ! Mais j’ai beaucoup de mal à faire remonter mes T4. Actuellement 230 seulement.


J’ai fait un essai avec Celsentri pour booster les CD4. C’est le protocole Marimuno, dont les résultats ne sont pas encore publiés, mais qui doivent l’être prochainement. Mais je n’ai pas de résultats globaux. Mon médecin me propose quelques protocoles. Je viens de remplir le questionnaire VESPA 2, il y a un mois. Je me tiens au courant de ce qui se fait. VESPA 2, pour moi, ça va permettre de voir l’évolution des mentalités, de la vie avec le VIH. Certaines questions étaient assez cul, mais ça ne m’a pas dérangé tant que ça.


Séropo à la campagne, c’est dur. A part cinq personnes (sœurs, parents), personne n’est au courant. Je suis agriculteur. Quand j’ai été malade, j’ai eu beaucoup de preuves de solidarité, sans que personne ne sache les vraies raisons de mes problèmes de santé. Pour moi, c’est trop risqué, je n’ose même pas dire où je vis. Un coming-out est difficile à gérer ! La ruralité doit se gérer avec un bon rapport avec son médecin traitant.


Ce que je trouve a AIDES ? Je vois d’autres personnes dans le même cas. J’ai participé à des Universités de personnes séropositives qui sont super enrichissantes. Pour échanger des astuces, la manière dont les personnes gèrent les mêmes problèmes que toi tu as. Je peux prendre des idées, je ne suis plus tout seul dans ma brousse. C’est une petite famille qui est présente autour de moi, qui me donne des conseils. C’est par des séropos que j’ai pu savoir que je pouvais bénéficier de l’AAH. Pas par les médecins !


Pour moi, c’est toujours capote. J’estime que je n’ai pas le choix. Hier soir, à l’atelier X [atelier pour parler de sexualité, dans lequel chacun est invité à choisir un objet] j’avais pris la capote, d’ailleurs. J’ai des partenaires occasionnels. Je ne dis jamais à mes partenaires que je suis séropo, puisque je mets une capote et que je suis en CV indétectable. Le médecin me dit que j’ai beaucoup moins de risque de transmettre. Moins de risque ou pas de risque, c’est toute la question ! Ma peur, c’est surtout celle du VHC car je sais que les traitements sont assez lourds, et de l’herpès génital, donc je garde la capote*. Ça ne me dérange pas, même si j’ai des problèmes d’érection, à cause des antidépresseurs. J’ai fait deux tentatives de suicide en huit ans.

Propos recueillis par Renaud Persiaux


* La capote permet de réduire le risque de transmission par l’herpès, pas de l’éviter. L’herpès génital se transmet facilement par simple contact lors des éruptions.