Finalement, je suis quelqu’un de simple

Publié par Bwonsamdi le 16.11.2021
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Je suis en couple quand mon mec est hospitalisé pour une toxoplasmose. Il est dépisté positif au VIH. C’est le brouillard, l’incompréhension. Je refuse de faire un test. Je suis quelqu’un qui ne prend pas de risques. J’étais en confiance. Je ne comprends pas comment le VIH s’est immiscé entre nous.

À l’époque, je fais des angines récidivantes. Mon médecin me propose une ablation des amygdales, mais les angines continuent et ma santé se dégrade. Je suis déterminé à faire un test de dépistage. Le verdict tombe, je suis séropositif au VIH. Mon monde s’effondre. Je m’enferme dans un mutisme et je fais une dépression qui va durer deux ans. Je ne fais plus l’amour. Je me suis complètement enfermé avec mon VIH. Il faudra un an pour que je réussisse à prendre un traitement et que je retrouve un équilibre.

Trois ans plus tard, j’ai une nouvelle relation avec des pratiques sexuelles extrêmement violentes, mais consenties. Cravache, martinet jusqu’au sang, coups de couteau qui sont allés une fois jusqu’à une hospitalisation, étranglement, coups de poing. Nous avions une relation dominé-dominant et c’est moi qui dominais. Lors d’un étranglement, j’ai failli tuer mon copain. Nous avions convenu d’un signe qui nous permettait d’arrêter les sévices, mais cette fois-là je n’ai pas répondu au signalement. Mon copain a eu très peur alors que je n’ai pas réalisé ce qui était en train de se passer. J’ai même ressenti une plénitude alors que j’étais sur le point de le tuer. J’ai conscience à ce moment de ma vie que j’ai un problème, que je suis différent. Depuis mon enfance j’entends des voix, j’ai des visions. Mes nuits sont agitées, je me lève, je parle avec des gens. Enfant, j’en avais parlé à mes parents ; leur solution a été de m’amener à l’église. Motivé par le désarroi de mon copain, j’ai décidé d’aller consulter une psychiatre qui a diagnostiqué une schizophrénie. Ça m’a fait l’effet d’une bombe nucléaire. Elle m’a prescrit de la Rispéridone. C’est un traitement très lourd qui génère de nombreux effets indésirables. J’ai pris le traitement, mais je dormais tout le temps. J’étais tout le temps fatigué. J’avais mal aux articulations et je vomissais. Quand je marchais dans la rue, on aurait dit que j’avais pris de la drogue. La psy a diminué les doses, mais j’ai fini par l’arrêter complètement après quelques mois. Mon traitement contre le VIH ne me convenait pas non plus. Beaucoup trop d’effets indésirables pour une seule personne ! L’infectiologue m’a prescrit Dovato, que je tolère bien et que je prends toujours.

Je suis facteur, je commence tôt le matin. Je fais ma tournée et quand c’est fini, je rentre chez moi. Je me sens libre. J’ai besoin de travailler, c’est un cadre qui me sécurise. Pour exister dans notre société il faut montrer une bonne image de soi alors j’ai choisi de paraître, de soigner mon image. Je dois me protéger parce que ma violence n’a pas de palier, elle explose. Je suis de nature calme, mais je peux réagir très violemment si on m’agresse. Comme les autres ne le savent pas, je dois me protéger des conflits et des situations chaotiques. L’arrivée du VH dans ma vie a été un élément foudroyant. Aujourd’hui, les soignants prennent essentiellement ma schizophrénie en compte, ça me donne l’impression que mon virus n’existe pas. C’est très déstabilisant pour moi. J’ai besoin d’avoir un contexte rassurant qui me sécurise et en même temps d’avoir un sentiment de liberté. Je voudrais sincèrement m‘intéresser aux autres, mais je n’y arrive pas. Je n’arrive plus à me projeter dans une relation amoureuse. Avant que je sache que je suis schizophrène, je refoulais une partie de moi. Après les choses ont changé. J’ai été libéré d’un poids, j’ai pu mettre un mot sur mes maux. Le pendant de cette annonce, c’est que je ne parviens plus à avoir des relations sexuelles tempérées ; je n’ai pas de plaisir. J’ai besoin d’avoir des relations sexuelles extrêmes avec un partenaire « violent-compatible ». Je suis pris dans un étau. Quand je prenais mon traitement contre la schizophrénie, j’étais apaisé mais je n’avais plus de vie. Aujourd’hui, je fume du cannabis qui a un effet inhibant, mais je consomme aussi de la 3-MMC lors de mes relations sexuelles pour les vivre à fond et avoir du plaisir.