Gaëlle : “Parler sans être rejetée”

1 225 lectures

Gaëlle a 40 ans. Elle est séropositive depuis 2005. Elle est camerounaise et vit en Suisse. Elle raconte, dans ce numéro, son expérience avec les petites annonces de Remaides et l’importance de ces rencontres pour elle.

femmes_yul_studio.jpg

Pour dire la vérité, je cherche quelqu’un au pays car j’envisage un jour de repartir au Cameroun. Si je trouve un Suisse, prêt à partir, alors pourquoi pas ! Mais ce n’est pas tout le monde qui veut vivre en Afrique, surtout quand on a nos problèmes. Avec ceux que j’ai contactés, je peux dire que nous sommes dans des pays différents, mais nous avons des points communs. Nous arrivons à nous dire beaucoup de choses par téléphone. On partage notamment les problèmes… Il y a les finances, la maladie, la famille, la pauvreté. Par l'intermédiaire de Remaides, j’ai rencontré deux veufs et deux hommes qui sont encore mariés. Cela veut dire que pour eux aussi ce n’est pas simple. Un d’eux cachait sa maladie à sa femme et c’est pour cela qu’il cherchait quelqu’un d’autre. Il avait peur de la contaminer et elle ne comprenait pas pourquoi ils n’avaient plus de relations. Je lui ai conseillé d’en parler à sa femme. Maintenant, elle le sait et elle ne l’a pas rejeté. Nous sommes devenus des amis. J’ai même parlé avec sa femme. Je lui ai envoyé de l’argent pour faire le jardin et les plantations qu’il vend maintenant. Nous avons mêmes des projets, dont celui de créer une exploitation agricole.  J’ai également rencontré un père de famille de 45 ans. Ce monsieur a perdu sa femme à cause de la maladie ; il a eu cinq enfants. Quand ils ont appris qu’il était malade, ils l’ont abandonné. Une cousine l’a recueilli et a essayé de lui redonner confiance, de le soigner. Elle lui a aussi montré Remaides. Il a envoyé son annonce et j’ai été la première à lui répondre. Nous avons décidé de continuer à nous appeler car cela nous fait du bien de discuter ensemble. Là-bas, au pays, il lui manque des personnes pour parler de la maladie. Certains hommes que j'ai contactés sont maintenant comme ma famille. Le premier monsieur que j’ai rencontré n’habite pas dans la même ville que moi et ma famille au Cameroun. Pourtant, chaque fois qu’il vient en ville, il dort dans ma famille alors que je ne l’ai encore moi-même jamais vu. Comme il n’habite pas dans ma ville, je n’ai pas eu le temps d’aller le voir la dernière fois que je suis repartie au Cameroun. Pour moi, c’est important qu’il se sente rassuré et qu’il ait retrouvé une nouvelle famille dans laquelle il n’est pas discriminé et où il n’a pas peur. Je discute avec lui chaque semaine. Je sais ce qu'il fait, ce qui ne va pas. Si nous ne nous parlons pas pendant une semaine, nous nous envoyons des textos pour savoir ce qui se passe ! Moi, ça me fait du bien d’avoir des gens au pays avec qui je peux aussi parler sans être rejetée. Je vois par exemple quand je vais sur un chat sur internet, quand je rencontre quelqu’un et qu’au milieu de la conversation je lui dis que je suis séropositive alors souvent c’est : “Quoi, vous êtes séropositive et vous cherchez quelqu’un !”. Après, il ne répond plus. J’ai quand même rencontré sur le chat des personnes séropositives, mais ce n’est pas la même confiance que celle que j'ai avec Remaides. Il existe aussi Séronet, mais je n’y arrive pas, c’est trop compliqué, il me faudrait une formation. Enfin, ce n’est pas fini pour moi avec les annonces, je n’ai pas encore trouvé le bon !”

Propos recueillis par Nicolas Charpentier

Illustration : Yul Studio

Ce témoignage a été précédemment publié dans le journal Remaides n°75