J'ai soulagé mes douleurs avec du paracétamol

Publié par Ludo le 20.07.2022
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Le 8 juillet, Ludo, 40 ans, gay, apprend qu’il est positif au Monkeypox. Il sort de la consultation avec un arrêt de travail de trois semaines pour être à l’isolement, qui prendra fin le 28 juillet.

J’avais un rendez-vous, prévu de longue date, dans le cadre de mon suivi pour la Prep à l’hôpital de la Croix-rousse de Lyon. J’avais réalisé le bilan habituel. Tous les résultats étaient OK. Lors de la consultation, j’ai indiqué au médecin que j’avais des ganglions enflés à l’aine. J’avais eu de la fièvre et ressenti de la fatigue la semaine précédente. Mais comme j’avais eu la Covid cette semaine-là, j’avais imputé ces symptômes à ça. Quand j’ai mentionné les ganglions, j’ai vu que le médecin faisait une drôle de tête. Il m’a dit qu’il avait vu passer plusieurs cas de Monkeypox — une quarantaine dans le service — souvent associés à des ganglions enflés. Il m’a ausculté et a dû voir des choses que je n’avais pas repérées. Il est parti s’équiper. Il est revenu avec une sur-blouse, une charlotte — genre un peu la tenue utilisée pour la Covid — et un kit de dépistage. C’était un peu impressionnant. On m’a indiqué que j’aurai le résultat assez vite. Le médecin m’a donné un arrêt de travail de trois semaines. J’ai demandé : « On n’attend pas le résultat ? » Il m’a dit que c’était le protocole à suivre en cas de suspicion de Monkeypox. Le lendemain, j’ai reçu un appel de l’Agence régionale de santé (ARS). C’était un infirmier qui était très bien et qui m’a indiqué que le résultat était positif.

L’infirmier de l’ARS m’a surtout recommandé de rester isolé, de ne pas avoir de contacts avec des personnes en direct. Il m’a donné quelques conseils sur le lavage à 60° du linge et des vêtements. Comme je n’ai pas de vêtements qui supportent cette température, j'ai opté pour un désinfectant pour le linge. J’ai aussi eu des conseils pour me laver avec de l’eau et du savon, pour tamponner la peau, pour me sécher et ne pas me frotter en cas de boutons et c’est tout. Quand je suis sorti de la consultation où j’ai eu le diagnostic, je me sentais bien. Des boutons sont apparus un peu plus tard. J’en ai eu un au poignet, sur le torse, au genou, au coude et sur le menton. Par chance, je n’avais pas de zones infestées de boutons. J’ai ressenti des démangeaisons. Je mettais des compresses sur les boutons pour ne pas les faire exploser ou me gratter. 

Sur une échelle de zéro à dix, je situerais ma douleur entre quatre et cinq. Je n’ai pas eu de conseils pour le traitement des douleurs, ni de prescription, par exemple d’une crème à la lydocaïne qui contient des anesthésiques locaux, qui aurait permis d’apaiser les douleurs et les démangeaisons. Je suis sorti de la consultation juste avec mon arrêt de travail et un papier m’indiquant qu’en cas de complications, il fallait que j’appelle le 15. J’avais du Doliprane chez moi, c’est avec du paracétamol que j’ai traité ma douleur.

Je n’ai pas fait une forme très sévère mais ça dépend des personnes. J’ai eu quelques boutons qui ont maintenant séché et dont les croûtes sont tombées. J’ai été très impressionné par les photos que j’ai vues lorsque je suis allé m’informer sur Internet à la suite du diagnostic. Sur certaines images, je voyais des trucs incroyables et je me demandais à quoi j’allais ressembler ?  Cela a été une source de stress, puis j’ai vu des témoignages à la télé, notamment sur BFMTV, de personnes qui avaient été infectées et cela a contrebalancé la première impression.

La Covid est considérée comme une maladie que tout le monde peut avoir en population générale. La variole du singe — rien que le nom pose déjà problème — est aujourd’hui concentrée chez les HSH multipartenaires etc. Ça constitue une double étiquette qui peut être stigmatisante vis-à-vis des autres. Je n’ai pas eu de soucis particuliers sur ce plan ; pas de problèmes avec ma famille qui est plutôt cool. C’était moins évident sur le plan professionnel avec un arrêt de trois semaines qui venait après un arrêt d’une semaine lié à la Covid… Je craignais qu’on se pose des questions sur mon état de santé. Je ne me voyais pas retourner au bureau avec des boutons ou des marques sur le visage… ma crainte était plutôt liée à l’image de la maladie et aux associations d’idées qui vont avec.

J’ai eu mon diagnostic le 8 juillet et je suis à l’isolement jusqu’au 28 juillet. Nous sommes le 20 juillet, il me reste une dizaine de jours encore. Cela reste dur socialement, mais je relativise, je ne suis pas au fond de mon lit et puis j’ai l’habitude d’être seul, donc, ça va. Je fais des courses. Je mets un masque pour sortir. Je fais quelques sorties pour prendre l’air en gardant mes distances avec les autres personnes. Je ne prends pas les transports en commun. Je ne rencontre et ne vois personne. Je n’ai des contacts avec mes proches que par visio, téléphone ou SMS.

Ce qui a été dur, c’est le contrecoup de l’annonce. Je ne m’y attendais pas. Je me suis dit : « Comment je vais faire ? » J’ai appris cela au cours d’une consultation prévue de longue date qui portait sur autre chose. Cela aurait sans doute été différent si j’avais consulté à la suite de l’apparition de symptômes ; d’une certaine façon, je me serais préparé à cette nouvelle. Là, je sortais d’une semaine de Covid et je n’avais pas envie de m’isoler encore pour trois semaines. J’avais prévu des vacances, un séjour à Paris… tout a été chamboulé. J’ai la chance d’être militant à AIDES. J’ai eu le soutien des autres militants. J’ai ressenti un élan de solidarité. C’est une chance. Ce qui m’a manqué c’est que le médecin ou l’ARS prenne de mes nouvelles. Je sais qu’ils sont débordés, mais j’aurais aimé qu’on me demande comment j’allais, si j’avais besoin d’une ordonnance pour faire face aux douleurs…

Pour moi, il manque quelque chose ! Ma période d’isolement prend fin le 28 juillet. Et le 29, tout redevient comme avant ? Il me reste des questions : dois-je suivre des consignes particulières ? Est-ce que je suis protégé maintenant et pour combien de temps ? Faut-il que je sois vacciné ?