Je me suis enfermée moi-même dans une vie sans sexualité

Publié par rigologue le 03.08.2014
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En 1995, suite à un cancer mammaire, mon corps a été mutilé. Je vivais alors en couple depuis 3 ans avec un homme à l’esprit très ouvert. C’était un ami de 15 années qui me répétait toujours que son amitié /amour ne dépendait pas de mes seins. Cependant, c’était plus fort que moi : je ne pouvais pas me montrer nue devant lui qui avait connu l’autre femme que j’étais avant la mastectomie. Ce sein en silicone, bien que très bien reconstruit, m’inspirait le faux, le mensonge. Je ne supportais pas l’idée de lui offrir quelque chose d’artificiel. Je faisais chambre à part, malgré les multiples invitations à partager la chambre commune.

Trois années de dépression nerveuse ont suivi cette intervention mutilatrice. Ma façon d’appeler au secours s’est matérialisée par deux tentatives d’autolyse réalisées à la maison, en l’absence de mon compagnon. A chaque fois ce dernier est arrivé à temps, tel un prince charmant venant au secours de la princesse !

Je ne prenais pas conscience, à l’époque, de tout le mal, l’inquiétude que je lui infligeais. J’étais devenue très égoïste, ne parlant que de mes problèmes, du cancer, de ma solitude, de mon handicap.

A ce moment, j’étais vendeuse de bijoux et pierres fines, ce qui m’apportait une vie sociale complète et diversifiée. J’ai fait une demande de RQTH et j’ai été reconnue handicapée à 80 % par la Cotorep, en 2ème catégorie ne me donnant plus la possibilité de travailler. Tous les amis m’ont tourné le dos (à juste raison, je l’affirme aujourd’hui), car je ramenais toujours toutes les conversations à moi, sans me préoccuper des problèmes des autres. Ces épisodes ont commencé à générer une cassure dans mon couple : une certaine lassitude s’est installée chez mon ami qui travaillait alors énormément, en horaires décalés, partant vers midi, et rentrant vers minuit. Je passais toutes mes journées seule, dans une grande maison m’occupant du jardin, regardant la télévision jusqu’à m’en abrutir. J’entretenais le linge et la maison, faisais les courses. C’est à ce moment que je devins très inventive en matière de cuisine, en servant des petits plats mitonnés et assaisonnés de mon désir immense à vouloir faire plaisir à mon ami. Un peu comme si je souhaitais le reconquérir.

Puis, un élément que je qualifierai aujourd’hui d’anodin, provoqua une discussion : je le soupçonnais d’avoir une relation avec une autre femme. De mon point de vue, tromper l’autre, c’est comme lui lancer un couteau dans le dos : c’est lâche ! Il a nié toute relation sérieuse en dehors de la nôtre. Il ne s’agissait pour lui que d’une rencontre éphémère….sans aucune importance. De la colère, je suis passée à la jalousie, puis à la déception et à la tristesse. Toute la foi qui soutenait ce couple venait d’être écorchée, fêlée et me semblait irréparable. Cette situation me renforça dans ma décision de faire chambre à part. Donc plus de sexualité, plus de câlin, plus de frémissement de bien-être. Et pourtant, j’étais sur le point de changer de décision, si ce n’est cette "tromperie". Je me suis enfermée moi-même dans une vie sans sexualité, sans joie, sans désir jusqu’à notre séparation.

Quand j’ai appris ma séropositivité en 2000, je me suis sentie attaquée et dévalorisée. Cela touchait quelque chose qui concerne encore ma sexualité qui, pour moi, est très importante. Le fait de ne pas vivre ma sexualité entraine des discordances physiques, l’abstinence agit sur le psychisme et donc je me suis enfermée. D’ailleurs aujourd’hui, je ne cherche plus à rencontrer quelqu’un ; je me sens dévalorisée. Mais je ne dirais pas non si une occasion se présente. Si je rencontre l’âme sœur qui me propose une relation, j’ai bien envie d’essayer. Sur les sites de rencontres, je n’ai pas trouvé le compagnon idéal, seulement des gens désireux d’ajouter une nouvelle conquête à leur palmarès.

Je n’ai pas peur de contaminer. Je n’ai pas peur, parce que je suis indétectable (rapport Hirschel) Le problème n’est pas là. Le problème est que j’ai un corps définitivement mutilé ; c’est cet état qui me freine,  bien plus que mon statut de séropositive. Le VIH n’est ni bloquant ni inhibant, je m’en moque en fait. Je suis convaincue que le désir d’un homme envers une femme, commence par le regard qu’il porte sur ses formes : la poitrine, les fessiers… Au premier abord, l’homme se délecte à contempler, voire à fantasmer, sur les attributs de la femme : il prend grand plaisir à caresser les seins, les fesses… Alors, quand ces formes séductrices n’existent plus, la femme perd une partie de sa féminité, si importante aux yeux de l’homme. C’est bien là ce ressenti qui m’habite aujourd’hui.

Ma seconde mastectomie est très récente, et a amplifié ma crainte de rencontrer l’homme. De plus, j’ai un problème relationnel avec mon fils, qui est une des causes de l’interaction négative existante entre mon esprit et mon corps. Il est donc primordial que je résolve ce problème. J’aurais besoin d’être rassurée par un partenaire potentiel. Mon entourage me juge encore alerte et enviable, voire même désirable, considérant mon âge. C’est plutôt une bonne image de moi qui est reflétée et qui m’invite à relier avec ma sexualité. En regardant parfois un film pornographique à la télévision, je sens que ma libido n’est pas "hors service" ! Dans ces moments-là, j’aimerais avoir quelqu’un à côté de moi. Mon désir n’est pas mort et je ne veux pas qu’il le soit. Je suis toujours capable de faire plaisir et de recevoir du plaisir. Le VIH n’est pas un frein à ma sexualité.

Commentaires

Portrait de ballif

j'ai été mis en invalidité avec abus de pouvoir du médecin du travail je devais mourir dans les 15 jours en mai 1999 alors je suis revenu vivre à nantes là où tout va bien

cette foi les docteurs ne coprennent pas pourquoi mes T4 sont arrivés à 670

mon souhait est de rencontré une femme avec qui nous aurions les même affinités

bises

laurent

Portrait de maya

si fort de rencontrer un alter-ego...

Ton texte m'a bouleversé même si j'en connaissais une partie infime par son honnèteté...

tendres pensées

maya

Portrait de hajoni

tres touché par ton article  tu rencontrera ton prince charmant

Portrait de unepersonne

c'est vrai que les seins sont un signe de feminité pour la femme et sans eux elle  ne se sent plus feminine ni desirable pour un homme

il y a des hommes sur cette terre qui savent aller au delà des apparences, qui savent apprecier une femme pour autre chose que sa poitrine , une femme a tellement d'atouts à mettre en avant pour etre belle et seduisante 

pour certains hommes et plus qu'on ne le croit , le sourire,  la voix,  le regard,  les cheveux,  le parfum d'une femme sont tout autant ravageur et attirant qu'une poitrine voire une mutilation en reprenant tes termes

pour cela tout un cheminement psychologique est à faire seule ou suivie par un pro , il existe aussi des groupes de paroles ou se reunissent des femmes dans ton cas  qui ont subi la meme operation que la tienne et qui se retrouvent une ou plusieurs fois par semaine pour parler de leur mesaventure et se recontruisent psychologiquement afin de redemarrer une autre vie

anecdote : mon pere recement operé doit etre soigné à vie et pour cela une infirmiere vient un jour sur deux chez mes parents , à deux reprise j'ai croisé cette infirmiere d'une petite cinquantaine, toujours vetue de couleurs vives et chatoyantes avec un sourire permanent et de sa voix critalline elle ensoleiille son entourage

dernierement en discutant du ttt de mon pere on vient à parler de cette infirmeire et j'apprend par ma mere que cette femme à eu un cancer des ovaires et de l'uterus tres jeune ce qui l'a empeché d'avoir des enfants et ces derneires années elle a eu deux cancers du sein

en voyant ce bout de femme fraiche et dynamique jamais on ne penserait que cette femme a vecu toutes ces epreuves/maladies dans sa vie

elle a su rebondir lorsqu'lle a été malade, elle a fait le deuil de son ancienne vie pour s'en fabriquer une nouvelle et ma foi elle a l'air plutot heureuse dans sa vie

ce que je veut dire en ecrivant tout ça, c'est que c'est toi qui a les cartes en main, à toi de trouver l'energie de rebondir et recommencer une nouvelle vie avec un nouveau corps , se lamenter ne fera pas revenir en arriere

ok il faut prendre le temps d'accepter, de digerer les epreuves mais il ne faut pas non plus cogiter et s'enfermer dans une solitude qui va te dessecher et te faire perdre le gout de tout

je sais les conseilleurs ne sont pas les payeurs mais voilà j'espere au moins que ce message te redonnera un peu d'espoir

patrick

marseille