Je m’interdisais la pratique sportive par peur du regard des autres

Publié par Aurore le 20.07.2014
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Depuis septembre 2013, je fais partie de l’équipe dirigeante d’un club de volley-ball. Je n’ai jamais été sportive, préférant les activités artistiques au cours de mon enfance et de mon adolescence. J’ai ainsi découvert récemment la notion de sport plaisir et bien-être.

Au sein du club, je m’occupe plus particulièrement de la section loisirs. C’est venu du fait que, étant dirigeante du club, j’ai souhaité m’initier à un sport qui me semblait totalement inaccessible pour moi car physiquement trop exigeant à mon sens. J’ai donc commencé mon apprentissage et ma pratique au sein d’un groupe sur des séances de sport santé multi-activités. Ce sont des séances encadrées par une jeune femme titulaire d’une licence en sport adapté. Elle m’a donc guidée sur les bonnes pratiques pour éviter d’aggraver l’hernie discale que j’ai au niveau lombaire. Je n’ai jamais dit que je suis séropositive par peur des réactions tant des participants que des dirigeants. Je suis donc seule à pouvoir gérer les limites en termes de fatigue musculaire.

Après 2 mois d’efforts, j’ai également intégré le groupe loisirs au cours d’une 2ème séance par semaine. Je me suis aperçue que les participants sont très tolérants et ouverts quant aux différences. Ils acceptent bien les coups de fatigue et les limites imposées par l’état de mon dos.

Après maintenant six mois passés en compagnie des groupes loisirs et sport santé, je peux mesurer le chemin parcouru. Je peux m’entraîner 3h par semaine sans être épuisée. J’ai retrouvé une place au niveau social car je me sens intégrée et valorisée au sein du groupe. Je me surprends même à être frustrée et ressentir un manque lorsque je ne peux pas m’entraîner pendant une semaine ! J’ai aussi vu un gros bénéfice au niveau physique : j’ai récupéré de la musculature sur l’ensemble du corps et notamment au niveau des fesses et des cuisses ce qui me semblait impensable il y a encore six mois ! Résultat : je peux m’assoir en ayant moins mal aux fesses !

Le volley est un sport exigeant car il sollicite l’ensemble du corps et l’esprit. La dimension de construction collective du jeu prend toute son importance dans mon cas car c’est une des motivations qui me poussent quand il fait froid et que je n’ai pas trop envie de bouger. Je sais que mes partenaires comptent sur moi, s’inquiètent si je ne suis pas là et qu’on passe de bons moments ensemble.

Je m’aperçois cependant que les personnes bien portantes qui participent sont bien moins fatiguées que moi et peuvent bien plus facilement mobiliser leur corps et leur esprit. Leurs temps de réaction sont plus courts.

Je m’interdisais la pratique sportive par peur du regard des autres, peur de ne pas pouvoir financer cette activité, peur d’en demander trop à un corps déjà malmené par le virus et les traitements. Je me dis aujourd’hui que je ne dois certainement pas être la seule à avoir agi ainsi.

Je m’interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour aller à la rencontre des personnes malades et leur proposer d’essayer, à leur rythme, de faire changer leur regard sur eux-mêmes.