Je VIH sans me plaindre

Publié par gys le 18.06.2014
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Chez mes proches, ma famille, c'est confus, il y a de la jalousie parce que j'assume mon état et que je fais ce que je veux, et surtout j'ai une vie sexuelle avec ce VIH... Il y a les reproches : "Tu ne veux pas entendre que tu as fait un AVC", de l'admiration : "Oui tu en connais un paquet sur les IST et tu t'occupes des autres à AIDES"...

Mais pas de véritable dialogue sans jugement, ça c’est chiant, je ne me sens jamais naturelle, authentique ou franche… toujours obligée de tricher : "Oui je vais bien" même quand je me sens chiffon !

Le travail que j'ai fait sur la mort, grâce à ma pratique spirituelle, me la rend naturelle ; elle ne m'occasionne pas de peur particulière puisque je ne devrais plus être là. Relativiser, aller à l'essentiel, tout cela déplait quand j'en parle avec légèreté.

Le fait d'entendre sans arrêt "le VIH ce n’est pas grave, il y a des traitements" quand tu fais de la prévention et voir tous ces jeunes qui prennent des risques et qui s'en foutent ! La peur de la mort a fait place à la banalisation.

En tant que femme séropositive, j'ai entendu des phrases graves du genre : "Tu es punie par où tu as péché" ou des insultes genre "Salope, chaudasse, pute !" Bref des bêtises dites par des ignorants... Le pire, ce sont les hommes que je rencontre ; soit je leur dis de suite, soit c’est un plan cul avec capote et je ne dis rien. J'ai fréquenté un homme pendant trois mois, il faisait des plans sur la comète, me disait qu'il m'aimait, qu'il voulait me présenter ses enfants, blablabla… Là je lui ai dit : "J’ai le VIH". Il m'a répondu "Si tu as été transfusée ok, sinon comment l'as-tu chopé ?" Je lui ai tout expliqué, les modes de contaminations, le TPE, le TasP, la charge virale indétectable, le rapport Hirschel... tout, pour finalement voir le changement de comportement du Monsieur. Je lui ai dit : "Je suis celle que tu disais aimer il y a un quart d'heure… tu dois bien prendre des risques quand tu picoles du rhum comme je t'ai vu faire, non ?" J'ai du téléphoner à mon médecin pour qu'il lui dise qu'il ne risquait rien ; nous n'avions même pas baisé sans capote. Bref il a voulu qu'on se voit pour aller boire un verre, je l'ai envoyé au diable ! Ils ne pensent pas qu'ils peuvent être porteurs du VIH ? Pour le coup "doudou" est allé se faire dépister et m'a téléphoné pour me dire qu'il était séronégatif, youpi ! Je lui ai dit ça te servira à l'avenir, tu réfléchiras la prochaine fois.

Quant à la vie au quotidien, à qui parler de cela à part aux séropos qui, eux, vous comprennent puisqu'ils le vivent, l'expérimentent, le subissent, l'acceptent ou pas. Pas facile de partager avec certains séronégatifs, encore moins quand il s’agit de proches.

Sans oublier le chapitre important : que certains séropos ont subi, des lipodystrophies et lipoatrophies, le regard des autres est dévastateur, humiliant. Perte de l'estime de soi, surtout dans les lieux publics comme les piscines, que j'avais désertées, les saunas, les hammams. Depuis que je vis en Guadeloupe, je suis moins complexée car les gens ici sont forts, gras, plus que costauds, donc c'est un peu moins gênant, mais quand je me regarde dans une glace ça ne me correspond pas. Ce sont les médocs qui m'ont déformée, jamais je ne me serais laissée aller comme ça, à moins d'avoir une maladie qui entraîne ce genre de soucis. Là le regard des autres vous touche de plein fouet, sans complaisance ni compassion.

Donc je VIH sans me plaindre, en serrant les dents, en étant souriante, limite légère.

Commentaires

Portrait de danni

c'est vraiment courageux et j'ai aimé lire votre témoignage ! vivez simplement votre vie.

Portrait de volcan63

chapeau bas....la vie est plus simple pour nous les seropos si on ne se prend pas trop la tete vis a vis de ce que pense de nous le monde ignorant,bete et mechant!

Portrait de gys

Merci pour votre ptit mot ! Bonne vie à vous !

Gys