L'amoureuse de Stalingrad Lovers

Publié par Mélissa le 06.12.2013
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Stalingrad Lovers est une fiction qui sort au cinéma le 11 décembre 2013. Un film réalisé par Fleur Albert sur le monde de la drogue autour de la rotonde de Stalingrad, plaque tournante de la consommation dans le 19ème arrondissement à Paris. Un homme est mort, il s’appelait Medhi. Il a été le parrain de la communauté des usagers de crack entre la Chapelle et Stalingrad. Alors qu’Isaïe aspire à quitter la rue pour retrouver son fils, il est rattrapé par la promesse faite un jour à Medhi : en cas de malheur, rapatrier son corps au Sénégal, son pays d’origine. Carole Eugénie, qui a choisi depuis toujours de se faire appeler Mélissa, interprète le rôle de Mona, la compagne d’Isaïe. Elle revient, ici, sur son histoire personnelle qui résonne étrangement avec celle de Mona…

Je fréquente l’association EGO, un Caarud du 18ème arrondissement, quand je rencontre Fleur. Je discute avec elle sans savoir qui elle est. Un jour, elle me propose de tourner dans un docu-fiction d’après un scénario qu’elle a écrit et qui est inspiré du temps qu’elle a passé à EGO. J’accepte parce qu’il y a le mot "fiction", un documentaire est forcément impudique et j’aurai refusé. Là, personne ne pourra savoir ce qui fait vraiment partie de ma vie intime de ce qui est fictionnel. J’ai trois enfants, c’est important de les protéger. Quand on évolue dans la rue, on fait de la comédie 24h/24, alors une fiction d’une heure et demi, pourquoi pas… Mona, mon personnage, doit répondre à un défi : celui d’assumer. Dans ma vie, c’est pas très différent.

Fleur m’a fait confiance dès le départ. Elle m’invitait chez elle chaque semaine pour un déjeuner ; elle me laissait même les clés de son appartement parfois. C’est risqué ce qu’elle a fait. Elle a une foi dans l’être humain que peu de gens ont. Je n’étais pas habituée. La vie en marge de la société laisse un regard sur soi assez indélébile : les gens vous regardent mal, vous jugent mal. C’était appréciable de recevoir en même temps de l’amour et de la confiance, d’être reconnue pour ce que je suis aussi. Je sais bien que je ne vaux pas rien, mais le regard de la société que j’ai ressenti a tout fait pour que je remette tout en doute en permanence et particulièrement moi-même.

Quand on vient de la rue, on voit de l’hypocrisie partout, alors quand le tournage a débuté, j’étais perturbée. Je me suis retrouvée au centre de multiples attentions. Il y a beaucoup de monde sur un tournage. Moi qui aie souvent cherché à provoquer, je me suis retrouvée perdue. J’avais peur de mal me servir de toute cette attention.

Et puis il y a eu cette scène d’amour à tourner, je devais me mettre nue, ainsi que mon partenaire. Le malaise. Je n’avais pas été prévenue, j’avais l’impression que les choses m’échappaient. Et aujourd’hui sur le livret de presse, je vois cette photo de moi nue avec mon partenaire lové entre mes jambes, les mains posées sur mes seins. Un nouveau choc. J’ai l’impression que tout le monde voit mon histoire personnelle défiler, la drogue, les hommes, la prostitution. Cette photo me travaille beaucoup, je dois parvenir à voir le côté artistique. Il y a une allusion à Rembrandt à travers le choix que Fleur a fait au niveau des couleurs et de l’éclairage. Je connais Rembrandt, j’ai étudié des tableaux de lui à l’école. Mais quand même, c’est impudique.

Pendant le tournage, je posais beaucoup de questions ; j’avais envie de tout comprendre, parce que rien ne se fait au hasard. Chaque prise est étudiée, réfléchie. C’est très strict. La relation entre Fleur et les acteurs était très particulière. Moi, j’avais besoin de comprendre ses attentes. Je suis d’une nature artistique parce que je comprends que chaque détail permet de faire passer un message.

Au début du tournage, j’avais le vertige. On m’a donné le scénario qui était très épais. Je me suis demandée comment j’allais faire pour le mémoriser après toutes ces années de toxicomanie. Là encore, c’est le défi qui m’a boosté. D’autres prennent des produits et sont acteurs, pourquoi pas moi ?

Le tournage a duré 40 jours, puis c’était fini. A ce moment-là, j’ai eu la hantise du résultat. Je repensais à certaines scènes, à certains lieux de tournage, comme La rotonde à Stalingrad où les figurants n’ont pas eu de rôle à jouer puisque c’était leur propre vie qu’il jouait chaque jour. Pas de rôle de composition et ils étaient payés sur place chaque soir.

Et je me disais, 40 jours de tournage qui vont être condensés en une heure et demie. Il y avait quelque chose d’inconcevable pour moi. Puis j’ai ressenti un grand vide, un sentiment d’abandon. Pendant le tournage, j’étais logée dans un appart-hôtel près du métro Ourcq. Je n’ai jamais consommé de prods pendant les temps de prise du tournage. Une règle qui s’est imposée d’elle-même, c’était juste logique ; une question de respect. Je ne voulais pas faire prendre de risques au tournage avec des questions d’illégalité… et que tout s’arrête.

Je suis trois ans après la fin du tournage et forcément cela a eu une influence sur ma vie, même si je ne cerne pas bien. Ma vie a été marginale et je sais aujourd’hui que ça peut être une énorme force. Le tournage a du faire bouger des trucs chez moi qui ne tournaient plus du tout. C’est une impression bizarre et diffuse.

Depuis un an et demi, je suis abstinente totale, sous méthadone et aujourd’hui je ne prends que 10 grammes par jour. Je suis sortie du cercle consommation, business de cam et prostitution. Pourtant j’étais forte et courageuse, un petit bout de femme comme moi capable de dealer du crack, de jouer avec ces trois milieux. J’ai appris à gérer le danger. Je n’ai plus peur de rien.

J’ai accepté aussi de redescendre dans l’échelle sociale. Ben oui quand tu dépends de la rue et que tu ramènes entre 300 et 500 euros par jour, accepter de faire une demande d’AAH, c’est humiliant. Au début, j’avais honte. Aujourd’hui, je dois savoir utiliser mes capacités, celles qui m’ont tant servies dans la rue. Je dois les exploiter dans la légalité à faire des choses positives comme Stalingrad Lovers.

Juste avant le tournage je suis tombée malade, gravement malade, avec un séjour en réanimation de presque 3 mois. Fleur est venue me voir à l’hôpital plusieurs fois par semaine, tout le temps qu’a duré mon hospitalisation. Je pensais qu’elle me remplacerait, parce que les acteurs ne sont pas irremplaçables. Je l’étais pour elle.

Propos recueillis par Sophie Fernandez

Commentaires

Portrait de pascalcoucou

Pour sa sortie, du DVD, Stalingrad Lovers   nous en avons parlé a Anglet.

C'est une tres belle photo, avec ton énergie tu l'assumera bien et en sera  fiere.

                                      Pascal ... .. .

Portrait de alsaco

Portrait de Sophie-seronet

Bonsoir,

Stalingrad lovers sort en salle le 11 décembre. J'ai eu la chance de le voir dans le cadre du festival cinébanlieues lors d'une avant-première en présence de l'équipe du film. Je vous encourage vivement à aller le voir. Et comme Pascal, j'ai rencontré et échangé pendant les UPH à Anglet avec la pétillante Mélissa qui tient un premier rôle dans le film.

A ne pas louper...

Bises. Sophie

Portrait de pascalcoucou

Je mets juste ce mot pour ses dvd qui sont prévus, j'en attend juste la parution, les cinés de mon coin, si des fois à bordeaux, j'irai voir, sinon j'attends le dvd, j'ai une grande patience.

                                                  Pascal ... .. .

Portrait de Tenderness75

Bonjour, je cherche sur le net pour savoir si ce film qui m'intéresse, et dont je viens de regarder les bandes annonces, passe quelque part à Paris actuellement, mais je ne trouve pas ? Sortie en salle le 14 janvier selon Allociné...Je vois en effet que c'est un film à voir, beau scénario, belles images, troublant et vrai.

Qui pourait me rensigner ? Sophie de Séronet ? Ou  qui ? 

Merci beaucoup ! Amicalement !

Portrait de Sylvia R

Bonjour,

Juste pour vous informez que le film Stalingrad Lovers est sorti en salles hier, mercredi 29 janvier 2014, vous pouvez le voir à Paris au Reflet Médicis, voici les prochaines dates avec des projections rencontres en présence de Fleur Albert, la réalisatrice et de l'equipe du film :

  •   - Jeudi 30 janvier à 20h15au Reflet Médicis, Paris
    En présence de Fleur Albert et de Miguel Velasquez de l’association ASUD, (Association d’Auto Support des Usagers de Drogue)
  •   - Lundi 3 février à 20h15 au Reflet Médicis, Paris
    En présence de Fleur Albert et de Joseph Situ de l’association AIDS
  •   - Mercredi 12 février à 20h30 à L’Apollo, Pontault Combault
    En présence de Fleur Albert

  - Jeudi 20 mars à 20h30 au Cinéma Gérard Philipe – La Ferté-Macé
En présence de Fleur Albert


pour plus d'informations : http://www.lacid.org/films-soutenus/stalingrad-lovers




N'hésitez pas à aller demander à votre salle de cinéma la plus proche de passer le film!


Bonne Journée,


Association ACID

Portrait de Tenderness75

Bonjour

et merci beaucoup Sylvia pour ces informations, je connais le groupe ASUD, où plutôt j'ai bien connu, il y a ...Oups années !!!

 dans les bureaux à l'époque rue Rébéval où cette association auto-support éatit accueillie ! 

Bonne journée ! Smile