Ma fille, ma bataille !

Publié par Nina le 29.07.2015
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J’ai 4 enfants, aujourd’hui ils ont 27, 24, 21 et 16 ans...

J’ai contaminé ma fille cadette quand elle est née, je ne savais pas à ce moment là que j’étais séropositive. C’est son père qui m’a contaminée, il se savait malade, sa famille le savait également mais personne ne m’a rien dit. Il est décédé quand notre enfant avait huit mois, sans que je sache de quoi. Quand ma fille a eu un an, je l’ai confiée à ma mère et je suis venue en France pour chercher du travail. J’avais une amie à Lille qui m’a accueillie à mon arrivée.

Quelque temps après, je me suis sentie faible, j’ai été hospitalisé et c’est comme ça que j’ai appris ma séropositivité. J’ai immédiatement été mise sous traitement mais ils n’ont pas daté ma contamination. Comme j’avais été agressée et violée un soir en sortant de mon travail, j’ai pensé que ma contamination venait de là.

Quand ma fille a eu 8 ans, elle est tombée très malade et a sombré dans un coma. On ne savait pas ce qu’elle avait. J’ai appelé ma sœur et je lui ai demandé qu’on lui fasse un test VIH, le temps que je rentre en Equateur. Si je n’en avais pas parlé à ma sœur, personne n’aurait pensé à faire le test qui s’est révélé positif. A ce moment là, je me suis rappelée de mon ex-mari qui était mort brutalement. J’ai expliqué à ma sœur et à ma mère que j’étais séropositive et que j’avais certainement été contaminée par le père de ma fille. J’ai décidé d’aller voir ma belle famille et c’est à ce moment là que j’ai tout de suite compris qu’ils étaient au courant et qu’ils avaient choisi de ne rien dire. Ils étaient choqués de me voir, ils pensaient que moi et ma fille on était mortes !

Je suis restée presque un an aux côtés de ma fille. J’ai demandé un visa pour nous deux pour retourner ensemble en France mais je n’en ai obtenu qu’un seul : le mien. J’ai décidé de revenir en France pour mieux pouvoir subvenir aux besoins de ma famille à distance et parce que tout le temps où je suis restée auprès de ma fille, je n’ai pas eu accès au traitement. J’ai eu beau expliquer qu’en France j’étais traitée et que je ne devais pas l’interrompre, il n’y a rien eu à faire, je ne rentrais pas dans les critères équatoriens de la mise sous traitement.

Quand ma fille a eu 13 ans, j’ai décidé de lui parler du VIH. On s’est réunies, ma mère, ma sœur, ma fille, moi et une psychologue et on lui a expliqué sa maladie et la mienne. Elle savait qu’elle était malade mais elle ne connaissait pas le nom de sa maladie. Je lui ai donné l’espoir et la force. Je l’ai rassurée, je lui ai dit qu’on allait vivre, qu’il fallait prendre bien soin de nous et qu’on aurait une vie normale. Je partage avec elle mon expérience française des groupes de paroles, des week-ends santé, mes connaissances sur la maladie et la prévention. Je m’informe pour elle et je lui explique. Elle est contente pour moi, ça la rend heureuse que cela existe. Elle espère qu’un jour il y aura la même chose en Equateur.

Personne d’autre autour de nous n’est au courant. Je crains la discrimination et le silence est le meilleur moyen de protéger ma fille. Maintenant qu’elle connaît son histoire, elle ne veut rien savoir de la famille de son père parce qu’ils n’ont rien dit et qu’à cause d’eux elle a failli mourir.

Tout ce que je fais, c’est pour ma fille. Encore vivantes toutes les deux !

Commentaires

Portrait de libellule33

ton histoire est touchante et je souhaite que votre chemin vous apporte encore une longue vie.

J'ai un peu honte car pour ma part contaminée en 94 j'ai pris un an et demi de traitement lorsque je suis tombée enceinte puis j'ai refusé de me soigner car un certain toubib suisse me le déconseillé. j'ai suivi ses idées et en 2011 je suis tombée comme une feuille désséchée !! (c'est l'image qui me vient à l'instant) donc pour en revenir à ton parcours j'ai honte d'avoir refusé les traitements alors que ta petite en aurait besoin ! ton récit servira je l'espère à nous tous ! il fait réflechir !! merci à vous deux et plein d'affection de la part de libé !

Portrait de Moïra

Ma maman a appris sa séropositivité pendant mon échographie. C'est mon père qui lui a transmis et qui me l'a transmis aussi. Il est décédé une semaine après ma naissance. Merci pour ton témoignage. Il m'a beaucoup touchée.