Même avec mes peurs et mes doutes, je me préfère aujourd'hui.

Publié par Isabelle le 15.07.2008
1 550 lectures

J'ai appris que j'étais séropo en 1987. J'ai demandé combien de temps il me restait. On m'a répondu : "Trois ans maximum !"

illust3.jpg

"Trois ans maximum !" C'était clair. A l'époque, j'étais un garçon manqué et plus costaude qu'aujourd'hui. J'étais de toutes les bagarres. Je tapais et je discutais ensuite. En 1994, c'est la tuberculose qui est venue frapper à ma porte. Elle m'a vraiment mise KO ! Je me suis retrouvée en fauteuil roulant avec une coupe militaire pour cacher que je perdais tous mes cheveux. J'ai dû apprendre à communiquer avec des mots plutôt qu'avec mes poings. Ce n'était pas évident au début. Tous ces mois de galère m'ont permis de faire le point sur ma vie, de me remettre en question. Et puis, j'ai commencé à écrire, à dessiner, à peindre. Je m'évadais ainsi, coincée dans mon lit d'hôpital. Je me suis rendu compte que j'avais en moi des choses que j'ignorais. Je me suis mise à regarder la nature, à prendre mon temps. Regarder, c'est bien, mais regarder et voir, c'est mieux. J'ai aussi appris ce que signifiait le terme effets indésirables. Pour moi, c'était hépatite médicamenteuse, neuropathies, myopathie toxique. Et bien, ce n'est pas génial ! Après quelques années, je me suis aperçue que cette maladie m'avait changée. Maintenant, je suis plus à l'écoute de l'autre, même s'il n'y a pas de parole, ou de dialogue, même devant un silence.
Je m'arrête désormais devant cette petite fleur qui a dû mettre toutes ses forces et son courage pour réussir à percer le macadam.


La maladie m'a beaucoup apporté. J'ai appris à me connaître avec elle. J'ai eu 37 ans cette année et je suis toujours là. J'ai encore du mal à me projeter dans l'avenir et sur le désir d'enfant, ce sont mes larmes qui vous répondront.


Je trouve que c'est plus facile d'aller vers la mort que d'avancer dans la vie, mais je ne serais pas celle que je suis devenue sans cette maladie. Et franchement, même avec mes peurs et mes doutes, je me préfère aujourd'hui.


Le témoignage d'Isabelle a été présenté lors des Universités des Personnes en Traitement (rassemblement de personnes séropositives) organisés à Saint-Dié des Vosges en 2007 par la délégation régionale Grand Est de AIDES.

Commentaires

Portrait de Anonyme

Isabelle ton témoignage m'a donné du bonheur pleins les yeux et des couleur dans le cœur. Tu donnes une vraie leçon à la vie à travers tes mots je devine ta force de vivre. Être à l'écoute du silence c'est entendre cette voix intérieur qui me dit " la petite fleur en a bavé pour voir la vie suit la" D'avoir mise toutes ses forces, c'est que qui la rend plus grande et plus forte que toutes les autres. Merci pour ton témoignage