Monkeypox : Louis témoigne

Publié par Louis le 05.07.2022
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Louis est un homme gay et séropositif français, expatrié en Allemagne. Il fait partie des premières personnes diagnostiquées avec le virus du Monkeypox dans ce pays.

Dans quelles circonstances avez-vous découvert que vous aviez contracté le Monkeypox et quels ont été vos symptômes ?

Louis : J’ai eu un rapport sexuel avec un partenaire occasionnel un week-end en mai et, 36 heures après j’ai constaté que la peau de ma verge avait triplé de volume. C’était gros comme une canette de soda ! Par la suite, j’ai repéré une plaie sur ma verge, un peu purulente. J’ai consulté mon médecin le mardi qui a suivi et il a d’abord pensé à de l’herpès génital. J’ai fait un check-up IST classique avec prélèvements gorge, verge, rectal et prise de sang. Les jours suivants, ma verge a dégonflé, mais j’ai commencé à avoir des boutons sur le visage. Je me suis dit en rigolant que ça ressemblait étrangement au Monkeypox. Ensuite, j’ai commencé à ressentir une grosse fatigue. Le dimanche, ça n’allait pas du tout ; j’ai eu de la fièvre et des symptômes grippaux. J’ai revu mon médecin le mardi suivant, une semaine après mon premier rendez-vous : tous mes résultats IST étaient négatifs. Quand le médecin a vu mes boutons, il m’a annoncé une forte suspicion d’infection au Monkeypox. Le médecin a fait des prélèvements avec un coton tige sur mes boutons ainsi qu’un PCR dans la bouche et une prise de sang. Les prélèvements ont été envoyés dans un centre épidémiologique pour être analysés et le médecin m’a dit qu’il fallait que je m’isole 21 jours. En rentrant chez moi, j’ai eu une grosse poussée de fièvre puis 40 de fièvre pendant deux jours. J’avais aussi les ganglions dans le cou très gonflés et les boutons qui continuaient à gonfler. Le mercredi soir, mon médecin m’a confirmé le diagnostic de Monkeypox.

Comment s’est passée la période d’isolement, avez-vous été accompagné ?

Le jeudi matin, les services de santé m’ont appelé pour demander comment j’allais et me poser des questions afin, notamment, de retracer mes cas contacts et mes partenaires sexuels récents. De mon côté, j’avais déjà prévenu tous mes partenaires récents et j’avais cessé toute activité sexuelle dès que les premiers symptômes sont survenus. On ne m’a prescrit aucun traitement, il fallait juste attendre que ça passe. J’avais le droit de sortir faire des courses, mais il fallait que je porte des gants en cas de boutons sur les mains. En réalité, avec les boutons énormes que j’avais sur le visage je ne suis pas sorti de chez moi pendant douze jours et je sortais les poubelles à minuit pour être sûr que personne ne me voie ! Heureusement, je suis bien entouré et tous les deux jours, j’avais des amis qui se relayaient pour m’apporter des courses et on parlait un peu sur le palier en gardant une distance. Au niveau de mon travail, ma responsable était informée et elle m’a soutenu. J’étais en arrêt les premiers jours puis je suis resté en télétravail mais j’ai dû éteindre ma caméra pour les réunions en visio !

Le Monkeypox concerne en grande majorité des hommes gays et bisexuels multipartenaires. Avez-vous ressenti un jugement sur vos pratiques ou votre orientation sexuelle ?

Pas vraiment car la plupart de mes amis sont sous Prep et ils savent tous que je suis séropo. On parle facilement de sexualité entre nous. J’ai aussi la chance d’être suivi dans un cabinet de santé qui est spécialisé dans le suivi VIH et en santé sexuelle LGBT donc je n’ai pas subi de jugement de la part de mes soignants. Le plus compliqué a été d’en parler à mes parents, j’ai attendu trois bonnes semaines.

Est-ce que votre statut sérologique a généré une angoisse ou des questionnements particuliers ?

Je suis bien suivi pour le VIH avec des CD4 élevés et une charge virale indétectable depuis des années. Je n’ai donc pas eu d’inquiétude particulière concernant le Monkeypox et encore une fois j’étais dans un environnement médical super safe. Je fais des check-up IST tous les trois mois et quand je contracte une IST, elle est traitée dans la semaine et on n'en parle plus. Mes conseils : si vous avez une sexualité multi partenaires, c’est de vérifier si vous avez des symptômes [fièvre, ganglions gonflés, boutons sur la zone génitale, ndlr], ne pas hésiter à consulter un médecin en cas de doute et prévenir vos partenaires sexuels. Enfin, si un de vos amis contracte le Monkeypox et doit s’isoler, soyez sympa, allez lui faire des courses !

 

Le 27 mai dernier, le journaliste médico-scientifique, Marc Gozlan, publie un billet érudit sur le Monkeypox sur son blog : Réalités biomédicales, sur le site du Monde. Il y rappelle que le « virus du Monkeypox est un orthopoxvirus dont le génome est composé d’ADN. Il est génétiquement proche du virus de la vaccine [variole de la vache et du cheval dont le virus, proche de celui de la variole, fournit un vaccin qui permet d'immuniser l’être humain contre cette dernière, ndlr] et, à un moindre degré, du virus de la variole ». « Il existe deux groupes génomiques distincts dont le pouvoir pathogène est différent. Une souche est présente en Afrique de l’Ouest, tandis que l’autre, beaucoup plus agressive pour l’homme, circule dans le centre de l’Afrique (Nigeria). Cette souche dite « du bassin du Congo » est associée à des formes cliniques plus sévères et a une létalité de 10 % », explique-t-il. Côté transmission interhumaine, elle « se produit principalement via des gouttelettes respiratoires et nécessite en général un contact face-à-face. Elle peut également résulter de contacts étroits avec les lésions cutanées d’un sujet infecté, voire par des objets (drap, serviettes de toilette, vêtement, surfaces) récemment contaminés par les lésions d’un patient infecté ».

 

Propos recueillis par Fred Lebreton

Commentaires

Portrait de bonheur9

Bonjour Louis , j'aimerais avoir comment se passe  le suivi VIH en ALLEMAGNE et comment ils délivrent le traitement dans les centres  de santé  LGBT ? car je veux faire une formation en Allemagne  et travaillé ensuite  et je cherche aussi des hôtels gays pour faire valet de chambre pour  me permettre d habité Cologne ou Berlin  donc je lance une annonce  pour les Français gays qui habitent Berlin ou Cologne  ou des patrons Français  ou si vous avez des connaissances là bas  pour me coopté  Merci à vous tous  les amis