L'amour est l’essence de ma vie

Publié par Natalie le 24.01.2013
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Chaque être est unique. Chaque amour l’est aussi. Le combat continue.

"Aujourd’hui, j’ai 41 ans. Ma vie de femme a commencé à 14 ans. J’ai quitté ma famille (deux sœurs et deux frères qui sont mes ainés de 20 ans) pour Paris. J’y ai suivi un homme, Fabrice, de six ans plus âgé que moi. Il a été mon premier amant, premier mari et premier "père".

En obligeant, ma mère à me mettre sous la tutelle de Fabrice, cela a été la porte ouverte enfin à ma vie.

J’ai fait l’école hôtelière. A 17 ans, j’étais chef de rang dans de grands établissements parisiens. A 19 ans, j’étais maître d’hôtel. Nous avions des rêves en commun : avoir des enfants et un hôtel restaurant. Nous avons donc pris la décision de partir en saisons hôtelières pour gagner un maximum d’argent. Mais le destin prend des chemins parfois tortueux. Pour ma part, j’étais heureuse, innocente, insouciante : ce que je croyais être la vie ! Mais j’ai découvert qu’il avait une deuxième maison avec une femme de vingt ans plus âgée que nous, qui était, soit disant, ma meilleure amie. Il ne faisait pas qu’avoir des rapports sexuels avec elle, il lui payait ses factures et l’aimait. Lorsque j’ai tout découvert, j’ai explosé d’être trahie, bafouée, humiliée parce que son "kif", c’était de nous avoir toutes les deux…

Pas imaginable dans ma tête, je me suis barrée avec une valise aussi grande que moi dans les rues de Paris. J’avais 19 ans, j’étais perdue et sans domicile, car la saison hôtelière était finie.

La police m’a arrêtée, croyant que je voulais me suicider, car je regardais la Seine penchée sur les quais. J’ai vécu dans un hôtel à la Gare de l’Est pendant un an dans une chambre de bonne de 9 m² et au sixième étage… avec douche et WC sur le palier. J’ai découvert, un mois après notre rupture, que j’étais enceinte de trois mois et demi. Mais ce n’était que le début d’un choc psychologique et physique car la sensation d’abandon m’a fait perdre tous mes repères. La douleur et la peine m’ont fait perdre mon fils que j’avais déjà appelé Mickaël à cinq mois et demi de grossesse. 

Un homme marié, avocat, me faisait "la cour". Et moi, j’essayais de comprendre pourquoi les hommes prenaient des maîtresses… Je voyais aussi un psychologue car c’était marginal de vivre cela à 19 ans ! Et puis j’ai décidé de flirter et d’avoir des rapports sexuels avec cet homme marié. Je ne suis allée qu’à deux rendez-vous. Besoin de comprendre et d’avancer. En 1990, j’ai quitté Paris pour revenir au soleil, près de la mer et aussi de ma famille. Ma fierté et mon honneur, c’est que je n’ai rien demandé, ni rien reçu d’eux. J’ai pris un appart, un boulot et puis le destin a mis sur mon chemin Filou. Le même âge, une ressemblance troublante entre nous, une passion, un amour brulant. Il avait eu beaucoup d’aventures, avait sniffé de la cocaïne, fumé des pétards et il était très mince.

"Le sida ne passera pas par moi". Slogan informant que les hétéros sont touchés par ce virus. On part faire un test dans un CIDAG de Marseille, rue Saint-Adrien ; une semaine après, on revient. Il passe en premier et ressort sourire aux lèvres : "J’ai rien !". J’entre persuadée que pour moi ça sera pareil. Le médecin me dit : "Il y a un problème dans vos analyses".

Moi : "Merde, mon diabète est revenu"… j’avais demandé de faire cette analyse en plus.

Le médecin : "Non, vous êtes porteuse du sida !"

Moi : "C’est impossible. Mon compagnon n’a rien. Je n’ai eu que deux hommes dans ma courte vie. J’ai 20 ans et je suis en bonne santé. Vous vous êtes trompé de tube ! Recommencez ce test ! C’est pas moi !"

Il s’exécute. Je sors. Je ne dis rien pendant une semaine. En face un immeuble en construction, on pose nos mains en faisant le souhait que l’avenir s’ouvrera à nous et que nous aurons des enfants. Une semaine plus tard, je reviens seule chercher les résultats : POSITIF !
Le médecin me répète : "Vous êtes porteuse du sida".

Je pars à mon travail comme un robot. Le ciel me tombe sur la tête. Le sol s’ouvre sous mes pieds. Je veux mourir maintenant ! Je pars dans une crise d’hystérie, mais je rentre chez moi retrouver mon Filou. Je lui dis tout. il me dit que l’amour est plus fort que tout, que je ne vais pas mourir, qu’il m’aime, qu’il veut se marier et me faire des enfants.
Pour moi, c’est le choc, je ne veux que MOURIR ! C’est grâce à lui aujourd’hui que je vous parle car cet homme m’a emmenée à l’hôpital Sainte Marguerite, au CISIH à Marseille. Il m’a nourrie, m’a donnée mon AZT toutes les 4 heures, m’a lavée, habillée, maquillée pendant un an, mais surtout il m’a aimée. Les médecins du CISIH nous interdisaient plein de choses, mais surtout de faire un enfant.

Pendant quatre ans, on s’est aimés, battus, mais le VIH est vicieux ; mon bilan s’est effondré et là je croyais mourir. J’ai dit à Filou que je ne l’aimais plus, croyant qu’il continuerait sa vie sans moi et surtout qu’il ne me verrait pas mourir. Mais le destin est cruel et lui n’a pas supporté que je le quitte. Il s’est suicidé après notre rupture, la veille de la Saint Valentin. Sa mort a été aussi un peu la mienne. DIEU m’a envoyé un médecin et un hôpital (Saint-Joseph) et tout a changé. L’arrivée de nouvelles thérapies (bi et tri…). Le bilan plus complet, une équipe avec laquelle je suis toujours 17 ans après ; des liens plus fort que des liens de soins se sont créés. Mon médecin m’a toujours informée que 2 % d’enfants naissaient séropositifs mais je ne voulais pas d’enfants toute seule. J’ai été éduquée par mes frères et sœurs et non par mes parents. Je ne voulais pas reproduire ce schéma et puis il y avait la peur de contaminer mon enfant. Les paroles dites par mes médecins précédents m’ont bloquée.

Il y a deux ans, moi qui ne croyais plus à l’amour, qui ne pensais plus qu’un homme m’aimerait et que j’aimerais, avec qui je partagerais ma vie, j’ai eu un bel imprévu : mon amour Eric, intelligent, gentil, humain, attentionné et tolérant. Je lui ai dit dans la semaine de notre rencontre avant de vrais rapports intimes (même si on s’était câlinés) me sachant avec une charge virale indétectable et pas contaminante (rapport Hirschel). Je lui ai laissé le choix d’accepter ou pas. Il a dit oui, en posant des questions sur moi et sur le VIH. Tous les deux, nous n’avons pas voulu d’enfants. Aussi parce que la peur pour moi de contaminer mon enfant aurait été inacceptable. Il y a un an, des aménorrhées plus une endométriose sévère, plus un papillomavirus, associés à des douleurs pré ménopause m’ont décidée à faire une hystérectomie totale.

Alors voilà, c’est mon destin. Il y aura toujours un vide en moi.

Alors tout l’amour que j’ai, je le donne et Dieu a fait que des étrangers sont devenus ma famille. Car vous qui vivez sur le même bateau, sur la même planète que moi, je vous aime.

Toi Eric, amour de ma vie, tu es le meilleur médicament et mon avenir.

Commentaires

Portrait de lionail

merci pour ton partage! ;-)

Portrait de patch

triste ,mais aussi tres belle histoire d amour nathalie ,c cool ,je te souhaite encore plein 2 bonheur et d amour.