Plus tôt on le dit, plus facile c’est

Publié par Christian le 28.07.2008
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Christian habite dans un petit village du Tarn et Garonne, pas très loin de Toulouse. Il a découvert sa séropositivité en 2001 et milite contre le VIH/sida depuis des années. Il préside AIDES Toulouse depuis mars 2007.
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J'étais tombé très amoureux d'un garçon avec lequel tout se passait très bien. Nous avions décidé de passer chacun un test avant d'abandonner le préservatif. Son résultat est revenu négatif, pas le mien. Il m'a laissé tomber de suite, on se connaissait depuis plusieurs mois. C'est comme ça que j'ai découvert ma séropositivité. Cela m'a fait mal d'imaginer que si c'était cela à chaque fois, j'allais faire le vide autour de moi. Pourtant, je devais en parler, le dire parce que la séropositivité devenait, par la force des choses, une part importante de ma vie. Au début, les choses ont été chaotiques. J'ai arrêté de manger normalement. J'ai perdu une vingtaine de kilos, moi qui ne suis déjà pas épais, en quelques semaines. Je ne mangeais plus et le peu que je mangeais, je le vomissais. J'ai parlé de ma séropositivité à une cousine très proche. Elle m'a dit qu'elle serait toujours là pour moi. Mais cela n'a pas suffi, je me suis renfermé. J'ai dégringolé et fait une tentative de suicide. A mon réveil à l'hôpital, mon père était au pied de mon lit. Deux semaines auparavant, je lui avais dit que j'étais séropositif. Il m'avait juste répondu : "Mais où as-tu été traîné ?" Cela ne m'a pas empêché par la suite de le dire à d'autres membres de ma famille notamment à ma grand-mère dont j'ai toujours été très proche. Cela a été la douche froide pour elle mais cela nous a aussi rapprochés.

J'ai rencontré mon premier ami lorsque j'avais 16 ans. Il était majeur. L'année de mes 18 ans, il a été hospitalisé. C'est là que nous avons découvert qu'il était séropositif. J'ai eu incroyablement peur mais je suis resté avec lui. Lui s'est suicidé. J'ai vécu ce drame seul. Je me suis battu seul. Je suis tombé seul et je me suis relevé seul. Je lui en ai voulu de ne pas s'être battu, de ne pas m'avoir fait confiance, d'avoir cru que j'allais l'abandonner. C'est pour cela aussi que j'ai voulu en parler à ceux qui me sont proches parce que je ne me voyais pas leur cacher cela. Et puis, cela avait aussi valeur de test pour savoir sur qui je pouvais compter ou non. Je n'ai pas de regrets d'en avoir parlé. Quand cela s'est mal passé, cela voulait dire qu'au fond, les gens n'en valaient pas la peine. Je suis d'autant plus intransigeant à leur égard aujourd'hui que moi, à 18 ans, dans un contexte autrement plus difficile (c'était avant 1996, les trithérapies), je n'ai pas rejeté mon ami alors que j'étais jeune, paniqué, pas informé...

Lorsque mon patron m'a proposé de ne plus être intérimaire mais de m'embaucher, j'ai souhaité lui dire que j'étais séropositif. Il n'y avait pas d'obligation mais j'ai anticipé sur d'éventuels problèmes, des rumeurs. Le fait que sa femme et sa fille travaillent comme infirmières m'a aussi fait penser qu'il comprendrait mieux. Cela a été le cas. Cela ne lui a posé aucun problème. Il m'a juste demandé si je me faisais suivre et de faire attention à moi comme à mes collègues parce que je travaille dans un métier manuel où les blessures sont fréquentes. Je n'en ai pas parlé à mes collègues. J'ai toujours appréhendé de le dire parce que j'ai bien conscience qu'une relation amoureuse, familiale ou professionnelle peut être abîmée voire détruite par une telle nouvelle. C'est vrai qu'il y a un risque mais je pense préférable de le prendre. Je fais cela au feeling. Cela reste difficile surtout dans une relation sentimentale mais j'ai constaté que plus tôt on le dit, plus facile c'est.