Si ce n’est pas nous, c’est qui ? (1)

Publié par Rédacteur-seronet le 08.03.2018
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C’est en 1977 que les Nations Unies ont officialisé la Journée internationale des droits des femmes, comme un héritage des luttes des ouvrières et des suffragettes du début du 20e siècle. Les revendications concernaient les conditions de travail, les salaires, le droit de vote tout spécialement. Celles d’aujourd’hui portent sur les mêmes sujets… Bien sûr, il y a eu des avancées, mais beaucoup reste à faire, à gagner, à accomplir. Le 8 mars, des manifestations sont organisées dans le monde entier. Elles sont l’occasion de dresser un bilan de la situation des femmes, tous domaines confondus ; l’occasion aussi de défendre l’égalité entre les femmes et les hommes qui n’est pas toujours acquise ; l’occasion de montrer la singularité des femmes dans tous les domaines où elles s’investissent, travaillent, militent. Cette année, des femmes de AIDES prennent la parole pour raconter leur engagement dans la lutte contre le VIH et les hépatites virales, expliquer les actions qu’elles y mènent et faire des propositions pour renforcer la place des femmes.

Aïcha Camara, militante, Lille

C’est une très belle initiative que de donner la parole aux femmes militantes de AIDES pour évoquer leur parcours, leurs visions, leurs motivations… On agit ainsi sur un levier qui fait évoluer notre condition au sein de AIDES. J’ai connu l’association en 2010 à Lille, grâce à des événements que je ne sais pas tellement expliquer. Certains diraient que c’est le hasard… seulement ; d’autres comme moi ne croient pas vraiment au hasard. Tout ce que je peux vous dire pour faire court, c’est qu’un de mes meilleurs amis a été le lien entre AIDES et moi. Je suis volontaire depuis 2011. Au début, c’était assez flou. Je n’arrivais pas à comprendre ce que je faisais là. Mais je n’ai pas mis longtemps, à force de fréquenter les militant-e-s de Lille, à comprendre que c’était comme un don de soi…"un don de soi" pour moi et pour les autres. C’est très excitant car, il y a comme un mouvement permanent de va-et-vient qui se fait ; j’agis avec les personnes, quelque chose en moi s’élargit, se développe… et finit par toucher d’autres personnes.

Aujourd’hui, les actions que je mène concernent pour la plupart, le renforcement des savoirs, savoir-être et savoir-faire des militant-e-s. Il arrive que le réseau me sollicite pour animer des temps de rencontre comme "Femmes en action". Toutes les actions qui sont menées, quelles qu’elles soient, contribuent à l’atteinte de l’objectif de AIDES, qui est d’éradiquer les épidémies. Néanmoins, la fin des épidémies ne peut se faire sans la participation et l’implication des femmes de l’association. Les personnes qui ont mis sur pied "Femmes en action" l’avaient bien compris. Aux territoires de se saisir de cette dynamique, et de la faire vivre localement en l’adaptant bien sûr à leurs réalités, à leurs besoins et à leurs moyens. Je crois que pour améliorer la place de la femme dans l’association, il faut à la fois un engagement fort et continu auprès de ces femmes de "AIDES qui descend" et une activité construite à partir du terrain avec les militantes elles-mêmes. La mobilisation des femmes dans les territoires est primordiale. Elle ne consiste pas seulement à mobiliser de nouvelles femmes dans AIDES (même si ça en fait partie), elle concerne avant tout les femmes qui ont passé du temps à mener des combats dans AIDES et qui sont contraintes à un moment donné de limiter leur investissement ou d’arrêter de militer parce qu’elles sont confrontées à des obstacles de toute nature. Travaillons sur ces freins qui font que les femmes rencontrent des difficultés à militer pour les re-mobiliser. Je pense notamment aux femmes mères… qui élèvent seules leurs enfants, mais aussi aux futures mères. Elles sont militantes, elles donnent d’elles-mêmes. Quel est le soutien que nous leurs apportons ? Des freins existent, et aujourd’hui ces freins sont spécifiques aux femmes. 
Merci aux militantes qui ont fait naitre "Femmes en action". On en est là aujourd’hui, et cela m’intéresse. XO".

Catherine Aumond, militante, Chartres

"Je suis entrée à AIDES pour lutter contre les discriminations. La première fois que j’ai été émue par l’histoire d’une personne vivant avec le VIH, c’était celle d’une femme contaminée par son mari consommateur de produits. Elle se battait pour avoir le droit d’avoir des enfants sans jugement de la part de ses proches, mais aussi des soignants à une époque où la trithérapie n’existait pas encore. Vingt-trois ans plus tard les discriminations existent toujours et continuent d’alimenter mes motivations. Mais au-delà des thèmes des luttes menées par AIDES, j’ai aussi été séduite par les méthodes de travail.

En effet, la démarche de santé communautaire que j’ai découverte à AIDES me semble primordiale car elle est porteuse de vrais changements en termes de réponses aux besoins des personnes. Aujourd’hui, je mène plusieurs combats dont ceux de faire reconnaitre les spécificités féminines dans le VIH, de faire reculer les vulnérabilités dont les cumuls constituent le lit des épidémies féminines actuelles. Les femmes ont toujours été présentes dans AIDES. Si elles ont occupé des places de mère, sœur, compagne, cousine, elles prennent aujourd’hui leur place de femme vivant avec les virus ou exposées aux risques de transmission. Toutes ensembles nous trouveront les réponses à ces épidémies.

Joanna Zeludkiewicz, militante, Toulon

Lutter contre les discriminations. Pour que chacun et chacune ait le même accès aux droits. Que chacun et chacune puisse vivre sa vie dans la sécurité, sans discriminations, comme la personne le souhaite selon ses choix. AIDES, c'est un espace où l'on peut crier encore plus fort pour les droits de santé, de soins, de bien-être, d'égalité pour tous et toutes qu’'importe le genre, les origines, le statut socio-économique, l'orientation sexuelle, les comportements... et où l'on rencontre les autres dans la même lutte, grâce à quoi on peut crier encore plus fort. Je suis principalement engagée pour l'accès à l'information sur la santé sexuelle et reproductive, aux soins et aux droits de santé des femmes migrantes travailleuses du sexe. Mais aussi l'accueil sans jugement, l'écoute et l'accompagnement adapté à la personne, que l'on offre pendant nos permanences sur place et nos actions de rue aux femmes consommatrices des produits, femmes trans, femmes séropositives, femmes lesbiennes.

Que faut-il faire pour améliorer la place des femmes dans AIDES ? Montrer aux autres femmes que c'est possible d'agir, de changer, de se battre pour notre cause. Mobiliser plus les femmes, aussi pour faire des formations, pour participer aux conseils, aux élections. C'est aussi motiver nos collègues hommes pour qu'ils se battent avec nous, que la cause Femmes les concerne aussi. Prendre en compte les besoins spécifiques des femmes et les facteurs spécifiques de vulnérabilité (inégalités de genre, violences, particularités biologiques par exemple pour la Prep). Organiser plus d'actions de mobilisation et de formation et de plaidoyer (aussi les études) autour des femmes.

Audrey Benazet, militante, Paris

AIDES est une association française de lutte contre le VIH, mais aussi contre l’homophobie et les hépatites. Je suis homosexuelle, ma vie et mon entourage sont concernés. Je souhaite donner mon aide le plus possible. Le combat que je mène est la prévention contre le VIH et les hépatites, mais aussi sur les produits consommés. Je voudrais créer un projet concernant la prévention et la consommation de produits entre femmes. Même si le pourcentage de risque est plus faible chez les femmes, il y a toujours un risque. Et je pense que les femmes ne sont pas assez au courant. La place des femmes dans AIDES... il faudrait déjà mettre en avant les femmes dans la société, sur un même pied d'égalité que les hommes. Et ensuite mettre en avant les actions menées par des femmes. Montrer aux autres que les femmes peuvent faire des actions, des choses plus intéressantes. Faire savoir que les femmes ont une place importante, qu’elles sont indispensables dans notre vie de tous les jours.

Camille Spire, militante, Paris

Je suis d’une génération qui n’a pas connu un monde sans VIH. Le sexe sans crainte — même minime, au fond de la tête — je n’ai pas connu. Même de loin, je m’apercevais que toutes les populations n’étaient pas touchées de la même manière, que les populations les plus exclues, les plus stigmatisées étaient les plus concernées. C’est donc un sujet qui me titillait… Et je souhaitais m’investir dans le monde associatif. J’ai eu la chance de connaître des militants qui m’ont fait découvrir AIDES, sans même le vouloir, et j’ai poussé la porte. J’ai découvert la démarche communautaire, l’empowerment, la transformation sociale. Militer est dans mon ADN, la Politique fait partie de moi, l’Indignation me fait avancer. J’ai trouvé tout cela à AIDES — bien plus que dans n’importe quel parti politique —, au travers des actions qui m’ont rapidement permis de me sentir appartenir à un mouvement social. Je suis particulièrement engagée sur les thématiques de réduction des risques envers les consommateurs de produits psychoactifs, du chemsex, et de la prison. Ces combats sont transversaux ; les femmes sont concernées. Cependant, elles ne sont pas toujours prises en compte. C’est pourquoi il me semble d’autant plus important pour moi de rester engagée sur les thématiques qui me tiennent à cœur, et d’avoir un regard critique sur la considération des femmes en leur sein. Tout d’abord, je pense qu’il faut tout simplement discuter de la place de femmes dans AIDES en interne, affirmer que c’est un sujet qui nous questionne. Rien que ça… ce n’est pas une évidence. J’ai entendu un militant lors d’une réunion, alors qu’on évoquait la possibilité de créer un événement sur la place des femmes dans AIDES, se demander quel était le sujet/ le problème qui sous-tendait cet événement. Nous, les femmes présentes à cette réunion, nous sommes regardées et avons déclaré : "Eh bien, c’est justement ça le problème". Il est nécessaire de faire entendre notre besoin, notre envie de prendre toute notre place dans AIDES, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui.

Il faut ensuite assurer la visibilité des femmes dans toutes les actions, les recherches, les plaidoyers, les communications… Montrer que nous sommes là !
Il est également nécessaire de sortir des clichés et représentations sur les femmes, même au sein de AIDES… Les femmes ne sont pas une entité monolithique et nous ne pouvons rentrer dans une case unique. Oui, nous aussi nous baisons, nous consommons des produits, nous faisons la fête ! Des campagnes, des témoignages peuvent participer à ces changements de mentalité.
Je pense que des ateliers de renforcement de capacités seraient utiles pour permettre aux femmes de se sentir plus en confiance dans des actions, des réunions, des prises de parole ou leur permettre de prétendre à des places d’élu-e-s. Je crois que les actions destinées à renforcer la place des femmes dans AIDES ne peuvent qu’être bénéfiques à toutes les communautés qui forment AIDES. Je crois à la convergence des luttes, et aux bénéfices que AIDES peut tirer d’une démarche telle que celle-ci, qui nous permet de nous re-questionner, de nous transformer et de là, de transformer la société.

Stéphane Giganon, militante, Pantin

"Pourquoi ai-je voulu militer dans AIDES ? Parce qu'il y 20 ans j'avais quelques choses à dire aux femmes et hommes séropositifs qui avaient un désir d'enfant. Je voulais enlever les barrières, contrer les discours négatifs sur cette question et être à l'écoute de ceux et celles qui avaient un peu peur, ceux et celles qui se laissaient influencer par les discours dominants. J'avais envie de défendre le droit de choisir, j'avais la rage et je me suis engagée au départ pour cette raison, ensuite ce combat s'est élargi car il y avait beaucoup plus à défendre en matière de choix de vie. Quels combats, j’y mène ? C'est difficile aujourd'hui d'utiliser encore ce terme un peu guerrier : mener des combats, mais tellement vrai.

Alors, je dirais : celui de défendre la place de chacun-e dans une société normative. J'ai toujours aimé cette phrase qui dit : "Si ce n'est pas nous, c'est qui ? Et si ce n'est pas maintenant, c'est quand ?" Alors le droit à la santé, dans toutes ces dimensions, santé décrite plutôt comme le bien-être ; si je dois choisir : je dirais la place des femmes séropositives. Que faire pour pour améliorer la place des femmes dans AIDES ? Renforcer notre capacité à prendre cette place. Le pouvoir de choisir pour ma santé, je dois le prendre car personne ne me le donnera. Alors il faut continuer à se rassembler, continuer à documenter nos situations. L’épidémie à VIH chez les femmes est bien réelle et la vulnérabilité encore trop importante.

Suzanne Kouamo, militante, Agen

"Camerounaise d'origine, je suis entrée à AIDES pour mieux porter les valeurs de celle-ci, notamment la lutte contre le VIH et les hépatites. Ayant été, moi-même, porteuse d'une hépatite C, j’ai vécu une horrible discrimination avant et pendant le traitement contre le VHC. J’ai voulu apporter ma modeste contribution pour éviter cette discrimination à toutes les personnes atteintes de ces maladies graves. Dans l’association, je suis engagée dans l’éradication du VIH et des hépatites virales, la conscientisation des personnes porteuses ou non de ces maladies dans le milieu des migrant-e-s. Je veux enlever l’idée qu’ont dans la tête certaines personnes migrantes que AIDES ne leur appartiendrait pas.

Pour moi, tout le monde peut y militer. Les postes politiques au sein de l’association peuvent être occupés par toutes et tous sans distinction de sexe ou de couleur. Je suis engagée pour que les femmes migrantes militent dans AIDES, qu’elles y briguent les postes politiques pour porter leurs problèmes spécifiques ; pour rappeler que les femmes migrantes ont toujours porté la lutte contre le VIH dans AIDES et qu’elles doivent continuer à le faire. Pour améliorer la place des femmes dans notre association, il faut que le travail abattu par les femmes soit reconnu et cela dès le lieu de mobilisation, mieux accepter les personnes avec leurs différences, notamment les femmes, montrer à l’occasion de nos événements un film qui parle de notre engagement dans toutes les composantes de notre association du lieu de mobilisation au conseil d’administration. Il faut, enfin, raviver la mémoire des grandes femmes qui ont combattu au sein de AIDES.

Nicolet Nkouka, militante, Paris

L'aventure AIDES, je dirais que c’est tout un programme. Si je milite aujourd'hui à l'association, ce n'est pas vraiment un hasard. J'ai toujours souhaité, un jour, travailler dans le milieu associatif ou social, car j'avais besoin d'apporter, soutenir et aider les personnes en difficulté ou qui ont tout simplement besoin d'une écoute, de contacts humains réels et de me confronter au terrain, à la réalité de la vie, aussi dure ou sombre qu'elle puisse être. Ce sont pour moi de vraies leçons de vie. L'opportunité d'intégrer AIDES est arrivée au cours d'une conversation avec une personne de mon entourage qui connaissait l'association et m'a fait savoir qu'ils recrutaient. A cette époque, je postulais à la fonction d'animatrice d'actions migrantes et c’était une création de poste. Encore mieux, le profil recherché me correspondait parfaitement car le poste était destiné en priorité à un public d'origine africaine. Je me suis dit : "Waouh ! Je dois me lancer. Je rentre tout à fait dans les critères, et le travail a l’air intéressant". J'ai foncé, envoyé mon CV et ma lettre de motivation.

J'ai un parcours assez diversifié et plutôt enrichissant car j'ai exercé différents postes et eu des missions variées. Dans AIDES, je suis constamment en contact avec le public et les partenaires ou dans la recherche de nouveaux partenaires potentiels, de nouvelles actions ou d’outils pertinents en lien avec nos objectifs. Avec le nouveau poste que j'occupe, je suis toujours sur le terrain, mais d'une manière différente. Je contribue au maintien d'actions d'accompagnement en santé sexuelle existantes et à en créer de nouvelles, afin de permettre au public en situation de précarité ou plus vulnérable d'accéder plus facilement, voire plus rapidement, à des consultations de professionnel-le-s de santé. Enfin, il y a les autres volets autour des accompagnements ou des suivis des démarches administratives des personnes sans titres de séjour, les animations d'ateliers dans et hors AIDES. Je soutiens, dès que l'occasion m'est donnée, la lutte contre l'excision ou encore les pratiques d'hygiène intime dans certaines ethnies, qui contribuent malheureusement à accentuer les risques d'infections du fait de la fragilisation des parties génitales.
Les actions que je mène auprès des femmes sont principalement liées à l’animation de groupes femmes dans AIDES et dans les structures accueillant ce public. Il y a  également la participation à des événements tels que la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes… La question de la place des femmes dans AIDES est un débat qui perdure, mais que l'on doit aborder franchement et face auquel on doit adopter les stratégies les plus pertinentes. Les femmes dans AIDES ne sont pas assez présentes et représentées. Les espaces laissés pour la réalisation et l’organisation de week-ends de ressourcements par exemple, ne sont pas assez fréquents et valorisés. Les problématiques posées ne sont pas ou peu prises en compte, ce qui ne favorise pas du tout la mobilisation des femmes.

Sophie Fernandez, militante, Pantin

J’ai commencé à militer à AIDES pour accompagner les personnes sourdes afin qu’elles aient le même accès à l’information concernant le VIH et les hépatites que les personnes entendantes. Parallèlement au groupe Sourds, je me suis investie sur Seronet, un site web 2.0 qui permet de toucher les personnes vivant avec le VIH au-delà des groupes communautaires. Ici chacun, chacune vient quand il ou elle veut pour échanger avec les autres dans la limite de la frontière francophone. C’est avant tout ce qui me plait. Une tribulle femme s’est spontanément créée sur Seronet en 2009, un an après la création du site. Les femmes s’y sentent en paix pour échanger entre-elles. Après Femmes séropositives en action, pendant quatre ans, j’ai organisé des ateliers d’écritures dédiées aux femmes, un temps qui a permis de partager du vécu et de recueillir des témoignages qui ont ensuite été publiés sur Seronet et Remaides. Le combat que je mène est celui de la vie avec la séropositivité, pour que les personnes touchées par le VIH restent au cœur des décisions et des actions de soutien. En tant que femme séronégative j’ai toujours trouvé ma place dans AIDES et d’ailleurs depuis 12 ans que je milite, puis travaille à AIDES, je vois de plus en plus de postes stratégiques occupés par des femmes.

Ma vraie préoccupation réside dans le fait que chaque femme séropositive puisse trouver sa place dans AIDES, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Line Latil, militante, Avignon

J'ai découvert AIDES, il y maintenant un peu plus de deux ans suite à une réunion avec une autre association qui a eu lieu au sein du lieu de mobilisation d'Avignon. J'ai été attirée par l'ouverture et le support pour les autres associations. Ma première rencontre avec une militante fut tellement mobilisatrice — merci Julie ! — que je m'engageai la semaine qui suivait. Je suis depuis salariée en tant qu'animatrice d'actions. Faisant partie et étant concernée par les publics de AIDES, nos réalités communes, ou qui diffèrent, sont une force quand il est possible d'avoir un espace de réflexion, de discussion, et de construction en rapport. Le communautaire permet de se soutenir tout en étant sur le même niveau, c'est là toute la force à mon sens dans AIDES et c'est aussi ce qui m'y fait rester et continuer de grandir intérieurement. Les combats que je mène au sein de l’association sont variés, mais ce sont surtout des combats communs, je ne suis pas seule à le faire. Je ne vais pas lister les missions de AIDES qui constituent notre travail quotidien de militant-e-s. Je vais plus me pencher sur les combats qui me touchent au sein des actions auxquelles je participe.

Sur mon lieu de mobilisation, je travaille surtout avec les personnes travailleuses du sexe — public étant majoritairement féminin — sur l’accès aux soins, la déstigmatisation, la reconnaissance sociale. Et en créant un espace de discussion leur permettant d'exprimer leur réalité de Femme au sein de notre société et contribuer ainsi, avec elles, à une meilleure santé globale. Je fais aussi pas mal d'entretiens avec des personnes ayant vécu ou vivant une transition, souvent des personnes travailleuses du sexe en transition MtoF [homme vers femme, ndlr]. Ce public, que je trouve spécifique de par sa réalité, est à mon sens un des publics pour lequel l'accès aux soins, les espaces de discussions, la prise en compte de réalités médicales et la lutte contre la stigmatisation sont des enjeux majeurs. Tout cela se fait dans le respect de la personne. Ces combats me tiennent à cœur. Je fais aussi des actions ponctuelles au sein du Caarud (1), les réalités des femmes consommatrices de produits sont aussi clairement une source de combats. Les représentations sur elles, le peu d'intérêt de la part de la société, le peu de volonté de changer les choses pour elles, la répression et les réalités de précarité pour certaines en font un public particulièrement vulnérable à mon sens.

Pour améliorer la place des Femmes au sein de AIDES, il faut intégrer, dans les temps de réflexion et de construction des projets, leurs réalités, identifier les freins possibles et les lever. Si je prenais un exemple pour illustrer, ce serait la Prep : trop peu de travail et de prise en compte sur le plan de la physiologie comme des réalités de vie, une démarche pas assez pensée ni réfléchie pour une intégration qualitative et quantitative des femmes… Par ailleurs, les motifs d’engagement des Femmes au sein de AIDES devraient être plus souvent questionnés afin d'améliorer le rapport avec celles ci dans une association majoritairement masculine avec un public majoritairement masculin.
Des temps comme "Femmes en action" permettent de réfléchir, construire et faire évoluer ce militantisme. Ce type de rencontres est essentiel pour faire remonter les réalités des Femmes du réseau et permettre à celles-ci de prendre leur place de Femme au sein de AIDES, au sein des publics, dans leur vie.
Merci à tou-te-s les militant-e-s pour votre engagement !

(1) : Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues.

Diane Saint-Réquier, militante, Pantin

Je milite dans la lutte contre le sida depuis 2008 dans une autre association en tant que bénévole, mais rejoindre AIDES comme salariée et militante m'a permis de donner une autre dimension à mon engagement, d'approfondir mes connaissances sur les thématiques du VIH, des hépatites, de la santé sexuelle, mais aussi sur les sujets connexes des discriminations qui visent nos publics cibles. Et puis l'approche communautaire me parle beaucoup et me tient à cœur. En tant que salariée "fonction support", j'ai, malgré tout, eu des occasions de faire des actions, notamment de plaidoyer, autour du prix du médicament ou de la légalisation des drogues pendant la campagne présidentielle de 2017, mais aussi des entretiens et du dépistage pendant les Summer Tours. Même si je me considère comme féministe depuis longtemps, mes combats concernant les femmes au sein de l'association ont finalement pris forme à l'occasion des rencontres "Femmes en action" de novembre dernier où j'ai découvert la richesse de la diversité des femmes du réseau AIDES, leurs besoins spécifiques et leur incroyable force. Depuis, j'ai à cœur de valoriser au mieux les témoignages et autres productions qui sont ressorties de ces rencontres et de porter haut et fort les revendications des femmes pour être mieux prises en compte dans les stratégies, actions et réflexions de l'association et de la lutte contre le sida de manière plus large.

Je pense que, comme dans bien des combats, c'est souvent l'inertie qui est la pire ennemie, et qu'il faudra continuer à plaider, communiquer et investir en faveur des enjeux particuliers aux femmes pour éviter qu'ils soient peu à peu laissés de côté ou abandonnés. Renouveler périodiquement de grandes rencontres de réseau comme "Femmes en action" me paraît également essentiel pour (re)mobiliser les femmes du réseau, faire en sorte qu'elles identifient leurs interlocutrices ou homologues partout en France (et ailleurs !). Enfin, il me semble qu'intéresser les hommes, ou du moins une majorité d'entre eux, aux problématiques spécifiques des femmes peut également s'avérer intéressant (voire nécessaire, par exemple pour éviter de reproduire au sein de l'association des dynamiques sexistes que l'on trouve dans la société au sens large).

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AIDES : les militantes en chiffres au 31 décembre 2017
Un tiers des volontaires de l’association sont des femmes : 571 femmes et 1027 hommes. C’est la quasi-parité chez les salarié-e-s de AIDES. Selon les chiffres, on compte 229 femmes et 252 hommes. Dans le réseau, un peu partout en France métropolitaine et dans les départements français d’Amérique, on compte 175 femmes et 192 hommes. Au siège de l’association : 54 femmes et 60 hommes. Au total, il y a donc 800 femmes militantes dans AIDES et 1 279 hommes militants. Du côté des instances politiques de l’association : on compte 34 femmes parmi les 110 élu-e-s (mandats national et/ou régional). Au Conseil d’administration, on compte seulement 8 administratrices sur 22 élus.

Femmes en action, un événement
La rencontre Femmes en action s’inscrit dans la lignée des rencontres nationales "Femmes séropositives en action" organisées en septembre 2011, mais en l’étendant à l’ensemble des femmes concernées et mobilisées dans AIDES. Cet événement part de l’idée que la mobilisation des femmes est un maillon essentiel dans la stratégie de fin des épidémies, parce qu’elles représentent 30 % des nouvelles contaminations au VIH chaque année, mais aussi parce qu’elles ont, en tant que femmes, des capacités particulières à mobiliser les communautés autour d’elles. Cet événement a été pensé et créé à l’initiative du Groupe national Femmes de AIDES. Cette rencontre pour mobiliser les forces militantes d’aujourd’hui et de demain s’est déroulée du 9 au 12 novembre 2017.