Tranche de vie

Publié par Stéphanie le 03.11.2012
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Dans le cadre des UPS 2012 (université des personnes séropositives), Stéphanie a eu envie de mettre des mots sur son parcours de vie avec le VIH. Témoignage d'une tranche de vie...

Je connais mon statut sérologique depuis mars 2010. C’est mon médecin qui me l’a annoncé suite à un test de dépistage effectué lors de mon deuxième mois de grossesse. J'étais déjà maman d'une petite fille et séparée du papa de celle-ci depuis 3 ans. L'annonce a été faite de manière douce et avec psychologie.

Mon médecin a contacté de suite le service des maladies infectieuses et j'ai pris rendez-vous dans les jours suivants pour un bilan. J'ai rencontré la psychologue du service qui m'a aidée à mieux accepter mon statut tout en me confortant dans l'idée de poursuivre ma grossesse si les résultats du bilan s'avéraient assez bons. Malheureusement, les examens ont révélé un stade présida avec un niveau de CD4 très bas et une charge virale explosive. Débuter une trithérapie était urgent et en parallèle la question de poursuivre ma grossesse se posait. C’est mon infectiologue qui m’a conseillé de me faire avorter en me laissant deux semaines de réflexion. J'avais 100 CD4 et pour envisager de poursuivre ma grossesse, je devais attentre trois mois de plus avant d'initier un traitement. C’est la raison qui l’a emporté et j’ai subi une IVG. Ça a été un événement particulièrement douloureux à vivre.

Pendant les semaines qui ont suivi mon corps s’exprimait violemment, chaque jour j’avais des crises de panique. Il m’a fallu beaucoup de force pour accepter ma nouvelle réalité de vie. C’est à ce moment là que j’ai eu envie de franchir la porte de l’association Aides.

J’ai été chaleureusement accueillie, j’ai rapidement participé aux différentes actions, puis je suis devenue actrice et aujourd’hui je suis presque volontaire. Mon souhait est de faire une formation Trod pour intégrer les actions de dépistage rapide communautaire dans ma ville.

Aujourd'hui le père de ma fille est hospitalisé. Il y a deux ans, il a été frappé d’une encéphalite liée au virus du sida. Depuis il est dans un état de démence et entièrement paralysé d'un côté. Le plus difficile a été de faire le deuil de cet homme, qui pourtant m'a contaminée ; je l'ai aimé et il demeure le père de ma fille qui a sept ans.

Chaque jour, j’avance grâce à un goût prononcé pour la vie, une bonne hygiène de vie (alimentation équilibrée, sport, méditation, relaxation), des amis précieux, une famille aimante et aidante et puis surtout grâce à ma fille. Je travaille à temps complet mais j’espère obtenir un mi-temps pour prendre encore plus soin de moi et militer de façon plus forte au sein de Aides.

Le point un peu plus obscur concerne mon avenir sentimental car depuis deux ans je n’ai plus de sexualité. Je dois apprendre à vivre avec mon nouveau statut et à aborder la relation amoureuse avec. Le dire dès le début, le taire, attendre que la relation soit installée… Je crains le rejet au moment de l’annonce et je ne me sens pas capable de l’affronter. Pourtant je peux comprendre qu’on ne veuille pas s’engager avec moi à cause de ma séropositivité, parce que c’est une maladie qui fait peur. Mais un rejet brutal, non expliqué, juste parce que je le dis, ça je ne suis pas prête à l’affronter.

Commentaires

Portrait de carotte

on la appris de la meme facon .....avec une grossese la premiere pour moi en 1998...c est pas le meilleur moment .......j ai eu un autre enfant depuis....tout va bien ...!!!!!amicalement sandrine
Portrait de Maylis

Merci pour ce témoignage Stéphanie! Je pense qu'il parle vraiment à tout le monde! J'espère que ton engagement dans Aides te permettra de cheminer encore dans ce vivre avec et dans les appréhensions que tu décris. Sinon rien de tel qu'une petite danse bigouden pour se sentir mieux =)) Bises! Maylis (UPS et partenaire de ronde!)
Portrait de pierre03

Témoignage très émouvant qui remue beaucoup de souvenirs, beaucoup de peines.