Une pandémie peut en cacher une autre

Publié par Rédacteur-seronet le 01.12.2020
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A l'occasion du 1er décembre, AIDES Paris donne la parole à des femmes migrantes victimes de violences et de discriminations. Aimée, Rara, Corinne, Gaëlle, Rosa et Fanny nous livre une tranche de vie.

Crédits photos : Valentine & Christophe

 

Aimée

J’ai été victime de violences physiques par mon ancien compagnon au pays. J’ai ensuite quitté mon compagnon et laissé mon fils au pays, pour venir en France. Quand je me suis retrouvée en France, j’avais oublié ce genre de violences.

Mais pendant le premier confinement, je suis allée à la pharmacie près de chez moi pour récupérer mes médicaments. Mon ordonnance n’était plus valable. Lorsque je l’ai remise au pharmacien, il me l’a jetée en disant : « Non, je ne vous donne pas les médicaments ». C’était tellement choquant et violent. J’ai été voir mon assistante sociale, qui m’a donné le document du décret du gouvernement qui montrait que j’étais dans mon droit.

J’ai également subi une violence administrative. J’ai fait un dossier pour une demande de logement, mais lorsque je suis partie pour un rendez-vous, la personne qui m’a reçue, m’a répondu : « votre dossier est perdu, il faut le refaire ». Je n’ai pas eu d’explications, ni d’excuses quand j’ai demandé ce qui c’était passé.

Je ne suis plus jamais repartie à la pharmacie à côté de chez moi, ni dans la structure où j’ai fait mon dossier de demande de logement car j’ai développé une peur vis-à-vis de ces personnes et chaque fois que je passe devant.

Témoigner aujourd’hui me fait du bien, avoir des conseils m’aide à vaincre ma peur. La parole libère. J’ai réussi à sortir de la violence conjugale en fréquentant une communauté chrétienne et le soutien de mon frère. Aux femmes victimes de violences, je leur conseille de garder leur sang-froid, analyser et prendre la vie du bon côté. Sortir de sa coquille et faire savoir à la personne que ce qu’elle a fait n’est pas bien. Je suis contente de cette initiative qui permet aux femmes de s’exprimer.

La parole libère !

Corinne

J’ai été victime de violences plusieurs fois dans ma vie, et sous différentes formes.

J’ai subi des discriminations au travail. Lorsqu’ils ont appris que j’avais le VIH, ils m’ont licenciée, soit disant pour faute. J’ai aussi connu des discriminations dans le milieu médical. Et j’ai vécu avec un homme qui me harcelait moralement, c'était une relation violente psychologiquement.

Être séropo, être discriminée au boulot, être harcelée psychologiquement par un homme et dans le cadre médical par un toubib… Déjà que c'est chiant d'être séropositive, alors si en plus on garde le silence parce qu'on a peur... Il ne faut pas, il ne faut pas, c'est trop dur !

Chez AIDES, j'ai fait la connaissance de plein de gens qui vivaient les mêmes choses que moi. C'est ça qui me manquait, c'est des gens comme ça qui savaient s'exprimer avec moi, qui parlaient des mêmes choses, qui étaient séropos comme moi, c'est ce qui a permis de me reconstruire. J'ai pu parler de tout ce que je vivais, j'ai eu des petits conseils à droite à gauche, et ça m'aidait pas mal. C'est ce que je peux conseiller aux femmes qui vivent la même chose, parce que c'est violent et qu'il ne faut pas vivre avec ça ! Ce serait trop méchant. Il y a assez de méchanceté déjà.

Voilà c'est le plus important pour moi, parce que ça aide à se reconstruire, ça aide à retrouver quelque chose en nous.

Tout ça m'a permis de me reconstruire !

Gaëlle

Dans mon cas ce n’était pas de la violence physique mais c’était plus verbal. J’ai subi la violence psychologique dans mon propre foyer.

Comme on dit souvent, les femmes africaines supportent beaucoup, ce que d’autres ne supporteraient pas. Parfois, il faut se sacrifier pour gagner quelque chose. Si j’étais partie, j’aurais perdu mes enfants et je ne pouvais pas sacrifier une progéniture que j’ai porté six fois, accouchements avec douleurs, pour les abandonner après et partir. J’ai pris sur moi, j’ai supporté cette peine et aujourd’hui je peux dire « j’ai gagné ma bataille ».

Je suis restée pour mes enfants. J’ai protégé mes enfants, raison pour laquelle aujourd’hui je suis soutenue. Je suis séropositive, et quand mes enfants l’ont su, ils m’ont dit « maman, on ne va pas te lâcher, on sait que c’est papa qui t’a donné ça ». C’est ça qui me donne la force. J’ai de grands enfants, je suis grand-mère : la première a 45 ans. Chose curieuse, je ne suis pas partie de la maison, c’est lui qui est parti, il m’a laissée, en 2008.

Quand je parle, c'est avec force !

Rara

La violence faite aux femmes, pour moi, c’est physique et moral. Physiquement, j’ai été violentée, j’ai été excisée. Et, moralement, depuis 20 ans, je vis avec le VIH.

Je vis depuis plus de 6 ans avec mon mari. Lui, il me dit qu’il n’est pas séropositif. Depuis qu’il sait que je suis séropositive, on dirait qu’il a quelque chose pour me rabaisser. Je suis devenue un objet pour lui. Moralement, c’est usant. On t’enlève ta dignité. On t’enlève ton toi-même. Je ne suis plus moi. Je suis quoi ? Je suis la chose. Depuis que j’ai la maladie, je me sens comme une chose. La maladie, elle est là, elle existe. Il faut que les gens fassent attention. C’est pas parce qu’on est malade, qu’on n’est pas un être humain. On n’est pas la maladie. Ce n’est pas parce que je parle avec vous, que je vous contamine.

Depuis que je suis née, depuis mes 7 ans, la violence, elle est là. J’ai été violée à 12 ans. J’ai été violée à 15 ans. Avec celui qui m’a violée à 15 ans, j’ai eu un enfant.

C'est dur, mais j'avance !

Rosa

J’ai 31 ans et je suis mère de 2 enfants. J’ai longtemps été victime de violences physiques, psychiques et sexuelles lorsque j’étais mariée. Ma vie de femme n’était faite que de moments violents avec mon mari : coups, injures à répétition. J’ai grandi sans mes parents et c’est ce qui m’a poussée à vouloir supporter ma vie conjugale pour offrir un foyer à mes enfants. J’ai également été contaminée par le VIH suite aux infidélités de mon mari.

Je n’ai jamais pu parler des violences à ma famille, je préfère en parler à des gens qui ne me connaissent pas car je n’ai pas confiance en mes proches.

J’ai réussi à quitter mon mari grâce à ma fille aînée qui m’a dit un jour : « maman, il faut le quitter, il ne te respecte pas et t’insulte. Je ne supporte pas de voir comment il te tape ». Quelque chose s’est débloqué en moi.

C’est pourquoi, c’était important pour moi de partager mon expérience avec d’autres femmes, les aider, leur dire qu’en cas de doute, il ne faut pas rester sans rien faire. Il faut en parler, préserver sa santé mentale et physique...

Je rêve de délivrer un jour mon témoignage en tant que femme séropositive et femme victime de violences, sans pleurer.

Je ne me laisserai pas faire !

Fanny

Les violences faites aux femmes passent par des mots, des actes et des coups.

Les coups, c’est quand on lève la main pour taper. Les mots, c’est toujours des mots méchants qui ne valorisent pas, qui ne permettent pas de s’épanouir. Finalement ces mots se transposent et tu les portes comme un manteau ; tu as l’impression que tu représentes ces mots-là. Les actes, pour des personnes comme moi, séropositives, c’est lorsqu’on partage un repas, tout le monde a le même plat et moi j’ai un plat différent. On ne touche pas à mon plat, je vais le débarrasser moi-même. C’est tellement flagrant, ce sont des actes qui parlent d’eux-mêmes.

Dans ma famille, quand il y avait des réunions familiales, quand tu arrives, on ne te salue pas ou à distance. On te dirige vers une place où tu es seule, personne ne vient s’asseoir à côté de toi, comme si tu étais un déchet, alors qu’avant c’était des câlins, des bisous, la convivialité.

La violence, c’est un labyrinthe : on sort d’une violence, on entre dans une autre. Au fil des années, tu ne t’apprécies pas, pour toi ce n’est pas toi. Soit ton corps devient un objet, soit tu te renfermes et quand tu te renfermes ça crée en toi d’autres violences internes : c’est un labyrinthe. La violence est constante, tout au long de ma vie, depuis mes 10 ans.

Actuellement, j'ai besoin de me reconstruire et je suis dans le processus. C'est difficile. La force vient de nous-même, c’est nous qui produisons cette force. On n’a pas besoin de montrer à l’autre, on a besoin de se montrer à soi qu’on peut le faire.

Tu as de la volonté, ce qu’on a de plus que l’autre, c’est cette volonté-là. Je suis partie de chez moi, arrivée ici, essayé de résister, prendre mon traitement et oui je peux vivre, réaliser mes rêves, et donc je ne suis pas une paria. J'ai le droit d'être là comme tout le monde.

Oui je peux vivre, réaliser mes rêves !

 

Commentaires

Portrait de Élise17

Bonjour Mesdames,

J'ai lu vos témoignages et j'ai pleuré. J'ai pleuré car ce que vous avez vécu, je l'ai vécu aussi, viols, coups, injures, tromperies et de tous les maux, la violence morale, quotidienne, pour me rappeler que je n'ai pas les mêmes droits qu'un autre être humain, de la part de mon conjoint et médecin....d'autres avant lui, au point de finir par penser qu'il est normal de ne pas exister, de ne plus avoir d'autre droit que celui de se taire et d'encaisser, encore et encore... J'ai pleuré car comme vous, même si je suis née en France, même si je suis blonde aux yeux bleus, nous avons le même sang et notre sang ne doit plus être une condamnation à ne pas vivre.

Il y a trente ans, pour moi ,c'était une condamnation à mort, trente ans plus tard, je lutte toujours pour juste pouvoir exister normalement. Je l'impose, je fais fi des remarques, j'assume, mais chaque fois je me demande pourquoi? Pourquoi en plus d'être malade, c'est à moi de supporter la cruauté des autres.

J'ai entamé une bataille juridique contre mon ex et ex médecin, parce que je ne voulais plus être sa victime, je ne voulais plus être la complice du bourreau contre la séropositive que je suis. Je me suis dit que quelque soit mes sentiments pour lui ma loyauté envers les miens, les séropositifs, devait l'emporter, que les patients que nous sommes valaient que je me batte contre ce médecin. C'est très dur et il ne m'épargne aucune attaque, il est allé jusqu'à porter plainte auprès du doyen de juges, diffamer devant la chambre disciplinaire de l'ordre des médecins, me faire placer en garde à vue en prétendant que je voulais utiliser mon virus pour nuire à autrui en me traitant publiquement de criminelle pour me faire taire, en violant le secret médical et tous les codes de déontologies. Car comme il me l'a avoué, il voulait que je reste son "objet" et ne supporte pas que je puisse appartenir à un autre homme. 

Je veux vous aider, je veux m'aider. Pouvons nous nous aider tous ensemble? Pouvons nous vaincre la sérophobie ensemble?

M'autorisez vous à raconter vos témoignages?

N'hésitez pas à me contacter.