"Y’a un petit virus dans moi, je le sens pas, il est là et je me sens bien"

Publié par Anna le 24.03.2014
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Quand j’ai entendu que j’étais séropositive, je n’y croyais pas. Je suis rentrée à la maison, j’ai commencé à pleurer, je n’arrivais pas à m’arrêter...

Je voulais rester chez moi, je voulais mourir. Je n’arrivais plus à regarder les gens droit dans les yeux, j’avais peur, peur des gens, peur d’être rejetée, peur de me faire insulter dans la rue. Je n’arrivais pas à vivre normalement, je devenais discrète ; le soir, je ne sortais plus. Ce qui m’a encouragé à être comme celle que j’étais avant, c’est ma copine. Je lui ai raconté dès que j’ai fait le test, elle m’a tout le temps encouragée. C’est elle qui m’a donné la force de rester en vie.

Avec les hommes, je ne voulais pas quelque chose de très sérieux. Je pensais sans cesse au jour où l’un allait me demander d’aller faire le test : j’avais peur ! J’ai essayé, j’ai essayé avec quelques mecs : ils n’ont jamais été malades, c’était moi la malade ! J’aurais préféré rencontrer quelqu’un de malade ; avec quelqu’un comme moi, j’aurais été plus à l’aise, mieux comprise.

Au début quand j’étais vraiment malade beaucoup de gens pensaient que j’avais un baclou [une création maléfique, un esprit malfaisant, ndlr] qui me faisait du mal, je ne voulais donc pas aller voir les médecins de l’hôpital parce que je pensais que c’était un baclou, un mauvais esprit que quelqu’un m’avait envoyé. En moi-même, je savais qu’il valait mieux croire le docteur. Ma mère m’a quand même amenée chez le bonoeman [une sorte d’exorciste, ndlr] : ça n’a rien donné !

Partagée entre le culturel et le scientifique, je savais que ce que j’avais appris à l’école c’était la vérité : la seule solution c’était de retourner voir le médecin qui m’avait annoncé ma séropositivité.

Quand j’entendais les gens parler du VIH dans la rue, je me sentais mal. J’étais là. J’écoutais. Je n’avais pas la force de leur répondre. Je ne comprends pas les gens dans la rue qui disent n’importe quoi, ils savent rien du tout, ils ne savent pas c’est quoi cette maladie, comment ça marche dans le sang, qu’est-ce que ça fait aux gens, ils disent n’importe quoi et c’est ça qui fait de plus en plus peur, de plus en plus mal. Quand t’es pas allé voir le docteur et que tu penses comme eux ben c’est fini, c’est fini.

Je n’avais pas d’enfants et je pensais que dans ma vie je ne pourrais jamais en avoir. J’avais peur aussi pour mes petits frères et sœurs : et si ça leur arrive ! C’est tous les jours qu’on peut tomber malade : comment la vie serait pour eux ? C’est dur à supporter quand t’es séropositive, quand tu viens de faire le test tu penses qu’il n’y a rien à faire. Là maintenant, je sais qu’on peut vivre, avant je savais rien du tout, je n’avais pas d’informations, mais quand j’ai rencontré des gens de AIDES et mon docteur ils m’ont bien expliqué qu’on peut vivre, en prenant les médicaments que c’est une maladie chronique comme toutes les autres maladies comme le diabète, le cancer. Mais quand même, ce n’est pas aussi grave que le cancer ! Car tu peux vivre.

Y’a un petit virus dans moi, je le sens comme ça, y’a un petit virus dans moi, je le sens pas, il est là et je me sens bien maintenant.

Je sais qu’on peut vivre et avec ces traitements on peut continuer à vivre et ça m’a encouragée ! Si tout le monde prend ses médicaments on va y arriver ! Car si tu prends bien tes médicaments tu deviens indétectable et tu ne peux pas contaminer.

Maintenant pour moi, ça va très bien. Je me sens bien. Je ne pense même plus à ça, je suis bien. Et avec les gens que je connais, ceux qui savent que je suis malade, même si je ne sais pas si eux le sont, je leur parle librement. J’explique à ceux qui ne sont pas comme ça tout ce que le docteur m’explique et qu’ils peuvent aller le voir.

Ceux qui ne veulent pas aller faire le test ou se soigner : c’est là que tu risques de mourir. Je prends bien mes médicaments et aujourd’hui je peux avoir des enfants, je peux vivre comme tout le monde et je suis comme tout le monde ! C’est comme ça ! Je suis libre maintenant !

Commentaires

Portrait de ballif

c'est un bruit de couloir qui me l'appris le matin or que j'avais rdv avec le médecin l'après midi c'était en 1989

puis que de "enmerde"

je suis à la retraite

bon courage

laurent

Portrait de detlevera

Salut Anna,

Ton message est plein d'optimisme, et tu es la preuve que la joie de vivre et la liberté sont encore possibles !

Il faut juste franchir le cap.

Merci pour ton témoignage

Det. 

Portrait de Josilou

"Y’a un petit virus dans moi, je le sens comme ça, y’a un petit virus dans moi, je le sens pas, il est là et je me sens bien maintenant."

Tu as bien de la chance de pouvoir le prendre comme cela ton "petit virus". Mais dans 30 ans de prise de médicaments ?

"c’est une maladie chronique comme toutes les autres maladies comme le diabète, le cancer. Mais quand même, ce n’est pas aussi grave que le cancer ! Car tu peux vivre."

D'abord, désolée, mais le diabète n'est pas contaminant.

En effet, le dernier homme qui m'a donné un rendez-vous m'a, tout de suite, avoué "je suis diabétique, c'est mes parents qui me l'ont donné".

Mais je n'ai pas répondu, HO NON je n'ai pas répondu "je suis séropositive au VIH c'est mon compagnon qui me l'a donné avant de mourir !".

J'ai gardé cela au fond de moi.

Ensuite désolée, mais on peut guérir du cancer et non du SIDA ! Le SIDA c'est des médicament toute ta vie. Au bout de 30 ans tu verras comment cela se vie et quels traitements prendre, en plus, pour soigner les effets secondaires des premiers.

D'une part, une amie a l'hypertention artério pumonaire (HTAP) due aux effets secondaires des traitements contre le VIH. Elle finira sur un fauteuil roulant avec de graves soucis respiratoire et de coeur.

D'autre part, je dois subir des injections dans le visage depuis plus de 6 ans pour que la lypoatrophie sévère, due aux effets secondaires d'une catégorie de molécules contre le VIH et il n'y a rien pour me soulager de mes jambes, atrophiés, qui souffrent de me porter. Pourtant je ne suis pas lourde !

Je suis fatiguée de tous ces témoignages qui font basculer la padémie SIDA comme si cela n'est rien. Comme si nous, les personnes vivant avec le VIH depuis 1983, n'existions pas.

De plus en 2013, 1 700 personnes sont comptées comme mortes du SIDA en France et biensûr ce n'est pas compter celles qui sont mortes des Cancers dus aux SIDA.

Pour finir, lors de ma dernière rencontre avec AIDE des membres du groupe, nouvellement contaminés, ne voulaient pas entendre les souffrances des personnes avec des thérapies anciennes.

Stop à cet égoïsme, stop au témoignage à l'eau de rose et solidarité avec vos aînés s'il vous plait.

Merci

Portrait de frederic16

Que dire, bravo a toi je t embrasse de tout mon coeur.Moi par contre malgré les Années de Vih(officieucement 1983 -84)et comme mes Amis(es)tombaient comme des mouches,en 1986 j ai fait la prise de sang(bon evidemment je suis pas tomber de haut) et puis tu sais mon premier petard etait quand j etais en sixieme(12ans),puis par la suite,cocaine,lsd,champignon mexicain,heroine,pour les bonnes fetes, heroine blanche(pas besoin de chauffer)melangé avec cocaine et toute sorte de cannabis et herbe.Enfin tout cela pour  te dire que je me maintien(j ai toute mes dents blanche(mes vraies dents),1,80m,78 kgs.Evidemment je prends des medicaments secondaire, pour la souffrance et autre.Sinon je suis venu sur ton commentaire pour te faire un grosse Bise de l Amitié.AMITIE,Pascal                                                            

                        ET UNE BISE A TOUTE LES FEMMES AVEC UN PEU DE RETARD

Portrait de Passager

Bravo pour ton optimisme, Anna. C'est comme une bouffée d'air frais qui dédramatise tout.

Et comme je comprends tout autant la ranceur de Josilou, si courageuse dans sa longue lutte !

Dans mon cas, vu ma constitution, je crois que j'aurais pas résisté au virus, ni aux traitements d'ailleurs avant la trithérapie. Des décennies separent ces 2 témoignages. Et j'espère que d'autres témoignages viendront vite releguer à une autre  époque , ce temps où il fallait encore prendre ses antirétroviraux a vie pour garder ses CD4.

Justement, Jeudi 20 dec2018 : Je viens de découvrir un article sur L'Institut Pasteur, où des chercheurs ont réussi à détruire des cellules infectées. Un progres donc pour eliminer ces "reservoirs" de virus dans nos corps qui nous obligent à un traitement à vie… Une piste de plus vers La guérison, encore lointaine, certes, mais on avance… Smile

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/sida-des-chercheurs-de-l-insti...