Homophobie forever !

Publié par jfl-seronet le 16.11.2019
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Honnêtement, ce ne sont pas les sujets de mécontentement qui manquent. On a même l’embarras du choix en cette période. Il y a le sort fait aux personnes étrangères malades (on y reviendra bientôt) qui ne cesse de heurter tant la manœuvre du gouvernement est grossière et caricaturale. Il y a aussi la haine des personnes LGBTQI+ qui, elle aussi, semble sans bornes.

Début novembre, on apprend, grâce à l’AFP, que la police russe a annoncé l'ouverture d'une enquête pour « violences sexuelles » après la publication d'une série de vidéos dans lesquelles des mineurs-es s'entretiennent avec des adultes, notamment des personnes LGBT. Selon la dépêche de l’agence, il s’agit bien de conversations entre des mineurs et des adultes filmées dans de courtes vidéos et diffusées sur Youtube. Les enregistrements contiennent des « informations destructrices », précise le communiqué du Comité d'enquête russe qui ne mentionne pas la nature exacte des « violences sexuelles » évoquées. Reste que cette notion a un sens assez large en Russie. Un site d’information qui a publié sur ces vidéos (retirées depuis) indique qu’une des vidéos mises en cause montre un entretien où un homme se présentant comme gay demande à des enfants ce qu'ils savent de l'homosexualité et leur explique que c'est une « chose normale ». En réponse, les mineurs lui demandent comment il a découvert son orientation sexuelle et s'il souhaite élever des enfants. Dans le contexte russe, une telle discussion tombe sous le coup de la loi. Elle est passible de 12 à 20 ans de prison. C’est le vice-président de la chambre basse du Parlement russe, Piotr Tolstoï, qui a lancé l’affaire en « dénonçant » la diffusion de ces vidéos au ministère russe de l'Intérieur. Le ministère avait alors répondu avoir ouvert une enquête pour violation de la loi sur la « propagande homosexuelle ». En Russie, une loi interdit de présenter l’homosexualité sous un jour favorable, tout spécialement aux mineurs-es.

En France, la situation n’est pas forcément toujours plus enviable. Fin octobre, c’est un étudiant de Tours qui témoigne d’une agression homophobe dont il a été victime. Le jeune homme est frappé à coups de poing au milieu d’insultes à caractère homophobe par deux individus au centre de Tours. « À l'arrêt de bus, ils n’arrêtaient pas de répéter « Pourquoi tu me regardes ? Tu veux me sucer ? » Je les ai ignorés, rapporte le jeune homme. « Quand le bus arrive, les deux hommes traversent la route pour finalement prendre la même direction que lui. « Les insultes homophobes ont continué dans le bus ». Il s’abrite dans un bar et attend une heure au café avant de rentrer chez lui. « Je suis passé par une petite rue tranquille, et là ils m'ont retrouvé. Ils sont arrivés dos à moi et m’ont attrapé par derrière (…)  J’ai reçu des coups de poing dans le visage et dans l’abdomen. Ils répétaient les mêmes insultes homophobes. J’avais le nez plein de sang », raconte-t-il. « Je m’en sors avec des hématomes, mais rien de cassé. Et une ecchymose au niveau de l’arcade sourcilière droite », témoigne-t-il dans les médias. Cette agression a eu lieu au lendemain de la publication par le centre LGBTI de Touraine d’un rapport sur la situation locale. Au total, 465 personnes LGBTQI+ ont répondu à un sondage anonyme. La moitié des personnes enquêtées déclare s'invisibiliser dans l'espace public par peur de se faire agresser et un peu plus de deux personnes enquêtées sur dix a subi une agression physique ou des menaces en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre.

Autre pays, autre contexte, même problème. L’AFP nous apprend (fin octobre) que seize militants ougandais LGBT ont été contraints à des tests anaux par les forces de l’ordre. La nouvelle est arrivée par la principale organisation de défense des droits des homosexuels en Ouganda. Elle explique que seize militants ougandais LGBT ont été arrêtés, puis contraints à des tests anaux avant d’être remis en liberté. Seize militants ougandais LGBT ont été soumis à des tests anaux forcés après avoir été arrêtés, puis ensuite remis en liberté. Les seize hommes avaient été interpellés par la police pour « les protéger d'une foule homophobe qui avait encerclé la maison où ils se trouvaient ». De victimes potentielles d’un probable lynchage, ils étaient alors devenus délinquants ; la police les arrêtant pour infraction à la loi anti-homosexuels, une vieille loi qui date de l'époque coloniale. Franck Mugisha, directeur de l'organisation Sexual minorities uganda (Smug) a dénoncé dans les médias l’existence de ces tests « dégradants et inhumains ». Le porte-parole de la police, Patrick Onyango, a, quant à lui, indiqué « qu'à la suite de nouveaux développements fondés sur les examens médicaux, il est établi que les suspects ont été impliqués dans des actes sexuels punissables aux termes du code pénal ». On reste toujours surpris que cette méthode (une torture dans les faits) soit encore utilisée et mise en œuvre par des médecins qui n’y voient aucun problème déontologique. Les seize militants, membres d'un groupe appelé « Let's walk together » (« Marchons ensemble ») ont été détenus au-delà du délai légal de 48 heures sans audition au tribunal. De son côté, l’ONG Human Rights Watch a rappelé que les « examens anaux constituent une technique discréditée depuis longtemps qui a pour but de déterminer si quelqu'un a eu des relations homosexuelles afin de disposer de preuves pour le poursuivre en justice ». Selon Smug, les attaques contre les personnes LGBT ont fortement augmenté au cours des dernières semaines depuis les déclarations du ministre ougandais de l'Éthique, Simon Lokodo, qui souhaite l'application stricte de la législation contre les homosexuels.

Eh oui, c’est une évidence pour tout le monde que l’homophobie d’État influence l’opinion publique et conditionne certains comportements. On en a d’ailleurs eu récemment un exemple aussi édifiant qu’absurde avec l’affaire concernant un Russe qui accusait Apple de l’avoir rendu homosexuel. L’affaire commence ainsi. Un homme, qui souhaite garder l'anonymat (on le comprend !) affirme avoir téléchargé une application de cryptomonnaies sur l'Apple store et avoir reçu un virement de 69 « gaycoins » au lieu des bitcoins qu'il avait commandés. Vous le voyez venir ? Le virement était accompagné d'un message en anglais disant : « Ne juge pas avant d'avoir essayé », explique l’AFP… qui s’est saisi de l’affaire « J'ai pensé qu'en effet, comment juger quelque chose sans essayer », déclare alors l’homme dans sa plainte. « Et j'ai décidé d'essayer les relations homosexuelles. Deux mois plus tard, je suis plongé dans une relation intime avec une personne de mon sexe et je ne peux pas revenir en arrière », témoigne-t-il. Et l’homme d’expliquer, en octobre dernier : « J'ai un petit copain stable et je ne sais pas comment expliquer tout cela à mes parents. Ma vie a changé pour le pire et ne redeviendra jamais normale ». Du coup, la solution lui apparaît : porter plainte contre Apple à qui il réclame un million de roubles (14 000 euros) de dommages et intérêts. Le site des tribunaux de Moscou mentionne d’ailleurs qu’une audience pour cette affaire était prévue le 17 octobre. Mais le jour même, l’homme a retiré sa plainte. L’affaire paraît dingue, mais elle intervient justement dans un pays notoirement homophobe ; une homophobie entretenue dans toutes les strates de l’État, notamment depuis 2013 avec l’adoption de la fameuse loi contre la propagande auprès des mineurs-es des « modes de vie non-traditionnels », une législation qui, selon les organisations de défense des droits des personnes LGBTQI+, est un outil de contrainte et de répression de tout militantisme pro-LGBTQI+. C’est sur la base de cette loi que le vice-président de la chambre basse du Parlement russe semble avoir entamé la procédure contre les vidéos diffusées sur Youtube.

En Russie, l’homosexualité était considérée comme un crime jusqu’en 1993 et comme une maladie mentale jusqu’en 1999. Moscou a aussi été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en juillet pour son refus d’enregistrer trois associations défendant les personnes LGBT. Homophobie forever !