Homophobie : la peur doit changer de camp !

Publié par Fred Lebreton le 29.06.2023
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Piéger des homosexuels sur Internet pour les voler, les frapper, les humilier et parfois… les tuer. Ces violences, ces crimes, existent encore dans la France de 2023. Souvent traités médiatiquement comme de simples faits divers, les guet-apens homophobes semblent prendre de l’ampleur en France peut-être parce que la parole des victimes se libère, enfin. Analyse d’un fait de société qui a un impact direct sur la santé mentale et physique des personnes concernées.

« Ils pensaient que je me tairais »

Quand on navigue sur Twitter, on fait souvent le slalom entre des tweets légers de petits chatons, des threads de militants-es en colère ou des photos de vacances de ce couple d’amis qui a l’air d’être toujours en vacances. Et puis parfois, on reste bloqué sur un tweet avec une photo ou un texte qui nous interpelle plus que les autres. Ce fut le cas le 21 juin dernier au petit matin en buvant mon café. Premier jour de l’été, fête de la musique, un petit vent de légèreté flotte dans l’air et puis, tout à coup, la violence de cette image publiée par un mutu (compte twitter avec lequel on se suit mutuellement). Le front ensanglanté, l’œil fermé et tuméfié. Il s’appelle Luc Di Gallo et sur sa bio Twitter il se définit ainsi : « Humaniste et écologiste de gauche. Adjoint au maire de Montreuil au zéro déchet, économie circulaire, propreté et composteurs. Au parlement Génération•s. » Pour accompagner cette photo, un premier tweet qui ouvre un long thread : « Le 2 juin dernier au soir, j'ai été victime d'une violente agression homophobe. ILS PENSAIENT QUE JE ME TAIRAIS. J'ai mis plusieurs jours pour trouver la force de me confier publiquement. Voilà ce qui m'est arrivé ».

Avec beaucoup de courage et de dignité, Luc Di Gallo raconte le récit glaçant d’un guet-apens organisé par ses agresseurs sur Grindr, une application gay de rencontres. « Je me suis mis à le suivre tout en discutant avec lui sur un chemin qui devenait de plus en plus sombre. Soudain, il a stoppé sa route dans un endroit très sombre. C’est là qu’il a crié : « SORTEZ » et trois personnes ont surgi de derrière des arbres. Dans un mouvement très rapide, il a passé son bras autour de mon cou afin de me maîtriser. Les trois autres se sont jetés sur moi pour me rouer de coups de poing à la figure. L’un d’eux a crié « SALE PD, PÉDOPHILE » (…). Puis j’ai entendu : «C’EST BON, ON A TOUT» et ils m'ont libéré. Dans un dernier geste humiliant avant de partir en courant avec toutes mes affaires de valeur, l’un d’eux m'a jeté mes clés au sol en disant : « TIENS », comme s’il donnait un vieil os à un chien maltraité » (…). « J’ai pris conscience à ce moment-là de ce que voulait dire « briser une personne ». Ils ne m'enlèveront pas ma fierté d’être homosexuel, c’est ce qui m’a donné la force d’écrire ces quelques mots. Ils ne m'enlèveront pas les plaisirs et les joies de la vie » écrit le militant.

Plus tard dans son récit, Luc Di Gallo pointe du doigt les failles et manquements dans l’accompagnement des victimes d’agression homophobe : « Le parcours de victime n’est pas toujours simple. J'ai eu droit à un examen pour évaluer mon incapacité totale de travail [ITT] avec un médecin de l’Unité médico-judiciaire tenant des propos culpabilisants, déplacés et remettant en cause le caractère homophobe de l'agression. Je n’ose imaginer comment une femme victime de viol recevrait les propos d’un médecin lui reprochant d’avoir été habillée de façon « provocatrice ». Et l’élu de conclure sur les raisons qui l’ont motivé à témoigner publiquement : « J’ai envie de crier ma colère contre cette homophobie. Car ils misent sur un éventuel sentiment honteux de la rencontre homosexuelle pour échapper à un dépôt de plainte de la victime. J’ai envie de parler à toutes ces victimes invisibles ou invisibilisées et de leur dire qu’elles ne sont pas seules. J'ai envie de montrer que la honte est du côté des homophobes (…). Pour moi, dénoncer publiquement cette agression, malgré toutes les difficultés que cela va engendrer dans ma vie, c'est dire à tous ces agresseurs qu'ils risquent de tomber sur des personnes qui ne se tairont plus et qu'ils seront ainsi poursuivis par la justice ». Ce thread partagé près de 2 000 fois sur Twitter a suscité une vive émotion dans la communauté LGBT+. Mais une fois passé l’émoi (l’effroi ?), que faire ?

300 victimes en cinq ans

L’agression de Luc Di Gallo n’est pas un cas isolé, malheureusement. Pas un mois sans que ce type d’agression fasse le tour des réseaux sociaux. C’est un tel phénomène que Mediapart y a consacré un film documentaire. Pendant des mois, Sarah Brethes, Mathieu Magnaudeix et David Perrotin, tous-les les trois journalistes à Mediapart, se sont plongés-es dans des dossiers judiciaires, ont rencontré des victimes de ces pièges, mais ont également interrogé leurs agresseurs, qui témoignent d’une homophobie viscérale ancrée dans la société. C’est le sujet de leur documentaire intitulé Guet-apens disponible depuis le 19 avril sur le site de Médiapart. Ce film de 65 minutes révèle l’ampleur d’un phénomène qu’on croyait disparu : les pièges, parfois mortels, qui ciblent des homosexuels masculins sur des applications ou des lieux de rencontre. Ces agressions, ces crimes restent souvent invisibles parce qu’ils sont traités comme des faits divers, mais aussi parce que de nombreuses victimes ne portent pas plainte, très souvent par crainte, voire honte. Il existe peu de données sur ces violences.

« En compilant la presse et les archives des associations LGBTQI+, les co-réalisateurs-rices ont comptabilisé au moins 300 victimes de guet-apens homophobes depuis cinq ans, en très grande majorité des hommes gays ou bisexuels. Une victime par semaine ! Pour l’année 2022, le chiffre s'élève même à une victime tous les trois jours. Il reste toutefois très inferieur à la réalité car malgré l’apparence d’une acceptation plus grande de l’homosexualité dans la société, beaucoup de victimes se taisent, craignant que leur sexualité ne soit connue », relève Mediapart dans un communiqué.

Comment quantifier un phénomène quand une grande partie des victimes a honte et craint de porter plainte ? Dans un article publié en avril dernier, têtu donne quelques clés de réponse : « À l’occasion d’une enquête publiée sur « les tueurs de pédés » dans le têtu· n°50, en novembre 2000, un commissaire soulignait déjà : « Nous savons que le chiffre noir de la violence contre les homosexuels est très important. Beaucoup de victimes ne portent pas plainte. Soit parce qu’elles n’osent pas « avouer » leur homosexualité, soit parce qu’elles n’ont pas confiance en la police ». Et le média LGBT+ d’ajouter : « Toujours est-il que 2 170 plaintes ont été déposées auprès des forces de sécurité en 2021 concernant des crimes et des délits LGBTphobes. Parmi elles, 24 % concernent des violences physiques, soit plus de 500 faits, mais dont on ignore la gravité : il peut donc s’agir aussi bien d’une bousculade que d’un passage à tabac. Et ce nombre ne prend évidemment pas en compte les affaires dont le caractère homophobe a été tu par la victime ou non pris en compte par les forces de l’ordre. L’enquête Cadre de vie et sécurité de 2021, menée par l’Insee et le ministère de l’Intérieur, estime d’ailleurs que seule une victime d’acte LGBTphobe sur cinq (20 %) dépose plainte ». Face à ce manque de documentation des agressions et crime homophobes, ce sont les militants gays eux-mêmes qui ont pris le sujet à bras le corps. Comme le rappelait récemment 20 Minutes, en mai 2021, l’auteur et réalisateur Matthieu Foucher a commencé à compiler, dans un fil Twitter, les articles relatant des meurtres d’homosexuels piégés via des applis ou sur des lieux de drague, dans toute la France. « À l’époque, ce travail d’alerte n’avait donné lieu à aucune reprise médiatique, précise-t-il à 20 Minutes. Cela m’avait interpellé parce que je donnais un sujet clé en mains et personne ne s’en est saisi ».

Moi aussi !

Laissez-moi mettre ma casquette de journaliste de côté le temps d’un paragraphe pour vous parler de mon cas personnel. Car moi aussi, j’ai été agressé. Moi aussi, j’ai eu peur. Moi aussi, j’ai eu honte. Cette histoire remonte à l’été 2009. J’ai 28 ans, je sors d’une rupture amoureuse douloureuse. Je me sens seul. Très seul. Pour combler cette solitude, j’enchaine les plans culs. Un jour, je fais venir deux mecs chez moi, rencontrés sur un site de rencontres. Je comprends vite mon erreur. Ils en veulent plus à ma carte bancaire qu’à ma libido. Je vais vivre l’heure la plus sombre et longue de ma vie. Attaché, frappé et séquestré dans mon propre appartement. Ils finissent par partir avec ce qu’il voulait, ma CB. J’appelle la police. Je porte plainte. J’ai honte. J’ai peur qu’ils reviennent. Je fais des cauchemars la nuit. Mon estime de moi en prend un sacré coup. Je me sens nul d’avoir été aussi « imprudent ». Au travail, j’invente un bobard, j’aurais été agressé dans le métro. Je culpabilise. Je continue les plans culs avec des inconnus, pas toujours protégés. La Prep n’existe pas à cette époque. Quel dommage… Décembre 2009, je fais mon test VIH comme tous les six mois. Le test est positif. Je ne m’y attendais pas. Enfin un peu peut être... Là encore, honte, peur et culpabilisation. Comme un cercle infernal. Je vais vivre deux années de dépression suite à mon agression et ma contamination. Pour moi les deux sont intrinsèquement liés. En 2013, j’obtiens justice après quatre années de procédure judiciaire. La même année, je rencontre celui avec qui je partage ma vie depuis presque dix ans. Je m’en suis sorti, mais combien d’entre nous n’ont jamais réussi à relever la tête ? La honte doit changer de camp. La peur doit changer de camp.

Homophobie et santé mentale

On ne ressort jamais indemne d’une agression homophobe. Mais là aussi, difficile de trouver des données sur l’impact de cette homophobie sur la santé mentale et physique des personnes concernées. Dans une tribune publiée le 24 juin sur Mediapart, le journaliste, militant et président de Paris sans sida, Christophe Martet, donne des éléments de réponse : « Les autorités de santé connaissent les chiffres de ce mal-être. Il n’est pas inutile de les rappeler. Selon l’analyse du Baromètre gay 2017, publiée par Fabienne El Khoury-Lesueur dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) le 17 mai 2021, « les personnes LGBTQI+ sont davantage concernées par les troubles de santé mentale : le risque d’épisode dépressif caractérisé, de pensées suicidaires et de tentative de suicide est multiplié au moins par deux par rapport à la population de personnes hétérosexuelles. Elles sont aussi plus à risque d’être victimes de violences physiques et/ou verbales l’année précédant l’enquête ». Qu’en est-il des conséquences de cette santé mentale dégradée sur la santé physique et sexuelle des personnes LGBT+ ? « Dans un document de synthèse publié en 2020, l’agence des Nations unies contre le sida [L’Onusida, ndlr] le reconnaissait elle-même : « Nous ne pouvons pas mettre fin à l'épidémie de sida, si nous ne garantissons pas la santé mentale et le bien-être tout au long de la vie, en particulier chez les personnes et les communautés les plus vulnérables », rappelle Christophe Martet. Et le président de Paris sans sida de faire un plaidoyer auprès des pouvoirs publics : « Les actions en faveur de la santé communautaire sont, hélas, peu soutenues en France, alors qu’elle a fait ses preuves dans plusieurs pays anglo-saxons. Les actions de santé communautaire sont des actions de santé publique. Les associations seules ne peuvent pas répondre aux besoins en santé mentale des populations LGBTQIA+. L’État doit prendre sa part, mais l’absence de volonté politique et de moyens sont criants ».

Homophobie et VIH

D'après une étude australienne présentée sur le site aidsmap en janvier 2022, la stigmatisation liée à l’opposition de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels est associée à une moins bonne prévention et prise en charge du VIH chez les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes). Les résultats de l’étude montrent qu’un homme gay ou bisexuel qui vit dans une région avec un niveau supérieur de stigmatisation, a 7,2 % de probabilités en moins d’utiliser la Prep comme outil de prévention, 7,6 % de probabilités en moins de se faire dépister du VIH et 3 % de probabilités en moins de connaitre son statut sérologique. Un HSH vivant avec le VIH dans la région avec le niveau le plus élevé de stigmatisation a, lui, 8 % de probabilités en moins d’être sous traitement ARV (antirétroviral) qu’un HSH vivant avec le VIH dans la région avec le niveau le plus faible de stigmatisation. Les chercheurs-es ont découvert que plus la région avait un niveau de vote élevé contre l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, moins les outils de prévention au VIH étaient utilisés. Les chercheurs-ses précisent que ces données sont à mettre en perspective avec la situation socio-économique des personnes.

En France, il n’existe pas de données chiffrées sur l’impact de l’homophobie sur l’exposition au VIH et aux IST, mais chaque année, les associations de lutte contre le VIH alertent sur le lien évident entre les deux. Ainsi le 17 mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les LGBTQIphobies, AIDES alertait : « Cette libération de la parole transphobe et homophobe est d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans un contexte d’augmentation des cas de transphobie et, plus largement, des actes anti-LGBTQI+, en hausse de 28 % entre 2020 et 2021. Ces violences restreignent l’accès aux soins, aux traitements et à la prévention des personnes qui en sont victimes, alors qu’une personne LGBTQI+ sur deux affirme s'être déjà sentie discriminée lors d'un parcours de soins. Inacceptables en soi car ils brisent des vies, les propos et actes LGBTQIphobes nourrissent aussi les épidémies de VIH et des hépatites ».

Que faire donc, mis à part documenter et dénoncer l’homophobie ? Il est urgent que les pouvoirs publics mettent plus de moyens à tous les niveaux : prévention des LGBTphobies dès le collège et formation de la police, de la justice et des soignants-es pour mieux accompagner les victimes d’homophobie. Sans volonté politique forte, nous continuerons de compter nos victimes et nos morts-es…

Commentaires

Portrait de jl06

Désolé d'être si sombre ,mais faut se faire à l'idée que l'on doit être leur dernier souci ....bientôt  je vois  arriver le reproche de ce que coute un séro à la société .....quand un pays  se crispe à ce point ,tout peut dégénérer rapidement Frown

Portrait de avenger

Je comprends tout a fais ce qu'il est dis mais si les gars agresser par une bandes d'ordures ( je dis une bande car ils attaquent jamais seul,trop peur ils attaquent en  meutes commes les chiens quoi!!)

Ce qui m'interpelle c'est de croire que nos service policier ( gendarmes ,police nationale et je systeme judiçaire va nous aider a retrouver ces enfoirés mais que la justice serai "tres mechante avec eux " mouarrrrffff vous pouvez toujours réver.

Déja une nana qui se fais violer a le plus grand mal a faire enregistrer ça plainte ,alors un mec qui se fais agresser sur un lieux ou un site de rencontre pour du cul je vous laisse imaginer la suite...

Ont dis beaucoups de moi que je suis un radical ( oui j'ai mes antennes mdrrrr) ce que j'assume ,y en a marre que des mecs continu et de se faire insulter voir agresser physiquement,il faut changer la mentalitée de tout ça

Ont pourrais apprendre a se battre a se défendre,monter une assos qui nous entrainerais et que l'on pourrais aussi ouvrir en province ,( j'ai quelques potes qui mont apris un peu a une époque) et cela ma servi 2 fois je mettais fais deja agresser 2 fois par la racailles ambiantes ) aussi devant l'inertie de l'époque en plus ,aller porter plainte fallais y aller ,ce que j ai fais , et il n'en est rien ressorti évidement aussi j'ai décider qu' a partir de maintenant moi aussi je donnerais des coups, la loi du talion en quelque sorte.Mais pour l'avoir vécu j'ai compris que c'etait une question de "posture"certain se fond insulter et ne disent rien ,perso de puis tres longtemps je réponds, et leurs tiens tete je montre que je suis pret a me battre si il le faut!!

la 1ere fois ou je me suis servi d'un sport de combat disont plutot de self defense c'etait un petit merdeux de mon quartier qui me disait salut quand il etait seul et m'insultait quand il etat avec sa dizaine de potes ( quel courage!!!) mais je mettait jurer une chose, qu 'un jour je lui mettrai une raclée et ce jour la na pas rater ,un jour je vais aux clopes et qui je vois arriver en face le mec!!!et la me suis dis " toi c'est ton  jour" bien sur il est arriver a ma hauteur et ma dis avec un sourire hironique " salut eric".

Je l'ai chopper direct a la gorge coller contre le mur et c'est pris un aller retour en pleine gueule l'es partie en chialant,le 2eme un peu différent mais meme recaille ,bref je discuter avec une amie et vlan!!!! me ramasse une grosse baffe dans la tete j' ai dis au ti connard d'arreter il a voulou jouer au malin , ben l'ai chopper lui aussi a la gorge et mon genoux a fais connaissance avec ses couilles,et bien ont ma plus jamais fais chier pour mon homosexualité (si mais de loin mdrrr) et pour l'anecdote quelques années plus tard j ai retrouver un de ces connard a la boite gay ou je taffais me suis fais un plaisir de lui tenir compagnie devant sont pote et de lui rapeller "nos"bon souvenirs Cool

Voila arretons la pleurniche !!! si adorer par les lgbt+ ect ect....c'est pas une ligne téléphonique qui ce jour la qui vous aideras si un connard fais chier.

Mais suis d'accord la peur doit changer de camps les petites ordures du balais de la part de l'état mais de notre part aussi et avec des coups de pieds au cul!!! il es grand temps de sortir de cette situation de pleuniche  a nous de les faire pleurer.

avenger.