À la dérive !

Publié par jfl-seronet le 02.04.2019
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Peut-on faire une grève des soins, lorsqu’on est médecin pour obtenir ce qu’on veut des pouvoirs publics ?

C’est le pari fou et dangereux (en l’occurrence ici pour les femmes) que vient de lancer le Syndicat des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof). Autour de quoi tourne ce chantage (on a beau chercher dans le dictionnaire des synonymes, c’est le mot qui convient le mieux à ce bras de fer corporatiste) ? Un litige sur le fonds de garantie de la profession ; en fait, il s’agit rien moins que de faire pression sur le ministère de la santé afin que soient réglées les affaires individuelles de quinze médecins gynéco condamnés à des dommages et intérêts suite à des erreurs médicales. On doit donc bien comprendre qu’un syndicat de médecins fait du chantage aux soins à propos d’affaires concernant des médecins jugés fautifs dans leur exercice.

Et en quoi consiste ce chantage : « une grève des IVG ». Le conseil d’administration du Syngof, principal syndicat de cette spécialité médicale, a effectivement demandé par mail (12 mars) à ses adhérents-es (environ 2 000 professionnels-les) de se « tenir prêt à arrêter la pratique des IVG ». « Je suis désolé de devoir brandir une menace, mais toucher à un tabou est la seule façon d’être pris en considération lorsqu’un problème important n’est pas pris en compte », croit utile de se justifier Jean Marty, membre du conseil d’administration du Syngof, à l’AFP. Évidemment, la diffusion de ce mail a suscité de très vives réactions et une série de sévères condamnations, dont celle de l’Ordre des médecins. Ce dernier estime que brandir une telle menace est « totalement contraire à la déontologie médicale », ce qui, d'un point de vue éthique, n’a manifestement pas frappé les membres du conseil d’administration du Syngof.

« Se servir du droit des femmes pour appuyer une revendication purement corporatiste : voilà qui en dit long sur l’éthique médicale du Syngof », tacle l’Obs (14 mars). La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a qualifié l’opération de « prise en otage des femmes ». Elle va même plus loin dans un communiqué dénonçant le « caractère inadmissible de ces menaces qui vont à l’encontre du respect inconditionnel du droit à l’IVG garanti dans notre pays ». Même critique chez Marlène Schiappa qui pointe « un chantage inacceptable ». Le Planning familial n’est pas en reste, sa coprésidente, Caroline Rebhi, souligne que cette « nouvelle affaire nous montre que le droit à l’avortement, même s’il est inscrit dans la loi, n’est pas encore considéré comme acquis ». 

Résonne alors la réponse faite en septembre dernier, par le docteur Bertrand de Rochambeau, président du Syngof. Interrogé par une journaliste de Quotidien sur TMC, il expliquait à propos de l’IVG : « Nous ne sommes pas là pour retirer des vies ». La journaliste lui rétorquait qu’une IVG n’était pas un crime. Et lui de répondre : « Si, madame ! » Alors évidemment, appeler à la « grève des IVG » ne doit guère poser de problème de conscience.

PS : Face au tollé, le Syndicat des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) assure dans un communiqué qu’il ne cessera pas la pratique des IVG, mais qu’il n’entend pas faiblir « devant le problème de couverture assurantielle (…) qui menace la pérennité de la profession ». Bref, sans regret, ni remords.