LGBTI+ : des hauts et des bas !

Publié par jfl-seronet le 25.06.2019
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Elle est toujours intéressante cette période des Marches des Fiertés avec son lot de nouvelles LGBTI+

Récemment, on a ainsi vu la Cour suprême brésilienne (13 juin) prendre le contrepied de l’homophobie du président Jair Bolsonaro. Celle-ci a, en effet, décidé par huit voix contre trois de criminaliser l’homophobie. De son côté, Jair Bolsonaro a affirmé (14 juin) que la Cour suprême avait outrepassé ses prérogatives en criminalisant l'homophobie. Il a, par ailleurs, redit sa volonté de nommer un-e juge évangélique (homophobe, cela va sans dire) à la plus haute juridiction du pays. Mais cela reste une bonne nouvelle au final.

Bonne nouvelle également que la décision de la Cour constitutionnelle colombienne qui a annulé un article du code pénal qui criminalisait la transmission du VIH et de l’hépatite B. Bien sûr, nous ne sommes pas ici directement sur le terrain des droits LGBTI+, mais en Colombie comme ailleurs le VIH concerne souvent des personnes LGBTI+.

En Europe aussi, les choses bougent. L’Allemagne prépare une loi pour bannir la « conversion » des homosexuels. Comme l’expliquent l’AFP et Le Figaro (17 juin), le ministre allemand de la Santé Jens Spahn veut présenter d'ici la fin 2019 un projet de loi pour interdire les prétendues « thérapies de conversion » de l'orientation sexuelle des homosexuels. « Je suis pour une interdiction de ces thérapies. Parce que l'homosexualité n'est pas une maladie et n'a donc pas besoin de thérapie », a expliqué ce ministre. Il sait de quoi il parle, il est gay. C’est une bonne surprise d’autant que cette personnalité politique fait partie des conservateurs… peu en phase avec les revendications LGBTI+. Si l’initiative ministérielle va au bout et que la proposition est adoptée, l'Allemagne rejoindra Malte et certaines régions autonomes espagnoles qui sont les seuls territoires en Europe ayant interdit ces pratiques. En Allemagne, ces pseudo-thérapies, principalement proposées dans les milieux religieux radicaux, concernent quelque 1 000 personnes par an, selon la fondation Magnus-Hirschfeld qui se consacre aux droits des personnes LGBT outre-Rhin. « Les thérapies de conversion ne soignent pas mais rendent malades », a martelé Jens Spahn, s'appuyant sur les premiers résultats d'une commission mise en place à sa demande au début de l'année. Son rapport est attendu officiellement pour août, mais d’ores et déjà des spécialistes qui y ont contribué indiquent avoir recueilli « plusieurs témoignages faisant état de dérives ». Et Le Figaro de rapporter le cas d’une femme qui « a raconté qu'un « thérapeute » l'avait enrôlée dans des séances de luminothérapie et des entretiens d'endoctrinement ». La « patiente » a tout arrêté lorsque des électrochocs lui ont été suggérés. En mars 2018, le Parlement européen a adopté à une large majorité un texte non-contraignant appelant les États membres à les interdire. Des débats sur leur interdiction éventuelle ont actuellement lieu en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Reste qu’il n’y a pas que des bonnes nouvelles. On en veut pour preuve une récente intervention du ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, auquel le site csdhi.org a consacré un article. Lors d’une conférence de presse à Téhéran avec son homologue allemand, Heiko Maas, Javad Zarif est interrogé par le journaliste du Bild, Paul Ronzheimer, sur la peine de mort pour les homosexuels en Iran. Javad Zarif répond : « Notre société a des principes moraux, et c’est selon ces principes que nous vivons. Ce sont des principes moraux concernant le comportement des gens en général. Et c'est parce que la loi est respectée et que vous respectez les lois » a répondu Zarif. C’est court, mais c’est dramatiquement clair. D’ailleurs, fin janvier 2019, un homme de 31 ans a été publiquement pendu en Iran après avoir été reconnu coupable d’avoir enfreint les lois anti-homosexuelles du pays.

On ne sait pas si cela peut faire pencher la balance dans l’autre sens… et ne pas complétement désespérer du monde, mais Libération (12 juin) nous apprend que le Bhoutan, petit royaume himalayen, est en passe de décriminaliser l'homosexualité. La chambre basse du Parlement de ce petit État de 750 000 habitants environ a supprimé, à la quasi-unanimité, deux alinéas du Code pénal sanctionnant d'un an de prison le « sexe contre nature », soit la « sodomie ou tout autre comportement sexuel qui va à l'encontre de l'ordre naturel ». Pour être effective, la décriminalisation des rapports homosexuels doit désormais être votée par la chambre haute du pays puis recevoir l’approbation royale, mais les activistes LGBTI+ sont d’ores et déjà heureux.

Cette bonne nouvelle suffira-t-elle à nous faire oublier l’agression dont a été victime un couple de femmes, Melania et Chris, dans un bus à Londres, début juin. Quatre hommes ont agressé les deux jeunes femmes en les tabassant, après les avoir obligées à s’embrasser. On va vu leurs visages tuméfiés, le courage de leur message. La police a ouvert une enquête. Melania, une des deux jeunes femmes agressées, a expliqué au Huffington Post : « Ce qui me bouleverse le plus, c’est que la violence est devenue une chose commune (…) J’en ai assez d’être prise comme un objet sexuel, de découvrir que ces situations sont habituelles, que des amis gays sont battus. (…) Nous devons supporter le harcèlement verbal et la violence machiste, misogyne et homophobe. (…) J’espère juste qu’en ce mois des fiertés, des trucs comme ça peuvent être prononcés à haute voix pour qu’ils arrêtent de se produire ! »

Nous sommes en juin, c’est le mois des Fiertés. Puisse-t-elle avoir raison !