Sans-abri et pas sans risques !

Publié par jfl-seronet le 15.04.2020
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Il y a quelques jours, l'AFP mettait en avant les personnes qu'on oublie souvent, y compris dans le cas d'une crise sanitaire majeure comme celle que nous connaissons depuis quelques semaines. L'agence de presse consacrait un reportage aux personnes sans-abri, des personnes souvent sans solution dans les « rues françaises dépeuplées » et, de ce fait, plus vulnérables que jamais.

Comme on peut l'imaginer, l'infection à Covid-19 a vidé les rues. Difficile dans ce contexte... qui va durer plusieurs semaines, de demander de l'argent aux passant-es, de trouver de quoi manger alors que les services habituels des associations sont bousculés par la crise sanitaire. De fait, dans les « rues de France vidées par le coronavirus », des milliers de personnes sans-abri se retrouvent « enfermées dehors », confrontées à un quotidien, déjà pénible en temps normal, « encore plus dur » aujourd'hui. Certaines personnes sans-abri interrogées par l'AFP à l'occasion de cet article expliquaient être « vaguement au courant » des fameux gestes barrières et de la distance de sécurité face au coronavirus. La distanciation sociale, elles connaissent bien ou plutôt subissent depuis longtemps et le Covid-19 n'a rien à voir là dedans. Le reportage expliquait que les personnes ignoraient encore tout des « rares centres d'accueil qui commencent à ouvrir pour accueillir les SDF infectés-es mais dont l'état de santé ne requiert pas une hospitalisation ». « À la rue, on finit par être immunisé contre les microbes », ironisait une des personnes interviewées.

De fait, de très nombreuses structures ont interrompu, du moins temporairement, certaines de leurs activités. Les causes en sont multiples : certains salariés-es et bénévoles sont forcés-es de garder leurs enfants ; d'autres sont des retraités-es invités-es à ne pas sortir de chez eux-elles, etc. Tout cela a joué sur l'offre de services alors que la demande restait forte. L'Insee recensait 150 000 personnes sans domicile en France dans sa dernière enquête datant de 2012. Selon les associations, ce chiffre est largement sous-évalué et avoisinerait en réalité les 250 000. Maraudes et distributions alimentaires sont moins fréquentes et nombre d'accueils de jour n'ouvrent plus, note l'AFP.

Face à cette situation, le gouvernement a pris quelques mesures d'urgence. Il a prolongé de deux mois la trêve hivernale jusqu'à fin mai, suspendant ainsi les expulsions et remises à la rue des 14 000 personnes logées en centres d'hébergement d'urgence, seulement pendant l'hiver. Il ouvre également progressivement des centres dédiés aux personnes sans-abris infectées, dont l'état de santé ne nécessite évidemment pas une hospitalisation. Il a même promis une « plateforme pour recenser les volontaires souhaitant remplacer les bénévoles confinés », les fameuses personnes retraitées très investies habituellement, mais expressément invitées à rester chez elles le temps de la période de confinement. Du côté des associations du secteur, on trouve que les mesures sont insuffisantes. Beaucoup d'ONG réclament une réquisition des innombrables hôtels actuellement vides pour que les personnes sans-abri puissent se confiner en sécurité, plutôt que dans ces centres où elles dorment parfois à plusieurs et où des dizaines de contaminations ont déjà été confirmées, indique l'AFP. Le gouvernement a d'ailleurs répondu à l'appel en commençant à réquisitionner des chambres d'hôtel. Le gouvernement a néanmoins exclu toute contrainte. "Il n'y a pas de couvre-feu dans notre pays (cela dépend des villes) : il n'y aura pas d'isolement ou de mise à l'abri de force des SDF", a déclaré M. Denormandie.

À un moment, il a été évoqué des cas de personnes sans-abri qui auraient été verbalisées par la police pour non-respect du confinement. Le fin du fin de l'injustice et de l'absurde. Les faits se seraient produits à Lyon, à Paris, à Rochefort et à Bayonne et plusieurs médias en ont fait état. Libération (24 mars) a procédé à une vérification, tant l'annonce semblait délirante et d'une profonde injustice. En fait, il n'y a eu aucune verbalisation de ce type, fort heureusement. D'ailleurs, des consignes claires ont été données aux préfectures pour que cela ne puisse pas se produire. En fait pour éviter que les personnes restent dehors et se trouvent exposées à des risques élevés de contracter le coronavirus, des « logements » ont été réquisitionnés. Le 24 mars, la mairie de Paris indique dans un communiqué que deux des 14 gymnases que la Ville de Paris ont été mis à disposition de l’État dans le cadre de la crise sanitaire. Ils ont été ouverts afin de prendre en charge les personnes vivant sur le campement de la porte d’Aubervilliers. Cette opération de « mise à l’abri » a permis au total la prise en charge de 732 personnes, explique la mairie.

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L’accueil de nuit de la rue Lycklama arrivant à saturation, la cité des festival a mis à disposition ce vendredi, à l'initiative et sur réquisition du maire de Cannes David Lisnard, un local de 1.000m² dans le bâtiment, qui pourra accueillir 50 personnes. Dans un premier temps...

"Vous pourrez trouver un lit, des douches, trois repas par jour. On vous demande juste de bien faire attention, de vous servir du gel et de bien respecter toutes les précautions." À l’accueil, un bénévole du Samu social explique les modalités d’usage à un homme, la quarantaine, traits tirés, sac à l’épaule.

Il est 17 h 10 : le nouveau centre d’accueil de Cannes vient à peine d’ouvrir ses portes et, déjà, ils sont près d’une dizaine à patienter devant l’entrée.

Quelques heures plus tôt, c’est une véritable fourmilière, membres du Samu social, de la Protection civile, du CCAS, qui s’activait dans le hall des professionnels du Palais des festivals, mis à la disposition par la ville de Cannes.

Et là, ce n’est pas du cinéma... Face à l’affluence débordante de l’accueil situé rue Lycklama, il a fallu agir dans l’urgence.

UN MÈTRE CINQUANTE ENTRE CHAQUE LIT

"Habituellement, à Lycklama, il y a 17 lits hommes et 9 lits femmes, détaille Christophe Visentin, directeur du Samu social et président de la Protection civile de Cannes. Évidemment, il y a eu une hausse de fréquentation avec le coronavirus et ça devient limite."

Alors, pour loger les sans-abri, un espace de 1.000 m2 a été dégagé au cœur du Palais et cinquante lits disposés. "Avec un espacement raisonnable d’un mètre cinquante entre chaque."

Et, tout de même, un "protocole d’admission": fouille succincte des bagages, un petit coup de gel hydroalcoolique sur les mains et une prise de température.

D’ailleurs, en cas de fièvre, il se passe quoi ? "On contacte le 15, qui avisera en fonction des infos transmises", précise Christophe Visentin.

Sur place, six personnes – deux agents de sécurité, deux du CCAS et deux du Samu social (relayés, le week-end, par deux membres de la Protection civile) – seront présentes chaque jour, pour assurer aux personnes hébergées "le maximum de confort".

SANS MASQUES, PAS DE MARAUDES...

Ainsi, on retrouve, au-delà des lits, un coin restauration – trois repas par jour, donc, livrés par le Samu social et la Ville – un sèche-linge, un espace télévision, un autre avec livres et jeux de société. Un chenil pour les animaux de compagnie a même été mis en place.

"Devant le local, un périmètre de sécurité a été établi, pour leur permettre de prendre l’air", ajoute un bénévole.

Un lieu sécurisant, après plusieurs jours d’incertitude et un "sentiment d’abandon" toujours plus prégnant : "En fait, au Samu social, on attend toujours la dotation de l’État en matériel, notamment en masques, sourit Christophe Visentin. Alors, quand le confinement a débuté [mardi], on a dû stopper nos tournées."

"Ce matériel, c’est la condition sine qua non des bénévoles pour continuer. Alors, le soir, les sans-abri nous attendaient, sans nous voir, la faim au ventre. Il faut savoir qu’à part nous, toutes les associations de même type sont fermées."

En attendant des nouvelles de l’ARS (agence régionale de santé) et de la DDCS (direction départementale de la cohésion sociale), c’est la Ville qui fournit les bénévoles en matériel. Histoire d’être rassurés et, donc, rassurants envers un public parfois méfiant.

Pour l’heure, ils sont donc cinquante à pouvoir intégrer la structure du Palais.

"Ils sont nombreux près du McDonald’s ou de la gare SNCF et peuvent donc venir à pied. Ceux qui sont éloignés, le Samu social peut les transporter jusqu’au site. Voilà, pour l’heure, il y a 50 places ; s’il faut monter la capacité, on pourra le faire. On va suivre tout ça de près."

https://www.nicematin.com/faits-de-societe/la-ville-de-cannes-ouvre-le-p...

 

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Laurent Sagalovitsch — 29 avril 2020 à 11h05 Nous ignorons encore si nous sommes victimes d'un simple accident de terrain ou si nous nous trouvons à la veille d'un immense chambardement.Le virus nous a pris par surprise. | Edwin Hooper via UnsplashLe virus nous a pris par surprise. | Edwin Hooper via Unsplash 

Pour les gens de ma génération, ceux nés dans les années 1960 ou même après, la vie jusqu'à l'apparition de cette pandémie a ressemblé à un long faux plat disputé sous des auspices plus ou moins avenants. Je ne dis pas que ce fut nécessairement une période heureuse –le sida, le chômage de masse, la précarité, le terrorisme furent autant d'épreuves à surmonter– mais comparée aux époques précédentes, toutes pleines de bruit et de fureur, de guerres et de morts par millions, de déplacements de population et de génocides, la nôtre, à bien des égards, se déroula dans un relatif confort.

Collectivement, hormis les épisodes sanglants des dernières attaques terroristes, nous n'avons rien connu qui puisse nous mettre à genoux. Nos existences ne furent pas forcément prospères –nous avons tous connu des accidents de vie– mais dans l'ensemble, vivant dans un monde relativement stable bâti sur les cendres des deux guerres mondiales, nous avons eu cette chance incroyable de vivre en paix, à l'ombre des grandes tragédies qui endeuillèrent les siècles passés.

Oui dans une large mesure, nos vies ont été paisibles. Notre niveau de vie progressait, notre espérance de vie aussi, et même si tout n'était pas rose, nous pouvions envisager l'avenir avec confiance et détermination. Malgré les tentations populistes, les sociétés tenaient bon et si les problèmes ne manquaient pas, si les accès de colère se multipliaient, si les inégalités se développaient, notre socle démocratique partagé par le plus grand nombre permettait à chacun d'entre nous d'aller dans la vie sans rencontrer d'obstacles majeurs, du moins pas de nature à menacer nos équilibres vitaux.

Et voilà que le virus nous a pris par surprise et que d'un coup, l'histoire s'est réveillée.

Nul ne sait encore ce qui sortira de cette pandémie mais confusément nous sentions bien que nous avons changé d'ère, que ce qu'hier encore nous tenions pour acquis ne l'est plus forcément. Nous nous sentons traversés par le souffle de l'histoire, et ballottés comme jamais, nous n'arrivons plus à imaginer un avenir qui assurerait pour nous tous paix, calme et sécurité. Quelque chose a déraillé et le monde entier, de Paris à New York, de Bagdad à Bombay, s'est mis à bégayer.

Nous avons dévissé et nous ignorons encore si nous sommes victimes d'un simple accident de terrain ou si nous nous trouvons à la veille d'un immense chambardement qui mettra en péril notre façon d'être au monde. Nous vivons tous des situations compliquées, nous nourrissons tous des inquiétudes personnelles, des angoisses intimes, un infini sentiment de perplexité sans qu'il nous soit possible de déterminer avec exactitude la gravité de la situation.

Et cette incertitude à laquelle nous n'étions pas préparés nous plonge dans une sorte de sidération, un flottement généralisé qui colore nos vies d'un bien étrange aspect, une irréalité qui parfois prend les allures d'un cauchemar éveillé. Où serons-nous dans deux mois, dans six mois, l'année prochaine? Nul ne le sait.

Les désastres économiques qui s'annoncent, une fois la stupeur passée, plongeront-ils nos sociétés dans un chaos annonciateur de changements institutionnels radicaux, prélude à des temps assassins, ou bien entraîneront-ils un élan de solidarité, un vrai partage des richesses, capable de nous faire passer l'obstacle sans trébucher? La mort arrêtera-t-elle sa propagande ou continuera-t-elle à se répandre comme une force maléfique et invincible? Serons-nous assez forts collectivement pour affronter sans flancher cette pandémie ou bien nous jettera-t-elle plus bas que terre, dans le ravin des déconstructions mortifères?

À ces questions cruciales, personne n'a encore la réponse.

Nous avons juste le sentiment d'avoir été percutés par l'histoire et face à cet assaut imprévu, nous vacillons dans nos certitudes. Les morts chaque jour recensés nous endeuillent un peu plus; les chiffres du chômage semaine après semaine un peu plus éloquents nous affolent. Comme une dépression qui nous aspirerait vers le bas sans qu'il nous soit possible de nous raccrocher à un quelconque espoir si ce n'est celui d'un hypothétique et lointain vaccin.

Le train de l'histoire nous a rattrapés.

À nous de veiller qu'il ne déraille pas.

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A QUOI NOUS SERVENT LES ETRANGERS .................. L'offensive de Bellanova: dans le décret de mai, régularise immédiatement 600 000 immigrants

Permis de séjour temporaire pour les travailleurs agricoles et les soignants irréguliers. "Des centaines de travailleurs enfermés dans les ghettos et aux mains du crime sont une urgence sociale et sanitaire"

04 mai 2020   dans le décret de mai, régularise immédiatement 600 000 immigrants Teresa Bellanova, ministre de l'Agriculture (boucle) ROME. «Des travailleurs irréguliers qui travaillent dans nos domaines. Les femmes qui sont dans nos familles comme soignantes et sont en noir. Je demande qu'ils soient régularisés immédiatement avec des permis de séjour temporaires de six mois renouvelables pour six mois supplémentaires ". Teresa Bellanova, la ministre renzienne de l'Agriculture, a placé l'aut aut lors de la dernière rencontre entre le Premier ministre Conte et les chefs de délégation du parti. Il sait qu'il peut compter sur la ministre de l'Intérieur, Luciana Lamorgese, entre les mains de laquelle sont prises les mesures de régularisation des migrants. Bellanova dit: «Pour moi, c'est une question qui doit être résolue dans ces heures. Que voulons-nous attendre d'autre? ". Il est également en contact avec le ministre du Travail, le grillier Nunzia Catalfo. L'amnistie devrait concerner environ 600 000 immigrants illégaux. Même s'il n'y a toujours pas de numéro officiel. Il a été question d'une mesure ad hoc. Mais en attendant, le ministre de l'Agriculture vise à ramener à la maison le décret Cura Italia bis, la norme qui fait ressortir le travail illégal des immigrants irréguliers, en les régularisant.

«Nous avons découvert que les travailleurs étrangers en Vénétie étaient payés 3 euros de l'heure pour la récolte des raisins. Ils étaient entre les mains de caporaux qui peuvent être italiens ou étrangers mais qui répondent toujours au crime. Je ne pense pas qu'il y ait autre chose à attendre. Nous savons que des centaines et des centaines de travailleurs agricoles sont enfermés dans des ghettos comme des souris. Ils ne sortent pas car ils seraient immédiatement identifiés et sont sans papier. Le problème est donc double: santé et travail ". Bellanova procède par des exemples. «À Borgo Mezzanone, dans la province de Foggia, 3 000 personnes sont massées dans un camp de fortune. Il n'y a certainement pas de distanciation sociale, ni de dispositifs de sécurité comme des masques, des désinfectants, etc. Au moment où ils reprennent une activité, ils font tout exploser en termes d'urgence médicale. "
 De cela lors de la rencontre avec le chef du ministère de l'Intérieur, Lamorgese prendra la parole aujourd'hui. 

Par conséquent, les modalités de l'amnistie ne sont pas encore définies. Pour le ministre de l'Agriculture, on peut penser à une identification à travers des tasses de clichés de migrants déposés à l'entrée de l'Italie. Selon Bellanova, la route vers les permis temporaires devrait être suivie pour accélérer les procédures. «C'est un choix dû et respectueux de la part de l'État. Cela doit être fait maintenant, dans le décret que nous sommes sur le point de lancer. Sinon, nous mettons tous nos efforts en danger. Il suffit de faire le tour des ghettos pour comprendre qu'il y a des conditions qui appellent à la vengeance, notre humanité est affectée ».

Il y a aussi un problème de récolte des fruits et légumes. La régularisation des irrégularités a un double aspect: sanitaire mais aussi économique. Dans le quartier des fruits et légumes de Saluzzo, dans la région de Cuneo, il y a un blocage des récoltes. Environ 10 000 étrangers travaillent sur la cueillette des fruits qui doit être effectuée immédiatement: les nèfles, les kiwis, les abricots ne peuvent pas pourrir sur la plante. Toujours Bellanova: «75% de ces travailleurs sont des immigrants, de nombreux Africains. Soit nous commençons par la récolte, soit les entreprises pourriront les produits dans les champs. Personne n'interdit aux Italiens de se présenter comme des collectionneurs, mais la vérité est qu'ils ne le font pas. "