Trod VHB : il faut faire vite !

Publié par Caroline Andoum et Joseph Koffi le 17.05.2016
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Pour dur que cela puisse être — parfois, ils font mal ou peur —, il est bien de rappeler certains chiffres ; des vrais chiffres, scientifiquement validés, qui constituent un rappel et mieux encore un appel à passer à l’action. De quels chiffres s’agit-il ici ? De ceux concernant le VHB (hépatite B) en France dans nos communautés.

Parmi les personnes de 18 à 80 ans vivant en France métropolitaine, plus de 5 % des personnes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne vivent avec une hépatite B contre 0,5 % des personnes d’origine française. On recense environ, au total, 300 000 personnes vivant avec le VHB en France, dont la moitié l’ignore. Pour le VHC (hépatite C), on estime que le risque d’avoir été en contact avec ce virus est trois fois plus élevé pour les personnes migrantes que pour le reste de la population. Elle se trouve d’abord ici, la raison de l’engagement du Raac-Sida dans la lutte contre les hépatites virales et tout particulièrement en faveur de la mise en place le plus rapidement possible des tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) pour le VHB. En juin 2015, le Raac-Sida organisait à Lyon un séminaire dont l’objectif était de renforcer la mobilisation du réseau et de ses partenaires pour réduire la prévalence des hépatites virales en général et celle du VHB en particulier dans les communautés migrantes originaires d’Afrique et des Caraïbes. Il en est ressorti une feuille de route (1) ambitieuse destinée à développer la prise en compte des hépatites virales dans les actions conduites par les associations du réseau, mais aussi à renforcer sa place dans les politiques locales et nationales de santé publique à destination des personnes migrantes. Trop peu de choses sont faites aujourd’hui contre les hépatites virales dans nos communautés, alors que les outils et les solutions existent et que la situation le justifie pleinement.

C’est ce que montrent, notamment, les résultats de l’enquête ANRS Parcours à laquelle le Raac-sida a été largement associé. Notre feuille de route s’appuie sur eux. Les conclusions de cette enquête soulignent la nécessité de renforcer la mobilisation communautaire pour développer de nouvelles stratégies de lutte contre le VHB B, dont le déploiement d’une offre de dépistage communautaire, fait par les communautés, pour les communautés. La prise en charge rapide et efficace de nombreuses maladies nécessite un diagnostic précis. Le recours aux Trod a pour objectif pour éviter une évolution vers des complications graves pouvant mettre en jeu, dans certains cas, le pronostic vital. Le dépistage communautaire, tel que nous le concevons, permet d’aller au plus près des personnes, de surmonter bien des obstacles et de pallier les problèmes d’accès aux soins, nombreux, que connaissent les personnes migrantes.

Ces dernières années, les Trod ont été développés et recommandés pour le VIH et le VHC. Concernant le Trod VHB, rien ne semble avancer alors qu'il se fait attendre depuis longtemps… Qu’en est-il ? Les tests de dépistage déjà disponibles sur le marché et autorisés par la communauté européenne recherchent l’AgHBs — soit l’antigène HBS, un des éléments de l’enveloppe du virus de l’hépatite B — dont la présence signe le diagnostic chez la majorité des personnes infectées par le VHB. La performance de ces tests semble bonne selon les données des fabricants et des études indépendantes. Ces tests pourraient donc être très rapidement appropriés par nos associations. Un groupe de travail (2) se penche, depuis février 2016, sur l’utilisation des Trod VHB dans la stratégie de dépistage de l’hépatite B. Ses travaux sont très attendus car ils aboutiront à l’élaboration de recommandations fixant le cadre de leur utilisation, notamment dans le dépistage communautaire. A l’exemple des Trod VIH et VHC, les Trod VHB seront un outil complémentaire dans l’offre actuelle de dépistage. Ils seront des outils indispensables pour les associations comme les nôtres qui travaillent en direction des populations parfois précaires et exclues du système de santé. Ils nous permettront d’aller au plus près des personnes et tout spécialement celles qui sont le plus éloignées des soins. Ils nous permettront aussi d’avoir une offre de dépistage communautaire plus complète (VIH, VHC, VHB), plus simple. Cela devrait multiplier les chances de se voir proposer un dépistage, contribuer à une meilleure connaissance pour chacun de son statut sérologique et faire le lien avec le soin en cas de découverte de séropositivité. C’est un enjeu individuel pour la santé de chacun, mais aussi collectif, dans l’intérêt de nos communautés. Il s’agit aujourd’hui pour notre réseau de travailler aux modes opératoires et aux partenariats à mettre en place pour donner toute leur place aux TROD dans nos communautés, et d’inciter à la vaccination contre le VHB. La mise à disposition rapide des Trod du VHB est primordiale. Nous la voulons ; nous y travaillons.

(1) : Publiée dans Gingembre n°24, automne 2015.
(2) : Joseph Koffi, médecin hépatologue à Lyon, membre du réseau, représente le Raac-sida dans ce groupe de travail.