L’ombre de Wall Street plane sur la Conférence africaine

Publié par Costa le 04.12.2008
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La XVe Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (ICASA) s’est ouverte hier pour 5 jours à Dakar en présence de 5 000 délégués venus du monde entier.
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L’occasion de faire le point sur deux décennies de lutte contre la pandémie en Afrique, le continent le plus touché, en particulier dans sa partie subsaharienne qui totalisait, en 2007, 67% des personnes vivant avec le VIH dans le monde et 75% des décès imputables au sida. L’occasion aussi pour de nombreux délégués de faire part de leurs “craintes” face à une baisse éventuelle des financements internationaux attribués à la lutte contre l’épidémie. Interrogée par l’AFP, la co-lauréate du Prix Nobel 2008 de médecine, Françoise Barré-Sinoussi n’a ainsi pas caché que “comme la majorité des personnes, chercheurs cliniciens, milieux associatifs, nous avons tous des craintes sur les conséquences de la crise économique, en particulier sur l’engagement des pays en faveur du Fonds mondial” de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. “L’accès universel aux traitements en 2010, c’est dans deux ans à peine“, a-t-elle poursuivi, un objectif qui sera “déjà difficile à atteindre, mais si se rajoutent à cela des problèmes économiques et financiers…” Un scepticisme partagé par les responsables de la Banque mondiale qui ont, pour leur part, évoqué une “période très difficile et pleine de défis”. Reconnaissant que “la crise met une pression très forte”, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Éric Chevallier, a, quant à lui, tenté de rassurer en affirmant que la France resterait “un acteur majeur du financement” de la lutte contre le sida. “Nous fournissons 300 millions d’euros par an sur 3 ans, soit 900 millions pour les 3 années qui viennent, au Fonds mondial”, a-t-il notamment précisé. Pendant ce temps, plusieurs centaines de militants et de nombreux enfants défilaient dans les rues de Dakar en brandissant des marionnettes géantes de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy pour leur rappeler la nécessité de tenir leurs engagements. Comme l’a fait remarquer un des manifestants, “les petits Africains qui souffrent de l’impact du VIH et du sida et qui n’ont jamais entendu parler de Wall Street ne devraient pas payer le prix du ralentissement de l’économie mondiale”.

Crédit : Les marionnettes de Sarkozy et d'Obama paradent à Dakar de Bruno Deme sur Vimeo. Si dans la plupart des pays africains l’épidémie semble aujourd’hui s’être stabilisée, c’est à un niveau élevé. 38% des décès mondiaux intervenus en 2007 ont ainsi été enregistrés en Afrique australe tandis qu’avec 26% d’adultes infectés, le Swaziland détient le taux de prévalence le plus élevé au monde. Mais c’est l’Afrique du Sud, la principale puissance économique du continent, qui compte le plus grand nombre de personnes touchées par le VIH (5,7 millions environ). Un pays où, selon une récente étude de l’université d’Harvard, l’incapacité des autorités à fournir des traitements adaptés aurait causé la mort de 365 00 personnes entre 2000 et 2005.

Alors que les rapports hétérosexuels restent la principale cause de transmission de la maladie sur le continent africain, les programmes d’information et d’éducation ont permis à certains pays, comme l’Ouganda, de voir la prévalence de l’infection diminuer de 50%. D’autres, comme le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire ou le Bénin, enregistrent depuis peu des changements de comportements et une forte augmentation du recours au préservatif lors de rapports sexuels avec un partenaire occasionnel.

Crédit photo : Bruno Deme