Visite de courtoisie à Saint-Laurent du Maroni

Publié par Mathieu Brancourt le 06.08.2011
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visite ministérielle
Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, est passé par Saint-Laurent du Maroni, pour visiter le Centre hospitalier de l'ouest guyanais (CHOG). Samedi 23 juillet, c'est une visite - au pas de charge - qu'il lui a permis d'entrevoir les besoins criants, humains comme matériels, que réclament les soignants. A la clé, une enveloppe de douze millions d'euros, pour la reconstruction et l'amélioration de la structure. Seronet, à 7000 kilomètres de la métropole, y était !
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Il y a des choses qui ne s'inventent pas. En déplacement à Saint-Laurent du Maroni, afin d'y rencontrer la délégation de AIDES sur place, et ainsi pouvoir rendre compte de la situation de l'épidémie de VIH dans un département français parmi les plus touchés, quelle ne fut pas la surprise d'apprendre que Xavier Bertrand s'y rendrait, lui aussi. Destination traditionnellement oubliée par les visites ministérielles, le ministre visiterait, cette fois-ci, le Centre hospitalier de la ville de l'ouest guyanais (CHOG). Rendez-vous fixé samedi 23 juillet, à midi. L'opportunité est trop belle. Mais la presse y est-elle conviée ? La chargée de communication du ministre m'informe que monsieur Bertrand est déjà dans l'avion, pour "l'étranger". Désolé, mais n'en déplaise à certains, la Guyane est française ! Et il faudra passer par la préfecture de ce département pour obtenir la précieuse accréditation. Quelques mails et coups de fil plus tard, c'est officiel : Seronet sera de la fête !
Devant le Centre hospitalier, c'est l'effervescence. Le directeur se tient près. Le dispositif déployé est impressionnant, au vu de la durée de la visite. Une heure, d'après l'agenda, modifié à la dernière minute. "Dix minutes avant arrivée de l'autorité", annonce un policier en civil, oreillette vissée. La visite des services sera accessible à la presse, finalement. Soudain, la première voiture s'engouffre dans l'allée de l'hôpital, suivie de deux autres. Les forces de l'ordre se mettent en place. Le ministre sort de son véhicule, salue les officiels, qu'il avait déjà rencontrés en 2006, dont son homonyme Léon Bertrand, maire de Saint-Laurent du Maroni, qui fait, lui aussi, son retour sur la scène médiatique, après ses démêlés avec la justice.

C'est le chef du service de pédiatrie, le docteur Gabriel Carles, qui se charge de faire visiter les lieux. Dans les couloirs, les équipes se font souriantes. Le cortège, fait de journalistes, médecins et autres soignants, forme un petit train derrière le ministre, qui déambule, visiblement curieux. La chargée de communication du ministère m'assure qu'il y aura "un temps d'échange avec les acteurs de terrain", après la visite. Durant cette dernière, les questions du ministre fusent, mais, dans chaque service, le constat est le même : face à une demande importante, le manque de lits, de moyens humains et matériels se fait cruellement sentir. Quand on lui donne le nombre de soignants pour les urgences, une cadre du service lui répond que : "C'est quand on les a". Les difficultés à pourvoir les postes sont énormes, et cela dans tous les services. Dans les couloirs, des patients - dans tous les sens du terme - assistent étonnés à la scène. La chaleur est étouffante, mais le ministre continue son parcours au sein de l'hôpital. Entre chaque service, on aperçoit des soignants, en rang d'oignons, saluant consciencieusement au passage du ministre. Au service des maladies infectieuses, le docteur Caroline Misslin confie ses doléances. Le service, qui accueille en premier lieu les patients vivant avec le VIH, est le premier poste de dépenses du CHOG. "Nous suivons près de 400 personnes, avec une problématique d'hospitalisation longue, de patients arrivant très malades et souffrant de maladies opportunistes, dans un contexte où près de 30% des personnes vues dans le service sont perdues de vue par la suite. Plus de la moitié des personnes sont dépistées au stade sida et nous avons près de 15% de mortalité, soit près de huit fois plus qu'en métropole", ajoute le médecin du service. Face à ce constat, le ministre promet une enveloppe de douze millions, qui doit être débloquée "dès que possible", pour répondre à ces chiffres inquiétants. En repartant, il demande - discrètement - si les personnes étrangères sont nombreuses. Quelques patients viennent, en effet, du Suriname tout proche et sont pris en charge par l’hôpital de Saint-Laurent. Le docteur Carles évoque alors les efforts fournis depuis quelques années par le pays voisin, dans la prise en charge des personnes, par la reconstruction du centre d'Albina. La coopération est en place, ajoute le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) de Guyane, Philippe Damie, avec une rencontre, trois fois par an, avec la direction de la Santé du Suriname. S'engouffrant dans la brèche, le ministre pose le question - sans vraiment la poser - : "Il n'y a donc plus de problème, quant à la disponibilité des traitements ?" Mais le médecin est plus nuancé. Pour l'instant, les travaux n'ont pas commencé et les personnes vivant sur les rives du fleuve doivent se tourner vers les structures de Saint-Laurent du Maroni. Pour Xavier Bertrand, même dans une période où "l'Etat compte ses sous, il y a une multitude de plans d'aides, qui ne peuvent pas tous être retenus, mais quand on vient ici, on constate les besoins, dans tous les services", conclut-il, l'air grave.

La visite se termine lorsque le ministre semble se crisper. La rencontre avec les acteurs locaux n'est plus dans ses plans et il est "en retard". Dans l'escalier ramenant vers la sortie, il tance un membre de son équipe, d'une colère froide, la plus discrète possible. Raté. Plus loin, un de ses conseillers interpelle un officiel. "Comment ça une rencontre avec les associatifs, c'était pas prévu !", lance t-il, très agacé. Comble, il vient de s'adresser au sous-préfet (sic), qui ne s'occupe effectivement pas du programme... Après avoir observé le délabrement extérieur des bâtiments, il court s'enfermer avec ses fidèles dans un bureau, laissant au directeur de la Direction générale de la Santé (DGS) le soin de commencer la discussion avec les acteurs. Présents, des soignants, ainsi que deux membres de l'association AIDES et une responsable de l'association IN'PACT, qui assure des actions auprès des usagers de drogues. Ils sont venus interpeller le ministre sur la politique menée par l'administration et les dysfonctionnements, monnaie courante en Guyane. Les réclamations sont nombreuses : les errements de la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS), dans le renouvellement des couvertures santé, le paradoxe du durcissement de l'accès au droit aux soins pour les étrangers, quand un plan VIH "ambitieux et de qualité", d'après l'association AIDES, veut donner des moyens d'enrayer l'épidémie en France. Phillipe Damie de l’ARS confirme les difficultés rencontrées par les associations, sur le terrain. En l'absence du ministre de la Santé, Jean-Yves Grall, directeur général de la Santé (DGS), prend note d'une situation qu'il ne connaissait pas dans sa "Moselle". Le ministre revient alors, et réaffirme devant les associatifs le déblocage de douze millions d'euros par l'Etat, dans le cadre du plan "Hôpital 2012", pour la reconstruction du centre hospitalier. "Je confirmerai par écrit cette annonce". Sur la problématique du VIH, il écoute le militant de AIDES, répéter les difficultés rencontrées par les personnes quant à l'accès aux soins pour les étrangers malades. "Monsieur le Sous-préfet ! C'est possible d'écouter, s'il vous plait, cela concerne l'autorité de l'Etat français", lance t-il, dans une injonction théâtrale. "Nous assurons une prise en charge de ces personnes, mais c'est pour le suivi qu'il y a des problèmes, avec la longueur d'obtention d'une couverture médicale, comme l'AME (Aide médicale d'Etat) ou la CMU (Couverture maladie universelle), par les blocages au sein de la CGSS". "Cela peut aller jusqu'à cinq mois", affirme la représentante d'IN'PACT. Avec des ruptures de traitements, quand l'hôpital ne peut pas assurer la continuité de délivrance des médicaments (pour la CMU). Des médicaments dont le coût ne peut pas être pris en charge par la personne. "On ne peut pas nous demander autant d'efforts sur le terrain quand après, on a un mur en face de nous", ajoute la représentante d'IN'PACT. Le ministre met alors fin à l'échange, et laisse le directeur de la DGS continuer pour voir les questions - délicates - d'accès aux soins et de suivi. Quelque poignées de mains et le voilà qui s'engouffre dans sa voiture, repartant aussi vite qu'il était arrivé. "Maintenant, pour le reste, c'est à vous de faire", avait-il dit, après l'annonce - applaudie - des douze millions. Effectivement, l'argent aidera, mais il faudra aussi résoudre les blocages de l'administration guyanaise, pour que les personnes bénéficient, de manière effective, de l'amélioration de la prise en charge. Mais Nora Berra [secrétaire d'Etat à la Santé, ndlr], viendra certainement, dans un avenir proche, regarder avec compassion, les malades de sida, qu'elle connait tant. Elle l'a promis, non ?

Commentaires

Portrait de Vincent

merci pour ce reportage très intéressant. J'ai hâte de savoir ce que peut bien vouloir dire ce 12 millions (2012 / 12 millions, c'est subliminal ?). Comment en sont-il arrivés à ce chiffre ? Est-ce de l'argent débloqué ou de l'argent qui était prévu ? Quelle durée ? Quelle pérennité ? Money doesn't grow on tree : quelle source ?
Portrait de jeanlouis

On croirait une visite au 19 eme siècle du directeurs des colonies...qui ne veut surtout pas s'empétrer avec les difficultés d'une sous administration manifeste...........L'intendance suit mais le Ministre va à l'essentiel et a un seul objectif: pouvoir faire des annonces qu'il convient de ne pas vérifier....... Mais au fait, les colonies, c'est mort??????????