Femmes précaires, CMU, AME : trop de refus de soins

19 Juillet 2019
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Depuis 2002, des études dénoncent en France le refus de soins touchant les personnes bénéficiaires de la CMU (couverture maladie universelle) ou de l’AME (Aide médicale d’État). Des chercheurs-ses (1) ont voulu comprendre ce qu’il en était auprès des familles sans domicile. Plus précisément, leur étude a porté sur les femmes en famille, sans domicile, hébergées en Île-de-France. L’enquête Enfams a été réalisée en 2013 par l’Observatoire du Samusocial de Paris. Elle a été conduite auprès de 801 familles. Près de 22 % des femmes sans domicile en famille hébergées en Île-de-France et disposant de la CMU ou de l’AME rapportaient avoir subi un refus de soins à cause de ces couvertures sociales. C’est ce qu’indique cette étude dont les résultats ont été publiés par Santé publique France dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 25 juin dernier. Cette pratique a été souvent dénoncée, d’autant plus qu’elle est contraire à la loi et qu’elle constitue une barrière à l’accès aux soins, et fait aggravant à l’encontre d’un public vulnérable. « Le refus de soins était plus fréquent chez les femmes étrangères, chez celles qui avaient déjà eu le sentiment d’avoir été moins bien reçues par du personnel médical que les autres patients et chez les femmes qui se déclaraient en mauvaise santé », indiquent les chercheurs-ses dans leur article. L’étude ne permettait pas d’avoir des informations sur la fréquence des refus de soins, ni de connaître les spécialités médicales concernées, les secteurs médicaux (conventionné ou pas) concernés. Les chercheurs-ses estiment que les chiffres sont probablement sous-estimés et que l’ampleur de cette discrimination est plus importante encore. Dans leur conclusion, ils-elles rappellent qu’en vue de prévenir ces refus de soins, le Défenseur des droits a créé, en 2018 et en collaboration avec différents acteurs-rices dont des ordres de professionnels de la santé, deux outils informatifs à destination des professionnels-les de santé et des bénéficiaires de couvertures sociales. Mais expliquent-ils-elles : « Cers initiatives intéressantes doivent être soutenues à travers une mobilisation large, notamment des ordres professionnels. L’évolution de la prévalence des refus de soins dans différentes populations exposées doit être suivie en routine afin de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et d’apporter des réponses adaptées ».