Opiacés : un procès devant un jury

8 Juillet 2021
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Des producteurs et distributeurs d'opiacés se sont retrouvés (29 juin) pour la première fois devant un jury aux États-Unis pour répondre de leur responsabilité dans les ravages sanitaires causés par ces médicaments antidouleurs. Ces médicaments ont causé plus de 500 000 overdoses en 20 ans aux États-Unis. « Ce dossier porte sur un sujet : l'avarice des entreprises ». C'est par cette formule, que débute la plainte, à l'origine de ce procès hors-norme devant la justice de l'État de New York. La plainte a été déposée en 2017 par plusieurs comtés de cet État. Ils expliquent avoir dépensé des « sommes astronomiques » pour faire face à « l'épidémie d'opiacés » ; ils ont été rejoints depuis par d'autres collectivités. Les procédures engagées visaient à l'origine tous-tes les acteurs-rices de la chaîne, mais le laboratoire pharmaceutique Purdue Pharma, au cœur de la crise, s'est placé sous la protection de la loi des faillites en 2019. D'autres compagnies pharmaceutiques ont conclu des accords in extremis avec la justice pour éviter de comparaître. Le laboratoire Johnson et Johnson a ainsi accepté (fin juin) de payer 230 millions de dollars et d'arrêter la production et la vente de ces médicaments. Le 29 juin, les procureurs-es ont abandonné les poursuites contre les pharmacies Walgreens, selon une source judiciaire, un accord étant sur le point d'être conclu. Le procès qui vient de s’ouvrir, oppose, au final, 70 entités publiques à sept géants du secteur, dont les groupes pharmaceutiques Teva, Allergan ou les distributeurs Cardinal Health et Amerisource. Les accusés-es devront justifier les stratégies marketing, notoirement offensives,  adoptées à la fin des années 1990 et qui ont, selon les plaignants, encouragé les médecins à prescrire ces médicaments antidouleurs malgré leur nature très addictive et les risques mortels associés à un usage prolongé « Les producteurs ont induit les médecins et les patients en erreur en assurant que le risque de dépendance était rare », a lancé à l'ouverture des débats Jayne Conroy, qui représente le comté de Suffolk. « Je veux que vous pensiez à Pinocchio, à son nez qui s'allonge, quand vous entendrez leurs mensonges », a-t-elle ajouté à l'adresse des jurés-es, indique l’AFP. « Leur priorité n'était pas de savoir si la drogue était dangereuse, mais l'argent qu'ils pourraient gagner », a renchéri Hunter Shkolnik, pour le comté de Nassau, en déplorant que les médicaments antidouleurs aient créé « un cercle d'addiction ». Devenus dépendants-es, de nombreux consommateurs-rices ont augmenté leur consommation et se sont finalement tournés-es vers des produits comme l'héroïne et le fentanyl, un opiacé de synthèse. Les accusés-es rétorquent que ces médicaments ont été approuvés par les autorités de régulation et que leurs activités faisaient l'objet de contrôles. De tels arguments ont d’ailleurs été avancés dans d'autres juridictions. Un procès fédéral contre des distributeurs est en cours en Virginie-Occidentale, et des producteurs sont actuellement jugés devant un tribunal de Californie. Mais c'est la première fois qu'un jury, constitué de six titulaires et six suppléants, a été constitué pour trancher. Les audiences devraient durer au minimum de six à huit semaines.