VIH : le CNS veut repenser le dépistage

5 Décembre 2019
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« Sous l’effet d’innovations majeures, l’articulation entre dépistage, traitement et prévention du VIH a été reconfigurée au cours des dernières années, impliquant des transformations profondes des stratégies de réponse à l’épidémie. L’amélioration de la politique de dépistage représente plus que jamais une condition de réussite des politiques mises en œuvre pour enrayer l’épidémie », explique le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS). Cette entrée en matière, l’instance l’a produite à l’occasion de la publication d’une « note valant avis sur les orientations de la politique de dépistage du VIH en France. Comme le rappelle le CNS, en « dépit des efforts engagés », les indicateurs ne montrent pas de « réduction de l’épidémie en France d’un niveau aussi important qu’à l’étranger, dans des villes et des pays comparables aux nôtres ». « Certaines données récentes suggèrent l’amorce d’une inflexion qui reste à confirmer, et dont la portée demeure pour l’instant limitée, aucune évolution favorable n’étant observée dans certains groupes de populations clés comme dans certains territoires prioritaires ». Le constat est sévère et le CNS ne mâche pas ses mots, expliquant qu’en « tout état de cause, les objectifs dits « 3 x 95 » (1) que la France s’était fixés d’ici à 2020 ne seront pas atteints ». Pour le CNS, c’est d’autant moins acceptable « que tous les outils permettant d’enrayer l’épidémie sont disponibles en France, qu’il s’agisse du dépistage (sérologies classiques, TROD, autotests) ou des traitements dans leurs différents usages en prévention (Tasp, Prep, TPE) ». Devant cette situation, le Conseil a donc engagé une « réflexion visant à identifier les principales faiblesses de l’action publique en matière de dépistage du VIH », qui trouve aujourd’hui sa traduction dans cette « note valant avis ». Elle propose plusieurs orientations dont l’objectif est de mieux adapter les politiques de dépistage aux besoins des personnes les plus exposées. Selon le CNS, cela requiert de : disposer de données épidémiologiques davantage territorialisées et actualisées ; de poursuivre la diversification du dépistage et de ses acteurs, en développant des offres ajustées à des besoins individuels très différents en matière d’accompagnement, en associant des acteurs plus généralistes et en démédicalisant les offres lorsque c’est possible et justifié ; de faciliter davantage l’accès aux différents outils de dépistage, en simplifiant l’accès aux sérologies classiques, en élargissant l’offre de TROD, en renforçant la diffusion des autotests, et en organisant une offre de dépistage par auto-prélèvement ; de territorialiser le pilotage de l’action publique, en construisant la réponse à partir des contextes locaux et en mobilisant davantage le réseau des acteurs de terrain, à l’image des initiatives de type « villes ou territoires sans sida ». « Alors que la lutte contre le VIH fait l’objet d’un effort international important, notamment de la part de la France, une remobilisation s’impose également sur le plan national, afin de dépasser les obstacles qui perdurent en matière d’accès au dépistage et aux outils innovants de prévention », conclut le CNS.

(1) : 95 % de personnes diagnostiquées parmi les personnes infectées ; 95% de personnes sous traitement antirétroviral parmi les personnes diagnostiquées ; 95% de personnes en succès thérapeutique (charge virale indétectable : <50 copies/ml).